Extrait

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
de Jean d' Ormesson

Le 21/09/2013 à 17:10 - 0 commentaire

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ISBN : 9782221138335

Editeur : Robert Laffont

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Editeur : Robert Laffont

Prix grand format : 15.99 €

 

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Résumé du livre
Non pas suite mais peut-être complément du précédent roman, ce livre-ci se décline en trois parties et chacune correspond à une question ou à un constat que tout esprit un peu affuté pose.
Un roman de société : " Tout passe. " Nous vivons une époque de transition, les livres, la famille, les moeurs, les frontières, les monnaies jusqu'à la religion. Tout se sait puisque, par la Toile, chacun est immédiatement informé du sort de tous. Pour illustrer ce propos, se déroule une histoire sentimentale contemporaine où un bouddhiste milliardaire et communiste fait irruption dans une famille traditionnelle.
Un roman d'amour : " Rien ne change. " Un écrivain cherche sa voie et il ne s'en sort que par l'amour d'une femme, Marie. Il se donne à elle qui le rend à lui-même. L'amour est plus important que la littérature et que tout le reste. Il ne consiste pas à se regarder dans les yeux mais à regarder le monde ensemble. Le spectacle du monde entraîne leur étonnement et leur admiration, qui sont à la racine de toute connaissance. Le roman de société s'est changé en roman d'amour, qui lui-même va se changer en roman de l'univers.
Un roman de l'univers : " Il y a au-dessus de nous quelque chose de sacré. " Au grand-père - désormais classique - de l'auteur, à Pama le bouddhiste, à Marie, s'ajoute Dieu comme un des principaux personnages du livre. Car comment peut-on parler d'autre chose que de Dieu ? Suit une petite histoire de l'humanité par ceux qui l'ont pensée et faite : les philosophes et les scientifiques. Un combat s'est engagé entre Dieu et la science. La position de l'auteur, catholique et agnostique, est de laisser ses chances à Dieu.
Ce livre est aisé et profond. On y retrouve ce qui a fait le succès des précédents ouvrages : la foi en la littérature, l'importance des sentiments, l'absence d'illusions, le goût du bonheur, la recherche de la vérité. Le tout comme soulevé par la grâce d'un style et d'une écriture ailée.

 

Premier chapitre

Chapitre premier


Où l'auteur s'inquiète brièvement du sort d'un genre littéraire si longtemps triomphant et où il entre avec audace dans le vif du sujet.


Vous savez quoi ? Tout change. Le climat, à ce qu'on dit. Ou la taille des jeunes gens. Les régimes, les frontières, les monnaies, les vêtements, les idées et les mœurs. Une rumeur court : le livre se meurt. Voilà près de trois mille ans que les livres nous font vivre. Il paraît que c'est fini. Il va y avoir autre chose. Des machines. Ou peut-être rien du tout. Et le roman ? Il paraît que le roman est déjà mort. Ah ! bien sûr, il y a encore de beaux restes. Des réussites. Des succès. Des... comment dites-vous ?... des best- sellers. Pouah ! Les romans aussi, c'est fini. Nous les avons trop aimés. Gargantua, Pantagruel, Don Quichotte, Athos, Porthos, Aramis, d'Artagnan, Gavroche, Fabrice et Julien, Frédéric et Emma, le prince André, Natacha et Anna, les frères Karamazov, la cousine Bette, le Père Goriot et ses filles, Anastasie et Delphine, les familles Rougon-Macquart, Forsyte, Buddenbrook – on dirait un faire-part –, Vautrin, Rubempré, Rastignac, le narrateur et Swann et Charlus et Gilberte et Albertine et Rachel-quand-du-Seigneur et la duchesse de Guermantes, lord Jim et lady Brett, Jerphanion et Jallez, mon amie Nane et Bel-Ami, Aurélien et Gatsby, le consul sous le volcan, Mèmed le Mince, l'Attrape-cœurs, le pauvre vieux K à Prague et Leopold Bloom à Dublin qui se prend pour Ulysse : ce monde de rêve et de malheurs changés soudain en bonheur ne durera pas toujours. Ses silhouettes de femmes, de maîtresses, de jeunes filles, ses fantômes de géants s'éloignent dans le passé. L'herbe a du mal à repousser derrière eux. Les seconds couteaux s'agitent. Les truqueurs déboulent. Les poseurs s'installent. L'ennui triomphe. Tout le monde écrit. Plus rien ne dure. On veut gagner de l'argent. Presque une espèce de mépris après tant d'enchantements. Le genre s'est épuisé. L'image triomphe et l'emporte sur l'écrit en déroute.


Voici pourtant encore un livre, quelle audace ! voici encore un roman – ou quelque chose, vous savez bien, qui ressemble à un roman : des histoires, quelques délires, pas de descriptions grâce à Dieu, un peu de théâtre, pourquoi pas ? et les souvenirs, épars et ramassés pêle-mêle, d'une vie qui s'achève et d'un monde évanoui. Peut-être ce fatras parviendra-t-il, malgré tout, à jeter sur notre temps pris de doute comme un mince et dernier rayon ? Et même, qui sait ? à lui rendre enfin un peu de cette espérance qui lui fait tant défaut.

 

Chapitre II


Où l'auteur reconnaît qu'il n'est ni Benjamin Constant, ni Émile Zola, ni François Mauriac. Il s'en désole, bien sûr – et il s'en console.
Autant l' avouer tout de suite. Je n'ai aucune intention de vous proposer quelque chose dans le genre d'Adolphe, de Nana ou de Thérèse Desqueyroux. Et pour deux raisons au moins. La première : je ne peux pas. La deuxième : je ne veux pas.
Je ne peux pas. J'aurais du mal à être aussi subtil (et aussi changeant) que Constant, aussi puissant (et aussi pesant) que Zola, aussi tourmenté (et aussi faux jeton) que Mauriac. Ils étaient très patients. Je le suis beaucoup moins. Ils travaillaient beaucoup. Je ne déteste pas m'amuser. Ils avaient comme du génie. Ce n'est pas le genre de la maison. Ils sont arrivés, toutes voiles déployées, sous les acclamations, dans la lumière du port. Je rame encore à l'ombre.
Ce n'est pas seulement que je ne peux pas. Je ne veux pas. Pourquoi ? C'est tout simple : ils appartiennent au passé. J'invente autre chose. Ils sont morts. Je suis vivant. Ah ! pas pour toujours. Mais pour encore un peu de temps qu'il faut tâcher de ne pas perdre. Et le comble : je suis bon garçon. Voilà déjà un bail qu'à notre époque de dérision et de contestation je fais – et peut-être presque seul – profession d'admiration. Je les admire. Plus que personne. On dirait un benêt toujours prêt à les applaudir. Je les admire, mais je ne les imite pas. Je ne marche pas dans leurs traces. J'admire aussi, et plus encore, Homère, Ronsard, La Fontaine, Racine, et quelques autres. Il ne me viendrait pas à l'esprit, même si j'en étais capable, d'écrire une épopée, un sonnet, une ode ou une tragédie classique. Laissons les morts enterrer les morts.

 

 

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