Extrait

Peur
de Dirk Kurbjuweit

Le 08/02/2018 à 10:30 - 0 commentaire

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Dirk Kurbjuweit

Delcourt Litterature

07/02/2018

9782413000396

240

20 €

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ISBN : 9782413000396

Editeur : Delcourt Litterature

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ISBN : 9782413008606

Editeur : Delcourt Littérature

Prix grand format : 13,99 €

 

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Résumé du livre
Un roman social sous tension qui s'attaque à une question morale universelle : jusqu'où est-on capable d'aller pour protéger sa famille ? « J'avais toujours cru mon père capable de commettre un massacre. Dès qu'il était question d'une tuerie aux informations, je retenais mon souffle jusqu'à ce que le nom du coupable tombe. Pure paranoïa, j'en conviens, mais nos peurs d'enfant ont la peau dure. » Randolf Tiefenthaler affirme avoir eu une enfance normale, même si son père collectionnait à leur domicile un véritable arsenal. Marié et père de deux enfants, Randolph s'enorgueillit d'avoir acheté pour sa famille un nouvel appartement situé dans un quartier cossu de Berlin. Mais son confort bourgeois et ses convictions progressistes sont torpillés le jour où il rencontre l'homme qui vit sous leurs pieds. Dieter Tiberius se révèle vite un voisin menaçant, un harceleur au comportement de plus en plus erratique et inquiétant. Randolf Tiefenthaler devra répondre à une question que l'on n'aimerait jamais avoir à se poser : De quoi est-on capable pour protéger sa famille quand la loi n'est pas de notre côté ?
trad.  Leïla Pellissier

 

Premier chapitre

1.


« Papa ? »

Il ne m’a pas répondu, il ne parle pas, ou à peine. Il n’est pas atteint de confusion mentale, de démence, d’Alzheimer, ni d’aucune autre maladie qui ronge le cerveau. Ses souvenirs ne l’ont pas quitté, nous le savons, car il lui arrive tout de même de parler, rarement il est vrai, mais ses propos sont clairs et cohérents ; ils sont le fruit d’un esprit toujours alerte, d’un esprit qui a su, depuis toutes ces années, mener et enregistrer une existence entière – papa est âgé de soixante-dix-huit ans. Il m’a reconnu cet après-midi, il me reconnaît toujours. Un sourire, mince, discret. Il est toujours comme ça avec moi. En retrait. Mais il reconnaît son fils, son fils aîné, et apprécie ses visites. Ça n’est pas rien.

« Monsieur Tiefenthaler ? » l’interpelle à son tour M. Kottke. Mon père réagit plus volontiers face à lui. Suis-je jaloux pour autant ? Oui, un peu, je l’avoue. D’un autre côté, M. Kottke est l’homme avec lequel mon père partage son quotidien, et je me réjouis de leur entente – il le faut bien. On peut même dire que M. Kottke respecte mon père. Je ne sais pas s’il traite tous les hommes ici avec autant de douceur et de gentillesse. J’imagine que non, bien que je ne l’aie jamais vu en présence d’autres hommes. Mais aujourd’hui mon père n’a pas répondu non plus à la question de M. Kottke. Il est assis, à la table, somnolant. Les yeux mi-clos, le dos droit, les bras ballants. Il s’incline de temps en temps vers l’avant ; j’ai peur que mon père se cogne le visage contre la table, qu’il se fasse mal ; il pourrait se blesser, le plateau est en métal. Mais mon père ne heurte jamais le plateau, il arrête toujours net le mouvement dès que son corps penche un peu trop, et il se redresse. Comme aujourd’hui. Pourtant je n’arrive pas à m’y habituer. À chaque fois cette même peur qui m’envahit. J’ai vu combien M. Kottke était aux aguets, prêt à intervenir lui aussi. Nous gardons un œil attentif sur papa, nous ne voulons pas qu’il lui arrive quelque chose.

Voilà six mois que je rends visite à mon père dans cet endroit, et toujours cette même tristesse de le voir ainsi, dans sa chemise râpée et son pantalon trop grand qu’il porte sans ceinture. Nous lui avons acheté des affaires neuves, pour soigner son allure, mais il préfère ses vieux vêtements familiers, pourquoi pas d’ailleurs ? C’est étrange de le voir dans cette position ; sa chaise se trouve trop loin de la table, la mienne aussi ; nous sommes assis l’un en face de l’autre sans que la table crée de lien particulier, sans que nous ayons la sensation d’être réellement assis ensemble. Cette table nous éloigne alors que nous n’avons jamais été si proches. C’est du moins ce que je ressens. Hélas, il est impossible de déplacer les chaises ; elles sont vissées au sol, tout comme la table.

Mon père pourrait parler, mais il n’en a plus envie. Il est fatigué je pense, épuisé par cette longue vie, trop difficile pour lui. Nous ne l’avons pas compris, quelle importance à présent ? Il a dû surmonter les difficultés même si, au fond, elles n’étaient peut-être que le fruit de son imagination. Il a vécu en conséquence, comme si elles étaient réelles. Nous ne savons pas tout de lui. Qui peut se targuer de tout connaître de l’autre ? La seule existence que nous vivons pleinement, c’est la nôtre, et pourtant, cela ne signifie pas que nous en connaissions tous les tenants et aboutissants parce que certaines des choses qui nous affectent – des choses souvent capitales – peuvent se produire à notre insu, parfois même sans que nous en ayons conscience. Peut-être devrions-nous nous mettre d’accord là-dessus : personne ne connaît une vie dans sa totalité, même pas sa propre vie. Voilà pourquoi il faut se méfier des jugements à l’emporte-pièce sur la vie des autres. C’est ce que je fais.

 

 

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