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Règne animal
de Jean-Baptiste Del Amo

Le 24/03/2017 à 12:17 - 0 commentaire

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Editeur :

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Date de parution :

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Total pages :

Prix :

Jean-Baptiste Del Amo

Gallimard

18/08/2016

9782070179695

21 €

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ISBN : 9782070179695

Editeur : Gallimard

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ISBN : 9782072671487

Editeur : Editions Gallimard

Prix grand format : 14.99 €

 

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Résumé du livre
Règne animal retrace, du début à la fin du vingtième siècle, l'histoire d'une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. Dans cet environnement dominé par l'omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d'une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle, reflet d'une violence ancestrale. Seuls territoires d'enchantement, l'enfance - celle d'Eléonore, la matriarche, celle de Jérôme, le dernier de la lignée - et l'incorruptible liberté des bêtes parviendront-elles à former un rempart contre la folie des hommes?
Règne animal est un grand roman sur la dérive d'une humanité acharnée à dominer la nature, et qui dans ce combat sans pitié révèle toute sa sauvagerie - et toute sa misère.

 

Premier chapitre

À Sébastien,

À mes parents et à ma sœur.

 

 

Cette sale terre

(1898-1914)

 

 

Des premiers soirs du printemps aux dernières veillées de l’automne, il s’assied sur le petit banc de bois clouté et vermoulu, à l’assise ployée, sous la fenêtre dont le cadre détache dans la nuit et sur la façade de pierre un petit théâtre d’ombres. À l’intérieur, sur la table en chêne massif, une lampe à huile halète et l’éternel feu de cheminée projette sur les murs couverts de salpêtre la silhouette affairée de l’épouse, l’élance brusquement vers les solives ou la brise sur un angle, et cette lumière jaune, hésitante, gonfle la grande pièce puis crève l’obscurité de la cour, laissant le père contourné, immobile et sombre dans un semblant de contre-jour. Quelle que soit la saison, il attend la nuit sur le banc de bois, ce même banc de bois sur lequel il a vu son père prendre place avant lui, et dont les pieds moussus et rompus par les ans sont à présent affaissés. Lorsqu’il y est assis, ses genoux remontent au quart de son ventre et il peine à s’en relever, mais il n’a pourtant jamais envisagé de le remplacer, quand bien même n’en subsisterait qu’une planche sur le sol. Il estime que les choses doivent rester telles qu’il les a connues, le plus longtemps possible, telles que d’autres avant lui ont estimé bon qu’elles soient, ou telles que l’usage en a fait ce qu’elles sont.

 

De retour des champs, il se déchausse, prenant appui contre l’encadrement de la porte, décrotte avec soin ses souliers, puis s’arrête sur le pas de la pièce où il hume l’air moite, l’haleine des bêtes, les senteurs rébarbatives de ragoût et de soupe qui embuent les fenêtres, comme il s’est tenu enfant, attendant que sa mère lui fasse signe de prendre place autour de la table, ou que son père le rejoigne et le presse d’une bourrade dans l’épaule. Son corps long et maigre se courbe et prend à la base de la nuque un angle insolite. Son cou, si tanné qu’il ne pâlit pas même l’hiver, reste gainé d’un cuir boucané, crasseux, et semble brisé. La première vertèbre, pareille à un kyste osseux, saille entre les épaules. Il retire le chapeau informe, découvrant son crâne déjà chauve, tavelé par le soleil, le retient un instant entre ses mains, cherchant peut-être à se ressouvenir du geste qu’il lui faut désormais accomplir, ou espérant encore l’ordre de cette mère depuis longtemps morte, ravalée et digérée par la terre. Devant le silence obstiné de l’épouse, il finit par se résoudre à avancer, traînant avec lui sa puanteur et la puanteur des bêtes, jusqu’au lit clos dont il tire la porte. Assis au bord du matelas, ou prenant de nouveau appui sur le panneau de bois ouvragé, il déboutonne entre deux quintes de toux sa chemise poisseuse. Le jour fini, il ne peut plus supporter, non le poids de son corps dont la maladie a soigneusement rongé les graisses et les chairs, mais sa seule verticalité, et semble risquer à tout instant de s’abattre, de chuter comme une feuille, balayant d’abord l’air confiné de la chambre, de droite à gauche et de gauche à droite, avant de se poser simplement sur le sol ou de glisser sous le lit.

 

 

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