Extrait

Portulans
de Alain Badiou

Le 03/07/2014 à 19:20 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Alain Badiou

Seuil

octobre 1967

9782020010900

chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782020010900

Editeur : Seuil

Prix grand format :

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Version numérique

 

illustration

ISBN :

Editeur : Seuil

Prix grand format : 6.99 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
Almagestes se rapportait essentiellement au Langage. Portulans concerne la Subjectivité - mieux vaudrait dire les figurations romanesques de cette construction idéologique particulière que depuis deux ou trois siècles on appelle: sujet, personne, individu, conscience, et au dépérissement de laquelle nous avons le bonheur ambigu d'assister. Ce qu'Almagestes tentait au niveau des structures élémentaires de l'expression romanesque (styles, codes, syntaxes... ), Portulans l'entreprend donc, d'une manière infiniment plus classique, au niveau des "grandes formes": description, narration, chronologie, personnages, scènes, etc. C'est dire qu'à la différence d'Almagestes, Portulans est un roman. Cependant ce roman demeure critique, puisque aussi bien le point de vue de la subjectivité n'est pas, pour l'auteur, celui de la vérité. De là que Portulans enveloppe la possibilité d'une double lecture. On peut y voir un roman traditionnel, où sept personnages, peut-être huit, et peut-être neuf, tissent et défont, dans des aventures ordonnés, le réseau mobile de leurs rapports. Mais on peut considérer que ces personnages composent les diverses figures structurées d'une seule subjectivité, progressivement inscrite dans le mécanisme fatal qui les gouverne tous sans qu'ils le sachent, si même ils le pressentent: ainsi se trouve montré que le Sujet trouve son être inévitable dans un Jeu où ce qui s'atteste n'est que son manque. La lecture de Portulans se trouve être, de ce fait, inverse de celle d'Almagestes. Le premier livre dispersait des thèmes simples dans une prolifération culturelle délibérement hétérogène et retorse. L'idée de Portulans, c'est-à-dire la structure souterraine qui en est le sujet véritable, n'est guère simple. Mais son évidence extérieure est celle d'un roman "d'autrefois", qu'il n'est pas interdit de lire pour le calme intérêt des histoires qu'il raconte, des personnages qu'il invente et des lieux qu'il décrit.

 

Premier chapitre

LA MER, devant lui, soulevait l’ombre, coque gonflée de ses mâtures ployait en forêt d’eau, au bas des sables, des étraves si leur choc fait sourdre un vent d’aube en boiseries résorbé et qui décharge, au ras de la nuit, tout un matin faux. Stéphane regardait la nuit de mer. Il regardait son regard. Inégalable image, Moi ! et père des autres, immolesté. Il naissait des rémiges, trop de ducs tournant sans cri, et qui, par-delà les pins, flottaient une seconde mer. Il y avait ce glissement des pentes jusqu’aux pierres d’un golfe l’eau retirée. L’algue éployée sur fond de barques. Sous la lune dérivaient de cérémonieuses pourritures. Et Stéphane au tranchant, réel de son absence, entre la nuit et cette porte orange, d’où venait tout le bruit de leur joie restaurée. Il occupait le seuil. Il devinait l’eau, derrière les voiles, les signes noirs scintillants. Il s’adossait à la musique : la nuit s’achève et son idée jamais éteinte, le rectangle jaune du rideau, reculait comme une bouée de filet lumineuse l’ombre. Stéphane. Entre mer et chant. La voix traînait :

“Comme une flamme dans la mer renversée

Quand on est deux le troisième regarde

Nul ne se tient sur ses gardes

Toi le guetteur toujours seul

Témoin seul

Trois moins deux dans ta barque percée…”

Chanson pour lui, la forme de leur force. Il reconnut Claire. Qui aurait prétendu, six mois plus tôt, qu’elle saurait chanter un jour, une nuit ? Tous étaient là : Chantal, Claire, Bérard, Tellier, Dastaing, Pierre, Fréville. Et Stéphane était là, créé par la différence entre leur éclat et la nuit. La différence. Eux, renoués, la Nature.

 

 

MOI, Fréville, j’étais mort, peut-être, dès le début. Je veux dire que trop d’autres pesaient sur moi pour ne me pas inciter à les joindre selon des ruses dont à la fin risquait fort de sortir ma propre immobilité. Quand il fallut assurer mon règne… Claire, et Chantal, ce fut la première paire. Ai-je bien fait de mal choisir ? Je me suis préservé, je me suis ménagé. J’ai sans aucun doute gagné du temps. Mais qu’y faire ? Après tout, le Cortase décline en même temps que moi. Le sable où je m’échoue je ne l’ai pas inventé.

 

 

LA FALAISE très loin, dernière ligne blanche, proliférait la nuit dont l’eau sonore commençait l’exode de Stéphane, il allait s’en aller avec le jour. Il pressentait au remuement des chaînes sur le quai, aux craies visibles, la future lumière où disparaître, dans ce progrès de l’arc fiché sur le matin des sables. Et Stéphane était l’essence de la nuit, figurant sa prescience d’être achevée. Tout contre la chaleur joyeuse des autres, cette béance ocre où filtrait la chanson, pour conduire au sommeil du matin leur alliance, cette nuit d’existence, il se savait savoir une Nature qui se sait finissante. Il fit quelques pas vers la mer. Le sable était froid. La voix de Claire, dans son dos :

“Comme une flamme dans la mer renversée

 

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

medias

critiques

critiques En territoire Auriaba, 4ème roman de Jérôme Lafargue

critiques "La peinture est une chose intellectuelle"

critiques Don Quichotte par Rob Davis : Cervantès plus vivant que jamais

critiques Kierkegaard et la sirène

Suivez-nous

 

Désinscription

medias

16

1

portulans-alain-badiou

4346