Extrait

Un océan, deux mers, trois continents
de Wilfried N'Sonde

Le 12/01/2018 à 08:44 - 0 commentaire

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Wilfried N'Sonde

Actes Sud

03/01/2018

9782330090524

272

20 €

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ISBN : 9782330090524

Editeur : Actes Sud

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ISBN : 9782330098506

Editeur : Éditions Actes Sud

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Résumé du livre
Il s’appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les mis­sionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siè­cle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambas­sadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est chargé d’esclaves…

Roman d’aventures et récit de formation, Un océan, deux mers, trois continents plonge ce personnage méconnu de l’Histoire, véritable Candide afri­cain armé d’une inépuisable compassion, dans une série de péri­péties qui vont mettre à mal sa foi en Dieu et en l’homme. Tout d’ardeur poétique et de sincérité généreuse, Wilfried N’Sondé signe un ébouriffant plaidoyer pour la tolérance qui exalte les nécessaires vertus de l’égalité, de la fraternité et de l’espérance.

 

Premier chapitre

Dieu, sais-tu ? Dieu s’est tu… Ils m’ont vendu.

Wilfried N’Sondé

 

 

À mes enfants…

 

 

Je vins au monde vers l’an de grâce 1583 sous le nom de Nsaku Ne Vunda, et fus baptisé Dom Antonio Manuel le jour où l’évêque de l’Église catholique du royaume du Kongo m’ordonna prêtre. Aujourd’hui, on appelle “Nigrita” la statue de marbre érigée à mon effigie à Rome en janvier 1608 par les soins du pape Paul V.

Je me suis tu il y a plus de quatre cents ans, mes mots se sont perdus dans le silence de la mort mais, aux curieux qui s’arrêtent un instant devant mon buste, j’aimerais dire combien je regrette d’avoir été, au fil des siècles, réduit à la couleur qui jadis teintait ma peau. Je souhaiterais leur raconter mon histoire, parler de mes croyances, des légendes de mon peuple, évoquer la folie des hommes, leur grandeur et leur bassesse. Si les badauds pouvaient seulement m’écouter, ils prendraient conscience que sous la pierre qu’ils contemplent quelques secondes survit une mémoire oubliée, celle d’esclaves, d’opprimés et de suppliciés croisés au cours d’un long et périlleux voyage sur un océan, deux mers et trois continents. J’ai traversé mille épreuves, à l’issue desquelles je suis devenu une voix porteuse d’amour et d’espoir : j’incarne désormais le souvenir d’une multitude de femmes, d’hommes et d’enfants qui jamais ne renoncèrent au rêve de liberté planté au plus profond de leurs cœurs.

Si les passants pouvaient m’entendre délier les nœuds de mon passé, ils comprendraient que j’existe encore, ailleurs. Je plane au-dessus de vallées éternelles, là où, bercés par le souffle du Saint-Esprit, veillent les ancêtres défunts, là où tout sentiment violent se transforme en douceur, là où la souffrance se convertit en compassion, quand le relief des contingences humaines s’érode et enfante la justice, la sagesse et le pardon.

 

 

Même si j’erre encore pour les siècles des siècles loin de mon pays natal, là-bas sous l’équateur, je demeure à jamais fils du Kongo. Non pas de la terre, mais de l’esprit des neuf femmes qui, il y a fort longtemps, donnèrent naissance à mon peuple.

La légende qui me fut contée dans mon enfance raconte qu’elles vécurent quelque part non loin de l’embouchure du Niger, peu après la période où les humains réussirent à maîtriser la science de la métallurgie. Celle-ci leur permit de concevoir des instruments plus performants pour le travail des champs, des outils si efficaces que les récoltes abondèrent et favorisèrent une rapide croissance des populations. Au fil du temps, les cultivateurs prêtèrent une aura mystique à ceux qui possédaient les techniques de transformation des minerais enfouis dans la roche en une matière incandescente puis en objets en tous genres. Les forgerons se regroupèrent en une caste hermétique, gardèrent jalousement leurs connaissances et monnayèrent chèrement leurs services. Ils obtinrent ainsi un statut particulier et s’octroyèrent un certain nombre d’avantages qu’ils convertirent rapidement en autant de privilèges. Une poignée d’individus contraignirent à l’impôt ceux qui dépendaient de leur savoir-faire et nommèrent à leur tête un souverain, maître absolu des biens et de la vie de ses sujets. Le roi régna sans partage sur l’ensemble des paysans, exerçant sa puissance de manière redoutable. Pour asseoir et perpétuer son pouvoir, il s’employa non seulement à s’instruire des sciences occultes pour effrayer les âmes simples, mais aussi à élargir ses activités en ordonnant la fabrication d’épées, de flèches, d’armures et de lances. Il équipa ensuite une armée féroce chargée de réprimer par le sang toute contestation de l’ordre qu’il venait d’établir.

 

 

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