Extrait

Sous vide
de Patrick Varetz

Le 17/02/2017 à 12:16 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Patrick Varetz

P.O.L

09/02/2017

9782818041055

160

15 €

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ISBN : 9782818041055

Editeur : P.O.L

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ISBN : 9782818041062

Editeur : POL Editeur

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Résumé du livre
L'histoire tient en deux lignes. Lui ne supporte pas de vivre seul, alors il l'appelle, et elle s'empresse d'accourir. Ils font l'amour, et elle s'installe chez lui.Cela pourrait s'apparenter à un roman sentimental, sauf que le livre s'ouvre - sans jamais se refermer - sur le vide de l'existence.

 

Premier chapitre

Ça ne compte pas, dit le Père Mort. Un fils ne peut jamais, au sens le plus profond du terme, devenir un père. Il peut essayer jusqu’à un certain point, en amateur. Un fils peut au terme d’honnêtes efforts produire ce que d’aucuns appelleraient, techniquement parlant, des enfants. Mais il demeure un fils. Au sens le plus profond du terme.

 

Donald Barthelme,

Le Père Mort

 

 

[…]

 

Je vois mal comment accepter une telle situation. Il y a toujours eu quelqu’un, ici ou ailleurs, pour supporter – au moins en partie – le poids de mon existence. Où aller ? Quoi faire ? Chaque pensée que je forme – bêtement muette – semble s’extraire de ma bouche, comme maculée de salive. On croirait le temps trempé dans une matière indigne. Je ne parviens pas à me décider, surtout à présent qu’il s’agit d’infléchir le cours de ma vie pour lui assigner un but nouveau. La lumière se voile en permanence devant mes yeux, au point que je n’ose plus m’approcher des fenêtres. Le sommeil me poursuit, ou plutôt cette tentation de m’allonger n’importe où à ne rien faire. Parfois, après avoir frappé, on glisse sous ma porte des papiers de couleur. Rien n’advient. Certains jours, je m’accroche à la seule idée de chuter sans fin, car tout m’est prétexte pour fuir mes responsabilités, et échapper en premier lieu au sentiment de culpabilité qui m’évide la poitrine.

 

Lorsque Blanc fait appel à moi, je m’astreins aussitôt à travailler sans relâche, bienheureux de combler par des tâches médiocres une part non négligeable de mes journées. Généralement, je reçois un coup de fil le matin, où d’une voix faussement enthousiaste mon interlocuteur – Blanc – s’empresse de me balancer tout un vrac d’impressions, duquel émerge de manière insistante la seule notion d’urgence. S’ensuit un brief, censément plus précis, qui s’imprime en zozotant sur le rouleau de papier thermique du fax. C’est, de fait, une époque trompeuse, où les nouvelles technologies domestiques – encore approximatives – laissent à penser que le monde change, et qu’il suffit de se laisser porter pour accéder sans plus d’effort à la réussite. Je n’ai rien d’autre à faire – pour exister – que de taper, plusieurs heures de rang, sur le clavier de mon ordinateur, coupant, copiant et collant au jugé des membres de phrases – ou des paragraphes entiers –, jusqu’à composer sur l’écran un texte suffisamment concis et vendeur, à la syntaxe simpliste et aux envolées convenues. Je n’ai pas choisi, à proprement parler, cette façon un peu idiote de gagner ma vie : disons simplement que lorsque l’opportunité s’en est présentée, je n’étais plus en capacité de la repousser. On me pressait, depuis trop longtemps, de me reprendre en main.

 

Comment peut-on, passé trente ans, se retrouver seul ? Comment – à ce point – peut-on trahir un tel manque de constance, jusqu’à se perdre ? Chacun de mes gestes, faute de spectateur, se révèle désormais bêtement inutile, dénué de portée et de signification. Je me donne l’impression, parfois, de trop gesticuler, traînant aussitôt les pieds et me retenant d’agir. Je voudrais ne plus voir le jour, ne plus sentir l’air frais sur mon visage, ne plus changer de linge ni me laver (sinon à des heures impossibles). Oui, manger n’importe quoi, n’importe quand, décrocher, tomber de haut, déserter mes innombrables habitudes. Oui. Mais, sans savoir ce qui me sauve, je finis toujours – loin des miroirs – par sauvegarder un minimum d’apparence. Seul, je voudrais me défaire, me sentir disparaître. J’ai l’impression de hanter cet appartement, plutôt que de l’habiter. Partout où je passe, où je m’attarde, il manque certains objets ou certains livres. J’ai beau me résoudre à ces absences, je ne parviens jamais à combler le vide qui s’ouvre en moi. Je me découvre, dans le même temps, paralysé par une angoisse de second plan que j’échoue à masquer totalement. Pour insoucieux que je sois, je n’apparais plus en mesure – à ce stade – d’occulter avec toute l’efficacité qu’il faudrait la menace qui se précise. Régulièrement, on sonne chez moi depuis la rue, parfois on se faufile jusqu’à ma porte d’où l’on m’enjoint d’ouvrir. Quelques rares fois, on me harcèle au téléphone.

 

 

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