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Rois du monde t.1 ; même pas mort
de Jaworski, Jean-Philippe

Le 24/12/2013 à 14:38 - 0 commentaire

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ISBN : 9782361831004

Editeur : Moutons Electriques

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ISBN : 9782361831400

Editeur : les moutons électriques, éditeur

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Résumé du livre
Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés. Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort. Jean-Philippe Jaworski a suivi des études de lettres et enseigne le français en lycée, dans la région de Nancy. Il a collaboré au magazine Casus Belli, créé Tiers Âge, un jeu de rôle gratuit sur la Terre du Milieu, et Te Deum pour un massacre, un jeu de rôle historique sur les guerres de religion. Après Janua Vera, son premier recueil de fictions, et Gagner la guerre, son premier roman très remarqué, il nous plonge cette fois dans une trilogie celtique.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

La première nuit

 

 

Tu raconteras ma vie.

 

Tu descendras le cours des fleuves et tu franchiras les montagnes. Tu traverseras les forêts, tu vogueras sur les mers qui s’étendent à droite du monde. Tes pas te porteront dans les royaumes celtes, dans les tyrannies hellènes et les lucumonies rasennas. Partout, tu énonceras mon nom, tu célébreras mon lignage, mes voyages, mes exploits. Tu seras l’initiale de ma mémoire, un bâtisseur de ponts, un héraut sans armée et sans bataille. Tu ne peux me refuser cette faveur. Tu ne peux aller contre le cours de ma volonté.

Ceux qui se dressent contre moi ne vivent guère ! Si tu rejettes mon offre, je ferai saisir tes biens et ta personne. Je disperserai ton ambre et tes amphores entre mes héros ; pour moi, je ne garderai que ta tête. Je la laverai, je la roulerai dans le miel, la cervoise et le sel, je la baignerai dans l’huile de cade et je la rangerai dans les coffres où s’accumulent les tributs des nations vassales. Lorsque je recevrai des hôtes de marque, je leur offrirai de grands banquets. Je ferai disposer mes plats à figures noires, mes cruches de bronze à long col, mes cratères où les vins épais de ton pays se mêlent à l’eau sauvage de nos sources. Puis, au milieu des viandes juteuses et des poissons brillants, des fruits doux et des breuvages âpres, je poserai ta tête. Je dirai : « Voyez : celui-ci était un trafiquant ionien qui fit injure à mon hospitalité. Alors buvez, dévorez, riez ! Nul ne peut se dérober à ma générosité sans me faire outrage. » Et admets-le, je suis magnanime : si tu refuses de perpétuer ma mémoire, moi, j’aurai soin de préserver la tienne. Je ferai de toi le compagnon de tous mes festins.

Tu raconteras ma vie.

Tu es un marchand riche et un aventurier rusé. Mais je ferai de toi bien plus que le négociant qui trafique du vin et des vases contre des hommes et du métal. Je ferai de toi un tombeau. Je ferai de toi une voix appelée à résonner aux trois coins du monde. Je ferai de toi les strophes liminaires du chant dont je suis la matière. Que valent tes amphores, tes trépieds, tes esclaves ? Tu n’as que des biens. Moi, je t’apporterai la parole. Je t’apporterai mon propre souffle, la respiration d’un guerrier, d’un héros et d’un roi. Te fit-on jamais offre plus prodigue ?

Toi qui déchiffres les lettres, sais-tu lire sur un corps comme sur tes tablettes ? Vois ces muscles longs, cette peau brûlée de soleil, ces mains larges, l’entrelacs effrayant de mes tatouages et de mes cicatrices. Ils sont autant de signes, autant de traces. Mon commerce, c’est la guerre. J’ai laissé une empreinte profonde dans les peuples où je suis passé. En rétribution, ils ont marqué ma chair. Mes ennemis les plus féroces m’ont apporté les butins les plus précieux : grâce à eux, je conserve ma majesté jusque dans la nudité. Mais je suis vieux ; j’aurai bientôt deux siècles. Mes bras sont encore fermes, rares sont les jeunes héros qui osent affronter mon regard ; mais je vois les enfants de mes enfants courir entre mes huttes et mes troupeaux, je n’ai plus besoin de me décolorer les cheveux et il m’arrive de somnoler quand le festin tire vers l’aurore. Les traits de mes compagnons tombés sont devenus lisses dans mon souvenir, les premières filles que j’ai désirées sont mortes ou flétries. Il est temps désormais que je songe à reprendre la route. Mais je ne pourrai le faire que si j’ai le souci de ma mémoire, par respect pour ceux que j’ai tués, et parce qu’ainsi je ne mourrai pas.

 

 

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