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Pieds nus sur les limaces
de Fabienne Berthaud

Le 08/03/2015 à 12:16 - 0 commentaire

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Résumé du livre
Lili ne fait que des bêtises: dépecer de petits animaux, insulter les gens, coucher avec n’importe qui. Lili est étrange, sa famille aussi. Sauf Clara, douce et raisonnable, qui s’est sacrifiée pour la folie des autres. Aujourd’hui Clara est fatiguée. Parfois, elle trouve encore la force de prendre sa sœur dans ses bras pour la serrer fort, de plus en plus fort…Fabienne Berthaud, cinéaste et romancière française, a adapté pour le cinéma son roman Pieds nus sur les limaces ; le film a été primé du Art Cinema Award à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs 2010. « Fabienne Berthaud raconte avec pudeur et une inventivité artistique réjouissante le rapport entre deux sœurs. »Lire

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

 

Je n’oublierai pas cette nuit cernée de rouge sur le calendrier des pompiers.

L’avenir, désormais, me semble insupportable. Je ne suis et ne serai plus jamais la même. Rongée par le doute, terrassée par la peur de commettre l’irréparable, je continue de vivre à tout petits pas comme si de rien n’était. Car enfin, rien n’est encore réellement arrivé et rien n’arrivera peut-être jamais. L’incertitude me fait avancer avec prudence.

Je considère chaque minute passée comme une victoire.

 

 

 

 

 

Depuis que maman est morte, c’est moi qui m’occupe de Lili. Elle va mieux ces derniers temps. Ses médicaments semblent l’avoir stabilisée. Elle est plus calme. Lili est ma sœur. Une sœur de sang qui boit du vin et se nourrit d’épluchures, histoire de ne pas prendre trop de poids. Une fantaisie de son esprit. Lili aime la peau des pommes de terre. La peau de saucisson. Lili aime la peau. Toutes les peaux. Quand elle ne la mange pas, elle la garde dans les tiroirs de sa commode. La peau des taupes, des lapins, des mulots, de tous les petits animaux qui lui tombent sous la main. Dans la journée, Lili tue beaucoup de petits animaux pour récupérer la peau. Elle dépèce, lave et fait sécher ses proies sur la corde à linge. Ça l’occupe. Quand je prépare les repas, Lili me demande toujours :

« Qu’est-ce que tu épluches de bon ce soir ? »

Je laisse faire. Je ne peux pas tout contrôler. Je m’occupe de Lili. Je lui donne ce que je peux. Ce que j’ai. Ma vie. Je copie l’amour que maman me donnait, avant les événements. Je copie. L’impression d’être un papier calque. Je fais tout comme le faisait maman. Jusqu’à mettre les robes qu’elle a laissées dans ses placards. Des robes de lainage strictes qui sentent la naphtaline et la poudre de riz. Des robes de vieilles dames. Lili s’habille autrement. Je copie les robes qu’elle portait enfant. Les robes à plastron. Les jupes froufrouteuses. Les bonnets de laine à pompon. Lili m’appelle maman. Je suis la petite mère de ma sœur. Je ne vis pas ma vie. Une autre fois peut-être. Je vis les problèmes des autres. Autant dire que je n’existe pas. Je m’efface. Le temps passe et je m’efface. Je ne suis presque plus. Je suis seulement les problèmes des autres. Les autres. Ils me collent comme des ventouses. Ils attaquent mon âme. Les autres. Les chats. Pierre. Mireille. Les gens des rues. Les commerçants. Les banquiers. Les huissiers. Les morts. La poussière. Je me sens prisonnière de cette non-vie qui s’étale, qui s’installe un peu plus chaque jour. Je me sens ligotée. Prise au piège. Enfermée. Interdite de séjour. Ne pas flancher. Continuer de faire semblant pour eux. Pour elle. Résoudre. Supporter. Demeurer attentive. Comprendre. Les autres. Je les aide à respirer et c’est moi qui étouffe. Asphyxie. J’enterre mes émotions. C’est une question d’éducation. Un peu de cendre sur la braise.

Et ce vent qui ne cesse de souffler. Il déracine les arbres. Il décoiffe les toitures et les chignons. Il s’époumone. Inlassablement. Ça fait sauter les plombs. Ceux du cerveau aussi. Quand le ciel est en rogne, il cogne sa mère, disent les gens d’ici. Les gens d’ici disent n’importe quoi. Ils appellent notre habitation « la maison des gens aux volets fermés ». Nous habitons un château amputé de ses tours. Un château sans tête pour une famille de cinglés. Depuis la mort de maman, le grand salon demeure fermé. Il ne reçoit plus les flasques postérieurs des épouses d’un notariat de province ficelées dans des tailleurs haut de gamme. Les fumées de cigare. Les maires en mal de ministère. Les escarpins remplis de pieds trop gras. Il ne reçoit plus personne. Les chats de temps à autre, quand le printemps arrive.

 

 

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