Extrait

Un monde sur mesure
de Skowronek, Nathalie

Le 12/04/2017 à 16:05 - 0 commentaire

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Prix :

Skowronek, Nathalie

Grasset Et Fasquelle

08/03/2017

9782246863335

188

18 €

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ISBN : 9782246863335

Editeur : Grasset Et Fasquelle

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ISBN : 9782246863342

Editeur : Grasset

Prix grand format : 18.99 €

 

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Résumé du livre
« Des marchés où s’était épuisée notre arrière-grand-mère aux magasins de prêt-à-porter montés par nos parents, tout nous ramenait aux tailleurs juifs des shtetls de Pologne.
Quatre générations plus tard, on ne se fournissait plus dans le Sentier, à Paris, mais chez d’invisibles intermédiaires qui ramenaient la marchandise du Bangladesh, du Pakistan ou de Chine. Qu’importait la provenance des pièces, qui les avaient confectionnés et comment, nous devions reconnaître parmi les vêtements entassés les articles susceptibles de plaire. Il fallait être rapide, choisir juste. Nous prenaient de cours ces nouvelles enseignes qui ouvraient dans toute l’Europe. Le shmattès yiddish allait bientôt disparaître. »
N. S.
Au cœur de l’histoire familiale de la narratrice, le vêtement : d’un côté le magasin de son inconsolable grand-mère, peuplé des fantômes de la Shoah, de l’autre les flamboyants qui, tournant le dos à la tragédie, jouent le jeu de leur époque avant d’être dépassés par le succès. Entre eux, une jeune femme veut exister sans renier ses origines et les évoque avec une acuité sensible. La fin d’un monde, et peut-être la vraie fin du Yiddishland.

 

Premier chapitre

« Partout, il exigeait du bruit, de la foule, de la vie ; car la vie, disait-il, attire la vie, enfante et pullule. »

 

ÉMILE ZOLA, Au Bonheur des Dames

 

 

 

 

« C’était leur réalité, et ils n’en avaient pas d’autre. »

 

GEORGES PEREC, Les Choses

 

 

 

 

 

- I -

 

 

 

 

 

Je sais qu’on peut occuper sept années de sa vie à un travail qui ne nous ressemble pas, et qu’on peut le faire bien. On peut se lever, s’habiller, rencontrer des gens, serrer des mains, donner des ordres, en exécuter, prendre des décisions, réussir, se tromper, gagner de l’argent, tenir une caisse, faire prospérer une affaire, sans jamais y trouver son compte. Je pensais que c’était la seule voie possible. Que j’étais liée à une chaîne, puisque j’en étais l’un des maillons, et que, hors les magasins de prêt-à-porter pour femmes de nos parents, dans lesquels j’avais grandi et où j’avais travaillé pendant sept ans, il n’y avait pas d’autre monde. Comme ceux qui nous avaient précédés, question d’héritage, affaire de tradition, nous vivions pour et par les magasins. J’y avais été élevée, ils étaient notre socle, j’étais bien en peine de penser, de rêver, de formuler un ailleurs, on était vendeurs de fringues de père en fils, de mère en fille, c’était pareil pour nos voisins, pour nos cousins, pour nos amis, cela remontait à la Pologne, à cette figure du tailleur juif dont on ne distingue plus ce qui relève du vrai ou du mythe, je venais de là, nos magasins étaient ici, en dire plus était inutile, on laissait cela aux historiens, aux « intellectuels », ils nous intéressaient peu, pas les mêmes soucis, pas les mêmes manières, on ne voyait pas ce qu’il pouvait y avoir de commun entre leur monde à eux et notre vie à nous.

 

Comme les miens, j’ai appris à choisir et à acheter la marchandise qui rejoindrait nos magasins. Je me rendais au Sentier, le quartier parisien des ateliers de confection, plus exactement le triangle magique du IIe arrondissement délimité par la rue d’Aboukir, la rue Réaumur et le boulevard Sébastopol. Puis, vers la fin des années 1990 et le début des années 2000, le Sentier étant devenu moins compétitif, nous nous sommes rabattus vers le quartier de la rue Popincourt, une zone du XIe arrondissement comprenant la rue du Chemin-Vert, le boulevard Voltaire et la rue Sedaine. Il était tenu par des fabricants-grossistes chinois qui alternaient marchandises assemblées dans les ateliers des alentours et importations à prix records de jeans, petits chemisiers, tuniques en lin, grosses doudounes ou vestes légèrement matelassées que l’on attrapait directement dans les cartons de livraison. À ce moment-là, la question était moins de savoir d’où provenait la marchandise, qui l’avait confectionnée ou comment, que de reconnaître parmi les piles de vêtements entassés les quelques articles susceptibles de plaire à nos clientes. Il fallait aller vite, il fallait choisir juste. Le made in China n’appelait pas à mille développements ; dans ma tête, il était venu remplacer le savoir-faire du shtetl.

 

 

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