Extrait

Une odyssée ; un père, un fils, une épopée
de Daniel Mendelsohn

Le 10/08/2018 à 09:28 - 0 commentaire

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Prix :

Daniel Mendelsohn

Flammarion

13/09/2017

9782081240926

426

23 €

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Résumé du livre
Lorsque Jay Mendelsohn, âgé de quatre-vingt-un ans, décide de suivre le séminaire que son fils Daniel consacre à l’Odyssée d’Homère, père et fils commencent un périple de grande ampleur. Ils s’affrontent dans la salle de classe, puis se découvrent pendant les dix jours d’une croisière thématique sur les traces d’Ulysse.

À la fascinante exploration de l’Odyssée d’Homère fait écho le récit merveilleux de la redécouverte mutuelle d’un fils et d’un père.

Daniel Mendelsohn est professeur de littérature classique à Bard College, et l’un des contributeurs majeurs de la célèbre New York Review of Books. Prix Médicis étranger 2007 pour Les Disparus, il est traduit dans le monde entier.

Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière (Traducteur)

 

Premier chapitre

À ma mère

 

 

Proème

(Invocation)

(1964-2011)

Le fond de l'action de l'Odyssée se réduit à peu de chose : un homme erre loin de son pays durant de nombreuses années, surveillé de près par Poséidon, totalement isolé. Chez lui, les choses vont de telle sorte que sa fortune est dilapidée par les prétendants, son fils exposé à leurs complots. Maltraité par les tempêtes, il rentre dans sa patrie, se fait reconnaître de quelques amis, puis il attaque. Il est sauvé et écrase ses ennemis.

Aristote, Poétique

 

 

Par un soir de janvier, il y a quelques années, juste avant le début du semestre de printemps au cours duquel je devais enseigner un séminaire de licence 1 sur l'Odyssée, mon père, chercheur scientifique à la retraite alors âgé de quatre-vingt-un ans, m'a demandé, pour des raisons que je pensais comprendre à l'époque, s'il pourrait assister à mon cours, et j'ai dit oui. Ainsi, pendant les seize semaines qui suivirent, il fit une fois par semaine le long trajet entre le pavillon de la banlieue de Long Island dans lequel j'ai grandi, une modeste maison à un étage où il vivait encore avec ma mère, et le campus en bordure de fleuve de la petite université où j'enseigne, qui s'appelle Bard College. Chaque vendredi matin à dix heures et demie, il prenait place parmi les étudiants de première année, des gamins de dix-sept ou dix-huit ans qui n'avaient pas le quart de son âge, et participait aux discussions sur ce vieux poème, une épopée où il est question de longs voyages et de longs mariages et de ce que peut signifier le mal du pays.

Le semestre commençait en plein hiver, et quand mon père n'essayait pas de me convaincre que le héros du poème, Ulysse, n'avait rien d'un « vrai » héros (parce que, disait-il, c'est un menteur et il a trompé sa femme !), il s'inquiétait surtout des conditions météorologiques : la neige sur le pare-brise, les averses de grésil sur la route, les trottoirs verglacés. Il avait peur de tomber, disait-il, étirant des voyelles traînantes gardées de son enfance dans le Bronx. Parce qu'il craignait de glisser, nous avancions à pas précautionneux sur les étroites allées d'asphalte qui menaient au bâtiment où avait lieu le cours, un cube de briques à l'insignifiance étudiée d'un hôtel Marriott, ou en remontant le petit sentier vers la maison à haut pignon en lisière du campus qui, quelques jours par semaine, me tenait lieu de domicile. Pour ne pas avoir à faire deux fois dans la journée les trois heures de route, il restait souvent dormir dans cette maison, dans la chambre d'amis reconvertie en bureau, où il s'allongeait alors sur un étroit divan qui était mon lit d'enfant – un lit bas en bois, qu'il m'avait construit de ses propres mains quand j'ai été assez grand pour quitter mon berceau. Il y avait une chose que seuls mon père et moi savions à propos de ce lit : il était fabriqué à partir d'une porte, une porte bon marché à âme creuse, à laquelle il avait fixé quatre gros pieds de bois avec des équerres métalliques, toujours aussi solidement boulonnées aujourd'hui que le jour où, voilà cinquante ans, il assembla l'acier au bois. C'était donc sur ce lit, avec son petit secret amusant, insoupçonnable à moins de soulever le matelas pour voir la porte à panneaux en dessous, que mon père dormit chaque semaine pendant ce semestre de printemps où j'enseignais le séminaire sur l'Odyssée, juste avant qu'il tombe malade et que, avec mes frères et sœur, nous commencions à veiller sur lui comme sur un fils, le regardant, inquiets, dormir d'un sommeil agité dans d'énormes engins savamment mécanisés qui ne ressemblaient ni de près ni de loin à des lits et bourdonnaient bruyamment en s'abaissant et se relevant comme des grues. Mais tout cela, ce serait plus tard.

 

 

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