Extrait

Nager sur la frontière
de Antonin Potoski

Le 16/01/2014 à 21:29 - 0 commentaire

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ISBN : 9782070142262

Editeur : Gallimard

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Editeur : Editions Gallimard

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Résumé du livre
Le pays de Cardamome: des boues du Bangladesh aux collines de l'Inde orientale, cette région étourdissante d'industrie et de mouvement fait face à l'immensité silencieuse du pays Or et Kaki, le Myanmar. En 2012, l'Arakan, le territoire tampon entre ces deux mondes, s'est enflammé ; des milices bouddhistes ont incendié des milliers d'habitations de musulmans pour les forcer à l'exil. Familier des deux camps, l'auteur voyage avec des apatrides arakanais. À leur progression dans les zones tribales se superpose le parcours intérieur de l'écrivain voyageur: en créant des correspondances avec le territoire sahélien qu'il a quitté, en interrogeant la solitude et les désirs de son enfance lorraine, Antonin Potoski livre, sur d'étranges journées d'amitié dans les jungles frontalières, un témoignage d'une grande tendresse.

 

Premier chapitre

 

 

 

1.

Petite souris

 

 

Je me réveille au pays de Cardamome, dans notre chambre blanche qui vibre avec la ville. Krishna dort encore. J’ouvre les yeux : la pièce bascule de droite à gauche, les murs, le plafond, la moustiquaire, à vive allure. Je comprends que c’est une baisse de tension. Je fais attention, en sortant du lit, de ne pas m’écrouler au sol. Je me tiens aux murs, m’assois après quelques pas. J’attends d’avoir versé l’eau bouillante sur notre thé pour tirer Krishna vers la douche. Je procède à gestes lents, j’ai peur de perdre l’équilibre quand je frictionne mes cheveux.

Pendant nos premières semaines ensemble, en sortant de la douche, Krishna se séchait avant moi et, lorsque j’attrapais une serviette, il me l’arrachait pour prendre soin lui-même de m’essuyer. Les gestes d’un autre avec une matière râpeuse sur ma peau mouillée étaient surtout agréables en idée, mais j’ai fini par m’y habituer et même par l’espérer au moment de fermer le robinet. Il était méthodique, traitait les parcelles de mon corps l’une après l’autre, n’abandonnait jamais avant d’avoir traqué la dernière goutte.

 

Il ne me sèche plus que de temps en temps, il me connaît maintenant par cœur, cette exploration méthodique ne l’amuse plus chaque matin. Constatant ma faiblesse, il me prend la serviette des mains, je pivote au fur et à mesure, ce qu’il fait me touche au-delà de tout, mais mon état m’inquiète, il ne s’en rend pas compte, je suis au bord de l’écroulement. Je me laisse tomber en arrière sur le lit après avoir enfilé un sous-vêtement, la pièce vacille de plus belle, je n’ai pas encore la force de finir de m’habiller. Il s’approche, se souvient qu’après une douche ou un bain je retire toujours l’eau de mes oreilles à l’aide d’un mouchoir en papier. Il sort plusieurs mouchoirs d’une boîte, s’assoit sur le bord du lit, se penche vers moi, absorbe d’abord l’eau de mes deux oreilles en me faisant tourner la tête d’un côté puis de l’autre, il vérifie que tous les recoins sont bien secs. Alors il me tamponne le visage, les yeux, avec une délicatesse infinie, sans pression, comme on démaquillerait un écorché. Je fonds en larmes. Je lui dis que tout va bien, que je pleure d’amour ; il se jette dans mon cou, il sanglote contre mes joues mouillées.

 

Il aime tellement se faire masser que son plaisir, ses frissons, son extase me font accepter de ne pas recevoir autant de lui. Quand il s’occupe de moi, il regarde la télé, du foot ou du cricket — plus concentré sur les joueurs que sur le jeu. Il travaille assez mollement, suspend ses mains quand une action capte son attention sur l’écran. Cela pourrait m’agacer, le massage est entrecoupé, comme s’il s’en moquait, mais il reprend exactement dans la suite du mouvement interrompu et j’adore ça : ne pas savoir, ne pas pouvoir compter sur un geste régulier. Il me libère du scrupule qui m’a toujours habité : ce doit être long pour l’autre. Je ne regarde pas l’écran, je reçois ses pressions, elles sont arrêtées un temps parfois minuscule ; cette durée n’est pas prévisible et crée pour moi un effet d’attente délicieux.

 

 

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