Extrait

Monarques
de Philippe Rahmy

Le 02/10/2017 à 06:38 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Philippe Rahmy

Table Ronde

31/08/2017

9782710385332

198

17 €

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ISBN : 9782710385332

Editeur : Table Ronde

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ISBN : 9782710385349

Editeur : Editions de la Table Ronde

Prix grand format : 11.99 €

 

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Résumé du livre
"À l’automne 1983, je quitte ma campagne au pied du Jura, pour suivre des cours à l’école du Louvre. Embauché à la brasserie Le Conti pour payer mes études, occupant une mansarde rue Mazarine, voisine de celle où Champollion déchiffra les hiéroglyphes, ébloui par les lumières de la ville, je découvre Saint-Germain-des-Prés, ses librairies, ses éditeurs, ses cafés, ses cabarets. Mais en Suisse, à la ferme, mon père est malade. J’apprends qu’il est à l’agonie le jour où je croise le nom d’Herschel Grynszpan, un adolescent juif ayant fui l'Allemagne nazie en 1936, et cherché refuge à Paris.
Pour des raisons profondément enfouies, que je reconnais aujourd’hui, il m’a fallu trente ans pour raconter son histoire en explorant celle de ma propre famille. Mon enquête à travers l’espace et le temps a porté sur
deux continents et sur trois générations. J’ai frappé à de nombreuses portes, y compris celles des tombeaux. Certaines se sont ouvertes, produisant les rencontres et les amitiés qui ont nourri ce livre. J’ignore quelle aurait été ma vie sans la littérature, mais je sais que tous
mes chemins mènent au sud de la Méditerranée, qu’ils relèvent du rêve impossible de l’aventurier, ou qu’ils aient été arpentés un stylo à la main."
Philippe Rahmy.

 

Premier chapitre

Je crois que l’avenir nous sera clément à tous.

Révolutionnaires et réactionnaires, victimes et exécuteurs, traîtres et trahis, la grande pitié s’étendra sur eux tous, quand le jour se lèvera enfin, dans notre ciel sombre !

 

JOSEPH CONRAD, Sous les yeux de l’Occident.

 

 

À Guido Leotta.

 

 

1

 


Vient le jour où l’enfance prend fin. Cela fait longtemps qu’Herschel Grynszpan m’accompagne. Le projet d’écrire son histoire est né à la mort de mon père.

 

Une neige fine et sèche tombe sur La Moraine. L’extrémité du Grand-Champ disparaît dans la brume. Il y a une centaine d’années, notre propriété s’étendait jusqu’à la Sarine. Le remaniement a transformé la campagne suisse, découpant et redistribuant les champs, ou les réaffectant à l’élargissement des réseaux autoroutier et ferroviaire. Plusieurs expropriations ont considérablement réduit notre domaine agricole. Seule la forêt est demeurée intacte. Elle se tient, verte et violette, au pied du Jura, forêt de longue attente, si souvent contemplée par la fenêtre quand j’étais enfant et trop faible pour quitter mon lit. Forêt profonde, impénétrable, terre de personne et terre promise.

 

Dans la pénombre de ma chambre, je cherche une position confortable, le dos calé par des coussins. Les rideaux et la moquette n’ont jamais été changés. Je m’abandonne au passe-temps de mes lointaines siestes, les yeux au plafond. Le plâtre s’écaille. Il évoque une carte délavée aux continents approximatifs, séparés par un océan de peinture sale, aux taches suggestives, créatures marines ou galions en procession, orientés vers les moulures encore plus délabrées, laissant apparaître un lambris sous-jacent et quelques clous rouillés, le tout enveloppé d’auréoles qui jaunissent à mesure qu’elles se resserrent autour de l’axe du lustre en bronze, dessinant alors une figure imposante, comme une tête couronnée après décapitation, sur un fond crasseux de paille, ou, comme à l’instant, quand le sommeil refuse de venir, une ombre enroulée sur elle-même, un embryon, peut-être, une oreille, une forme sans intérêt, un ennui, une corvée, des frais de rénovation trop longtemps différés.

 

J’ouvre une porte-fenêtre. Le ciel nocturne, la terre enneigée, contraires et complémentaires. Deux plans superposés. La Moraine et l’inamovible Plateau vaudois, semé de gros villages qui se prennent pour des villes, grêlé de résidences principales et secondaires, une morne étendue au pied des montagnes, quelques peupliers et camions, au loin, en file indienne ; plus loin encore, des cygnes mollement posés sur le lac Léman ; leurs yeux vides, en boutons de manchettes, tournés vers le pain que leur lancent les touristes abrutis par le voyage, grelottant avant de rejoindre leur hôtel, ou les autochtones qui déambulent sur les quais, en famille, le dimanche, abrutis par l’habitude. Socorro, notre vieille employée de ferme, m’appelle depuis le rez-de-chaussée. Le taxi est arrivé. Mon avion décolle à quatorze heures pour Tel-Aviv, la ville dont Herschel a tant rêvé, sans jamais l’atteindre.

 

 

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