Extrait

Wagner
de Jacques De Decker

Le 04/01/2014 à 19:53 - 0 commentaire

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Jacques De Decker

Gallimard

biographies

10/10/2010

9782070346998

275

8.90 €

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Résumé du livre
'Je détruirai l'ordre établi, qui sépare le plaisir du travail, qui fait du travail un fardeau et du plaisir un vice, qui rend un homme misérable par indigence et l'autre par surabondance. ' Wagner (1813-1883), né au crépuscule de l'épopée napoléonienne, traverse son siècle en artiste, en révolutionnaire, en aventurier. Confronté à quelques penseurs essentiels – Schopenhauer, Nietzsche –, associé au destin de son pays, l'Allemagne dont il fut longtemps banni, hanté par le projet d'une œuvre gigantesque que, poète, compositeur et homme de théâtre, il finit par mener à bien, il n'a cessé de déclencher les passions et de les vivre lui-même, qu'elles soient politiques, esthétiques ou amoureuses. Adulé par Louis II de Bavière, ami, rival et gendre de Liszt, honni par certains, admiré par Baudelaire, Shaw, Thomas Mann et Valéry, mais aussi un des initiateurs de la pire dérive du XXe siècle, il est un titan dont l'existence fut le plus haletant des romans.

 

Premier chapitre

 

 

 

Préface

 

 

Je vous hais en me prosternant. « I hate you on my knees1 ». L’homme qui parvient à résumer de la sorte les sentiments mélangés que lui inspire une idole, une « icône », dit-on aujourd’hui, est un musicien, Leonard Bernstein. Et l’objet de son déchirement en est un autre, Richard Wagner. Qu’un artiste puisse inspirer à la fois la haine et l’adoration a déjà de quoi intriguer. Et que cette ambiguïté l’escorte encore près de deux siècles après sa naissance et plus de cent vingt ans après sa mort indique bien que le « Cas Wagner », selon l’expression du plus emporté de ses admirateurs devenu le plus acharné de ses pourfendeurs, Friedrich Nietzsche, n’est pas une affaire classée.

De sorte qu’il est très difficile de dégager Wagner de la masse des discours qui n’ont cessé de proliférer à son propos, et qu’il a d’ailleurs considérablement enrichis lui-même. Car Wagner est le plus disert de ses autocommentateurs. Il se tenait d’ailleurs au moins autant pour un écrivain que pour un musicien, quoi qu’ait pu en penser, notamment, Thomas Mann, qui prétendit n’avoir jamais jeté un regard sur ses écrits théoriques, ses fameux « traités ». Wagner, à titre de comparaison, a au moins autant disserté sur l’art, la société, la pensée, la culture en général qu’un Bertolt Brecht qui resta au demeurant toujours d’une grande discrétion à son endroit, alors qu’il aurait pu lui être plus férocement opposé. Wagner ne s’est pas contenté d’écrire ses propres livrets, ce qui le distingue déjà radicalement de la plupart de ses pairs, on lui doit aussi nombre d’essais, de discours, d’écrits de circonstance, une autobiographie partielle dictée à sa femme Cosima et une gigantesque correspondance adressée aux destinataires les plus divers. L’ensemble constitue un énorme corpus, dévotement répertorié, de son vivant déjà, par les chercheurs les plus diligents.

C’est que Wagner, familier des mythes, inventeur de quelques-uns d’entre eux (Barthes aurait pu l’appeler « mythotète »), était un mythe lui-même, statut auquel il ne contribua pas pour peu de chose, attachant un soin jaloux à l’édification de son image. En témoigne une anecdote plaisante. Navré, vers la fin de sa vie, que les bustes de lui qui décoraient les auberges et les hôtels de Bayreuth n’étaient pas à son goût, il incita un sculpteur de ses amis dont l’œuvre avait l’heur de lui plaire à offrir aux tenanciers de ces établissements de nouvelles copies de son effigie, en veillant bien sûr à ce qu’on ne sache pas qu’il avait financé l’opération. Passionné, souvent impulsif, Wagner était aussi méticuleux et des plus organisés. Son écriture en fait foi : les copistes n’eurent jamais de mal à déchiffrer ses partitions, puisque même les élans les plus emportés y étaient calligraphiés avec une tranquille maîtrise.

Tant de soucis mis à se profiler face au public ne manquèrent pas de porter leurs fruits : très vite, Wagner devint un artiste célèbre et controversé au point que, l’année de sa mort, la quantité de publications le concernant se comptait déjà par milliers. Cette production ne cessant d’augmenter depuis, il n’est pas excessif de dire qu’il appartient au cercle très restreint des personnalités majeures de notre civilisation. La plupart de ces textes, remarquons-le, sont engagés. Partisans frénétiques et ennemis résolus s’y répandent en éloges et en invectives, même quand ils se défendent d’y sacrifier. Wagner apparaît rétif à l’approche distante et paisible, il peut même provoquer de spectaculaires revirements. L’archétype de ces tête-à-queue est bien sûr celui de Nietzsche. Mais l’inverse est fréquent : il faut quelquefois avoir détesté cordialement Wagner pour finir par se convertir à lui. De toute manière, il n’est pas simple de l’aborder dans la sérénité. C’est le sens, en tête de cet ouvrage, de la citation d’Adorno, auteur d’un essai célèbre à son sujet : « La pensée sur Wagner est comme maudite. L’esprit à son propos n’a pas encore accédé à la liberté2. »

 

 

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