Extrait

Poison d'outre-mine
de Simonet, Jean Pierre

Le 29/03/2019 à 19:11 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Simonet, Jean Pierre

Editions Du Net

26/02/2019

9782312065052

168

15 €

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ISBN : 9782312065052

Editeur : Editions Du Net

Prix grand format : 15 €

 

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Résumé du livre
Huit personnages principaux exécutent une ronde en pays minier, qui en quête de vengeance, qui en quête de justice, qui en quête de vérité, de reconnaissance ou d’amour, qui en quête tout court.
Ils s’entrecroisent et leurs destins se mêlent sur fond de fermeture des mines de charbon et de gestion de « l’après-mine ».
Financée par la population locale, une sculpture monumentale va jaillir de terre en une ascension vers l’aube. Elle va devenir le symbole de la rédemption et de la renaissance d’un bassin minier sans mine.
Une sale intrigue vient couronner le tout dans un pays vert et noir travaillé par les affaissements et les effondrements de « l’après-mine ».

 

Premier chapitre

I. Matthieu Gransimon

 

Longtemps, je me suis défoncé au travail.

Longtemps j’ai cru que ça ne finirait jamais, ni pour moi, ni pour la mine.

J’ai toujours aimé Emma, éperdument.

Et maintenant, me voilà assis, le regard fixe, dans le grand hall vitré, perdu dans mes pensées, au milieu du va-et-vient des soignants, des malades, des visiteurs. Il est six heures du soir lorsqu’enfin je me décide à sortir de l’hôpital général des mines de C. Le pâle soleil de ce dix-sept février 1974 disparaît derrière la ligne boisée des collines. J’ai froid. Je boutonne la vieille canadienne en cuir héritée de mon père et je relève le col en fourrure. Il me reste un peu moins d’un quart d’heure si je veux attraper l’autocar pour rentrer chez moi, à M. Je force le pas jusqu’à la gare routière, j’accélère sur les cinq cents derniers mètres, puis j’essaie de courir. Le car démarre sous mon nez. L’air siffle violemment dans mes narines et dans ma gorge. Je suffoque, l’odeur de gazole m’écœure. Je crois que je vais tourner de l’œil. Les feux rouges du bus disparaissent dans la nuit. Je m’affale sur un banc en crachant mes poumons au milieu de la gare routière déserte. Je ne suis plus qu’une vieille carcasse musculeuse secouée de spasmes et surmontée d’un regard noir auréolé de cheveux gris en bataille. Je dois avoir l’air d’un fou…

Il me faut vingt bonnes minutes pour reprendre mon peu de souffle. J’empoigne ma musette, dans laquelle il me reste une tranche de pain, un morceau de fromage et une petite pomme. Je remonte lentement vers le centre-ville de C. Je me demande comment je vais pouvoir rentrer chez moi. Sur la place Jean Jaurès, il y a une brasserie ouverte. J’ai envie de boire quelque chose de chaud. J’entre dans la salle et je m’installe au bar, où les consommations sont moins chères. Je commande un grand crème. J’aime bien le goût du café au lait, du pain et du fromage mêlés. Chez moi, je dîne souvent d’un grand bol de café au lait, d’une tranche de pain avec du fromage et d’un fruit. Au fond de la salle, la fluorescence d’un écran de télé palpite dans l’air bleui par la fumée des cigarettes. Quelques clients regardent un match de foot en buvant des bières. L’AS Saint-Étienne affronte le Standard de Liège dans l’enfer de Sclessin, au beau milieu des aciéries de la vallée de la Meuse. C’est par là-bas que ma sœur s’est installée comme infirmière, après avoir fui le pays minier en courant. Elle voulait que j’arrête de travailler à la mine et que je vienne la rejoindre en Belgique. On s’est complètement perdus de vue depuis qu’elle est partie de M. Les soiffards crient chaque fois que l’une des équipes s’approche des buts adverses. Je me dis que je ne vais tout de même pas passer la nuit dans cette brasserie, que vingt-cinq bornes à pied ce n’est pas la mer à boire, et que, malgré ma foutue respiration, je pourrais faire la distance en quatre ou cinq heures. J’en ai vu d’autres au fond. Et, avec un peu de chance, une voiture me prendra en stop. Je finis mon café au lait. Je savoure le fond sucré de la tasse. Puis, de la main droite, je rassemble les miettes de pain et de fromage sur le comptoir et les fais tomber dans le creux de ma main gauche pour les mettre dans la soucoupe et faciliter le travail du barman. Un mineur de charbon c’est propre et bien élevé. Je paye et je sors. La nuit est claire et froide. Je retourne à la gare routière d’où je pars à pied pour rentrer chez moi, à la cité Saint-Roch.

 

 

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