Extrait

Modèle vivant
de Joann Sfar

Le 11/09/2018 à 07:01 - 0 commentaire

Auteur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Joann Sfar

Albin Michel

29/08/2018

9782226437587

224

18 €

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ISBN : 9782226437587

Editeur : Albin Michel

Prix grand format : 18 €

 

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ISBN : 9782226431189

Editeur : Albin Michel

Prix grand format : 12,99 €

 

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Résumé du livre
C'est l'histoire d'un professeur de dessin qui s'appelle Joann Sfar. La direction des Beaux-Arts le réveille aux aurores afin de régler le problème du harcèlement sexuel à l'école. Rien que ça ?C'est l'histoire d'une époque qui ne veut plus qu'on la représente. Les modèles se révoltent, vous arrachent les pinceaux des mains et vous disent : je vais le faire moi-même, mon portrait.Féroce et pertinent : tout l'art de Joann Sfar.

 

Premier chapitre

1


J’ai écrit toutes ces pages partagé entre la crainte qu’un livre sur le dessin n’intéresse personne et la certitude que c’est un travail sur des questions universelles. À chaque ligne, la question de la violence, du nu et de la délicatesse est posée. Je n’écrirai jamais de manuel de dessin, ça n’aurait aucun sens. Mais j’ai besoin de parler pour le dessin, parce que personne n’y comprend rien, moi le premier.

 

 

2


Le désir, c’est beau. L’envie de posséder, de dévorer, c’est atroce ; ou ça peut l’être. J’aime le dessin car il permet de transformer la fascination pour l’autre en une image. Le dessin est là pour quand la vie ne suffit pas. Plutôt que des tables rondes et des chartes de bonne conduite, pour contenir la monstruosité de notre espèce, on devrait enseigner davantage le dessin comme alternative à la dévoration.

La directrice des enseignements de l’École des beaux-arts m’écrit à sept heures du matin. Elle me demande si c’est trop tôt pour me parler. Je me dis que ce doit être urgent. Peut-être que notre école a enfin réussi à dénicher un grand artiste. C’est un stress difficile à comprendre pour ceux qui ont suivi un cursus professionnalisant, mais l’École des beaux-arts de Paris ne sert qu’à une chose : trouver le ou la nouvelle Picasso. Pas la bagnole, le peintre. On cherche mollement. On n’a pas encore trouvé, je crois.

Ce n’est pas pour ça qu’elle m’écrit. Je la rappelle. Mme la ou le – je ne sais plus, je découvre l’écriture inclusive – ministre de la Culture, Françoise Nyssen, donc, a décidé de prendre à bras-le-corps le problème des inégalités hommes-femmes et des abus sexuels, et de tout régler. D’ici deux heures. À l’école. Devant plein d’élèves ? Non. L’école a pour instruction de sélectionner un petit panel d’étudiants et deux ou trois profs. Manque de bol, je fais partie des condamnés à assister au spectacle.

J’ai enfilé mon déguisement de professeur de bande dessinée, à savoir un blouson plein d’écussons, des bagues et des baskets. Puis j’arrive là-bas. Il faut se réunir en antichambre avant l’arrivée de la ministre. On se retrouve dans le bureau des enseignements. Les élèves sont déjà assis en rond sur des chaises, la mine grave. C’est du sérieux. Le panel a été sélectionné de façon tellement caricaturale que ça me fait marrer. Dès que je me marre, ça stresse tout le monde. Il y a six filles. Trois élégantes, bien élevées et très organisées qui prennent des notes. Une débraillée cheveux partout qui rougit, roule des yeux et s’énerve. Les premiers mots que j’entends sont : « De nombreuses plaintes sont classées sans suite. » Ceux qui sont le plus remontés contre l’injustice faite aux femmes sont bien entendu deux garçons. L’un qui se tournicote les cheveux et l’autre qui se gratte la barbe. Ils ont des chevilles plus longues que leurs jeans. Ils sont très en colère. Ils connaissent « des dizaines d’histoires » de harcèlement. « Que doit-on en faire ? » Sous-entendu : « Vous savez, on peut déclencher l’Armageddon, vous êtes dingues de nous mettre face à la ministre, vous n’imaginez pas comme on est des fous libertaires. » Je me permets de leur rappeler qu’ils sont là pour le spectacle et que la ministre, ainsi que les journalistes invités, vont adorer tout ça. J’essaie de leur faire comprendre que leur révolte fait partie du spectacle et n’a rien d’imprévu. Visiblement, ça déplaît.

 

 

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