Extrait

Squatter le pouvoir ; ces rebelles qui ont pris les mairies d'Espagne
de Ludovic Lamant

Le 16/10/2017 à 13:28 - 0 commentaire

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Ludovic Lamant

Lux Canada

04/11/2016

9782895962175

240

16 €

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ISBN : 9782895962175

Editeur : Lux Canada

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ISBN : 9782895967002

Editeur : Lux Éditeur

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Résumé du livre
Et si c'était dans les villes que l'Europe sociale voyait le jour? Si c'étaient les maires qui faisaient advenir le projet de communauté défiguré par les banques, la troïka et de médiocres économistes? Voilà l'un des espoirs que nous donne l'Espagne d'aujourd'hui. Loin du marasme austéritaire et cravaté, des mairies indignées et rebelles ont surgi dans des dizaines de villes, dont Barcelone et Madrid.
Malgré les promesses de Podemos, la politique nationale espagnole bégaie. Mais à l'échelle municipale, des figures fortes et charismatiques, comme l'ancienne squatteuse Ada Colau et la juge antifranquiste Manuela Carmena, explorent de nouvelles façons de faire de la politique. Ludovic Lamant a rencontré des dizaines de femmes et hommes des marées citoyennes qui ont déferlé sur la péninsule ibérique.
Alternant témoignages, reportage et analyse politique, il remonte aux origines politiques, historiques et sociales du phénomène et en propose un premier bilan. Portrait de plateformes citoyennes inédites en Europe, ce récit d'un soulèvement qui perdure se révèle être aussi une boîte à idées pour les mouvements de défense des communs ailleurs dans le monde.

 

Premier chapitre

INTRODUCTION


LA PISTE ARGENTINE


Amador passait ses journées à arpenter Sol, son cahier à la main. Ce trentenaire barbu avait pris l’habitude d’y noter des scènes et conversations qui surgissaient dans ce campement géant, dressé en plein cœur de Madrid. Il recensait surtout, sous la forme de fragments, ce qu’il avouait ne pas comprendre et qui, plus tard, lorsque l’ébullition serait retombée, mériterait réflexion. Son blog, Fuera de Lugar (hors-lieu)[1], était devenu notre boussole. Il cartographiait en temps réel un mouvement inédit et sans cesse changeant, qui allait transformer à jamais la politique espagnole. Des milliers de citoyens s’étaient mis à occuper les places du pays. Ils exprimaient leur ras-le-bol face aux scandales de corruption d’élus. Ils dénonçaient les coupes chaque mois plus sévères dans les budgets publics. Ils réclamaient d’autres manières de faire de la politique. Ils récupéraient l’espace public. Tout avait commencé le 15 mai 2011 au soir, sur la place Puerta del Sol à Madrid. Le nom de code donné à leur révolte était tout trouvé: le 15-M.

C’est le même Amador qui, quelques jours après le surgissement du 15-M, m’a informé: «Tu sais que les Argentins de Situaciones sont là?» C’était un hasard: ils avaient débarqué à Madrid la veille du campement. Mais j’y voyais un signe, la confirmation qu’un lien secret existait entre les journées d’insurrection de décembre 2001 en Argentine et le mouvement d’occupation des places d’Espagne, dix ans plus tard. Je me suis dépêché de prendre rendez-vous avec Diego Sztulwark, l’une des têtes pensantes du collectif Situaciones, pour partager un café madrilène. On s’est vus dans une cafétéria sans charme de la chaîne Faborit, à deux pas du centre. Il m’a parlé des «sensations physiques» qui, lors des assemblées citoyennes de Sol, lui rappelaient l’Argentine de 2001: «Je me souviens de cette manière de s’approprier la place, de s’asseoir à même le sol pour définir son territoire. Cette manière d’organiser le chaos.»

À Buenos Aires, des assemblées de voisins avaient éclos, de manière spontanée, dans la foulée des concerts de casseroles, les cacerolazos de 2001. Assis sur les places, dans les parcs ou aux carrefours de la capitale, des milliers d’habitants avaient tenté de bâtir un contre-pouvoir face à l’État péroniste alors en pleine déliquescence. Certains, parmi les plus radicaux, voulaient le déconstruire. J’avais suivi pendant un an, jusqu’en 2003, le quotidien de l’une de ces assemblées populaires. À la fin de l’été austral, la cinquantaine de participants avait dû trouver des locaux pour que l’assemblée puisse continuer à fonctionner les jours de pluie. Ils avaient opté pour les bureaux squattés d’une banque en faillite, dans le quartier de Caballito. C’est là que j’ai appris à parler espagnol, dans ces réunions qui se déroulaient des soirées entières, assis à même le sol, tandis que le maté circulait de main en main.

 

 

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