Extrait

Petite
de Sarah Gysler

Le 05/09/2018 à 07:51 - 0 commentaire

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Prix :

Sarah Gysler

Des Equateurs

20/06/2018

9782849905661

182

18 €

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ISBN : 9782849905661

Editeur : Des Equateurs

Prix grand format : 18 €

 

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ISBN : 9782849905678

Editeur : Editions des Equateurs

Prix grand format : 18.00...77795619....

 

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Résumé du livre
Sarah a 24 ans, 16 tatouages, un drôle d'accent suisse, un sac de 7 kilos sur le dos, 12 000 kilomètres dans les pattes, un avis tranché sur le monde, une indocilité chronique, une empathie naturelle qui peut virer à l'envahissement, pas un sou en poche, mais une soif désarmante de vivre et d'être libre.
Un jour, Sarah a vu une publicité pour l'Euromillion à la télévision : des personnes faisaient tourner un globe pour choisir au hasard leur destination. Chiche ! Elle a déroulé une carte et fermé les yeux en pointant du doigt. " J'irai là ! " Là, c'était le Cap Nord. Alors, soit. Sarah a tout quitté : son travail, son appartement, son petit ami, son chat. Elle est partie seule, sans argent ni carte de crédit. Elle avait 20 ans.

De Lausanne au Cap Nord, elle a parcouru l'Europe en autostop et à pied. Depuis, Sarah n'est jamais vraiment rentrée. Elle est allée du lac Baïkal à la steppe mongole, elle a traversé l'Atlantique en bateau-stop, a vécu dans les îles Philippines et aux Caraïbes.
Pourquoi tous ces kilomètres ?
Sarah a grandi dans une famille divisée entre une mère autoritaire élevant seule ses deux enfants, et un père qui soutient la théorie que rien n'est illégal si personne ne t'attrape.
" On était de ces enfants qui grandissent avec une clef autour du cou, connaissent les numéros d'urgence par coeur et savent faire cuire des pâtes avant même d'être en mesure d'atteindre les casseroles. Nous étions à la fois les arbitres et les munitions. Ces années-là m'ont appris que la souffrance peut parfois rendre les gens méchants. " Ce livre est un roman d'apprentissage foudroyant, celui d'une petite fille qui transforme sa colère en Odyssée. Avec un indéniable humour et une maturité saisissante, la jeune globe-trotteuse évoque les tourments de l'enfance et de l'adolescence, son dégoût d'une société uniformisée et de sa violence, mais aussi l'esprit de liberté qui la guide pour aller jusqu'au bout de ses rêves.

 

Premier chapitre

PARTIE 1

 

 

Je suis née au milieu des années nonante, et longtemps j’ai cru que notre futur ressemblerait à l’heureux baratin d’un horoscope. Une promesse d’amour, de gloire et de beauté, le genre d’ânerie qu’on nous vend dans les journaux gratuits du métro. Les énergies nouvelles, la politique, la justice, la médecine... Je pensais qu’on allait pouvoir réparer des corps, que tout le monde aurait un toit, qu’on allait bientôt se téléporter.

Aujourd’hui, j’ai vingt-trois ans et les yeux grands ouverts. Je m’aperçois que le progrès n’a rien arrangé, pas plus que la croissance ni le développement. Même aller voir ailleurs ne m’a pas rendue plus optimiste. J’aurais aimé écrire ce livre pour vous raconter ô combien le monde est magnifique, les gens exceptionnels ! C’est vrai qu’ils le sont parfois. Mais j’ai aussi connu Manille et ses trottoirs, les coups de pied dans la gueule des enfants affamés, les types dégueulasses qui parcourent des milliers de kilomètres pour les violer. J’ai vu des villages entiers délaisser leur culture et leurs champs pour rejoindre les villes, et finir par acheter les mêmes cochonneries que celles qui remplissent nos Caddie. Les pesticides, l’eau de Javel déversée sur les aliments encore comestibles, les tests sur les animaux, les enfants exploités, les autres qui ne savent plus reconnaître un légume, la surconsommation, les dettes, les antidépresseurs, les gens qui se piétinent lors des soldes. Et puis, je rentre chez nous où l’ambiance n’est pas beaucoup plus réjouissante. Les bavures policières, les injustices de la justice, les gays que l’on tabasse pour rire. Le nettoyage au Kärcher, les migrants qui se noient par milliers. Les jeunes tués au milieu d’un concert.

Souvent, j’essaye de fermer les yeux, de me préserver. Mais, très vite, la réalité me rattrape. Elle est partout, la garce, et elle court vite. Il suffit que je sorte de chez moi pour croiser un sans-abri, assis sur un tas de cartons. Puis un deuxième, puis un autre encore. Il fait un froid de gueux et je ne sais pas quoi faire. Comment pourrais-je m’occuper des autres, alors que j’ai déjà tellement de mal avec moi-même ? Alors que j’ai grandi de traviole. Une pièce changera-t‑elle quelque chose à sa vie ? Et puis, ça fait mauvais genre de donner. Je vais encore me faire traiter de Bisounours par ceux qui répètent qu’il ne faut pas aider les migrants, sinon ils ne repartiront jamais, sinon on risque de provoquer un appel d’air. Ces gens pour qui l’empathie est synonyme de faiblesse, ces gens qui placent la race, la classe, la souche au-dessus de l’humain.

Chaque fois, je ressens la même impuissance. J’hésite à m’arrêter, puis je me dis qu’il n’a sûrement pas envie de me parler. J’épilogue à longueur de temps sur les réseaux sociaux mais ne sais plus engager une conversation dans la vraie vie. De toute façon, qu’est-ce que je pourrais bien lui dire ? Je ralentis le pas et le regarde avec douceur. Je m’arrête, j’essaie de dire un mot, mais rien ne sort. Il me regarde intrigué, impatient. Parfois, je décèle une lueur d’espoir dans ses yeux, parfois de la colère. Je prends conscience de mon comportement bizarre, je fixe mes pieds et ne dis toujours rien. Je ne trouve aucun mot pour le soulager, moi qui veux écrire des livres. Je pars à moitié en courant, j’ai du sang dans la bouche – d’avoir mordu trop fort ma lèvre.

 

 

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