Extrait

Misérables !
de Michel Quint

Le 08/08/2018 à 08:29 - 0 commentaire

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Michel Quint

Phebus

mars 2018

9782752911261

19 €

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ISBN : 9782752911261

Editeur : Phebus

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ISBN : 9782752911278

Editeur : Phébus

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Résumé du livre
Nord de la France, 2016.

Lorsqu’il était policier, Laurent enquêtait sur les morts. Aujourd’hui, il retrouve les vivants. Depuis peu, la loi Necker oblige les entreprises à rechercher les bénéficiaires d’un contrat d’assurance-vie souscrit et jamais exécuté. Et notre héros est à la fois un détective et un annonciateur de bonnes nouvelles. Mais, cette fois-ci, sa tâche se révèle ardue. Car quels liens pouvaient bien unir la riche Henriette Benson au jeune et ambitieux Freddy Delersnyder, depuis longtemps disparu?

Toutes les pistes mènent à Calais. Elles ressuscitent une époque d’espoirs déçus: celle de la vague rose des années Mitterrand. Et dressent le portrait complexe d’un Rastignac au grand cœur.

En compagnie de la belle Sonia, Laurent vadrouille dans la ville actuelle et ses environs, constatant la misère mêlée des habitants et des migrants...

 

Premier chapitre

Celui-ci pour des être chers :

Amandine et Corentin qui se marient bientôt

et

Martine Aubry qui nous a mariés Brigitte et moi et reconnaîtra quelques évocations du roman.

 

 

PROLOGUE


6 mars 1987. 18 heures 05.

Dans la nuit rugueuse et les odeurs de rouille, le ferry Herald of Free Enterprise s’élance de Zeebrugge vers la haute mer avec la gueule ouverte d’un nageur de brasse papillon. Comme s’il voulait prendre sa respiration une bonne fois. À cause du froid pas rigolo, de pas grand-chose à voir, ou de faim ou soif, les passagers ont quitté les autos, les camions arrimés en bas et ont gagné directement les ponts supérieurs, au chaud.

Pas Wielfrid Dekeyzer. Il a embarqué à pied, sans bagages. Il veut pleurer tout son saoul sa Leona en allée avant d’aller finir de s’ivrogner hors taxes sans avoir l’air brayou. Il reste pour l’instant sur le pont vers l’étrave, à l’aplomb de la passerelle de commandement, sanglots romantiques et tout le bazar suicidaire de l’amant abandonné, à regarder les lumières de Zeebrugge et d’Ostende basculer, s’éloigner pendant la manœuvre, marche arrière, et puis en avant toute. Costaud dans son blouson cuir pleine fleur et ses santiags de fan de country il pense à des chansons où the lights don’t shine for me, hoquette à mi-voix des bouts de mélodie, Harbor lights, les Platters, bien guimauve, The lights of the harbor, pas pareil, une fille triste, sait plus qui, Dolly Parton, Patsy Cline… ? Une blonde à la poitrine américaine en tout cas, chromée, en acier inoxydable, qu’on regarde les yeux dans les seins. Comme Leona. Une paumée du petit matin, à la Brel. Penser ainsi il en a le droit Wielfrid, même avec la conscience qu’il se torture le cœur, parce que l’acier il en vend, en gros, à l’industrie, et les attributs de Leona il a payé cher pour les regarder en face et en éprouver la ferme cruauté. Elle chante pas Leona, elle est barmaid dans une boîte d’Anvers, un truc vintage à clientèle exprès pour et ambiance musicale d’époque. Elle connaît ses classiques et refuse autant les fleurs périssables que les bonbons tellement bons. Leona c’est Dolly Parton en sosie, de la paupière basse, et du geste lent, beaucoup de peau aussi, trente ans revenus de tout, et cet accent flamand, ces fautes de français, elle dit « mon maison », « ils sontaient beaux », bravo l’imparfait, et roule les R :

– Qu’est-ce que tu veux mon Wielfrid, je suis une roulure, mets-toi ça dans le crâne et arrête de me demander en mariage ! Tu vois bien que je ne sais pas te faire du bien.

Leona est un motif de désespoir belge.

Au moment de l’appareillage Wielfrid a une bonne heure de larmes dans les mirettes et son chagrin de midinette commence à se tarir. Presque il regretterait sa traversée vers Douvres sur un coup de tête, envie de se foutre à l’eau, de se dépayser, mais séduction du prix surtout, une promotion à pas rater même sans envie d’Angleterre : une malheureuse livre sterling l’aller-retour par personne, aux environs de cent francs belges ! Attention : l’autre côté c’est pas la Terre promise, on va pas traverser la mer Rouge avec Moïse ! Mais on trouvera bien de la consolation sans chichis auprès d’une Angliche sans préjugés. Il a regardé avec des renifleries de moutard fâché les voitures entrer dans le ventre du bateau, une première fournée, ensuite, il y a eu une petite attente. Du coup on est partis avec cinq minutes de retard à cause qu’il a fallu ballaster, entrer de l’eau de mer, pour enfoncer le ferry d’un mètre, que les véhicules puissent accéder au niveau supérieur. Un homme d’équipage, un Anglais pas bilingue en combinaison du même rouge-orange que les banquettes du bar et la coque du ferry, lui a expliqué le pourquoi, et que d’habitude ce bateau fait la liaison Calais-Douvres. Calais où les quais sont plus hauts. Là, ils font une rotation extraordinaire, pour installer la compagnie, la Townsend-Thoresen, sur cette ligne, appâter le client avec ce prix, une livre la traversée. Après on montera les tarifs. Ah bon ! Ça lui a fait une belle jambe à Wielfrid qui pensait à celles de Leona et à Léo Ferré, c’est extra « un Moody Blues qui chante la nuit », savait plus pourquoi sur le coup… Ah si, les « bas qui tiennent haut perchés » et la « fille qui tangue et vient mouiller » ! Bien sûr que c’est extra ! Et encore : Ferré n’a pas connu Leona. Mais il lui semble que les chansons nous guettent, nous viennent à l’esprit comme des oracles triviaux.

 

 

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