Extrait

Marina Tsvétaïeva, mourir à Elabouga
de Vénus Khoury-Ghata

Le 27/03/2019 à 09:50 - 0 commentaire

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Vénus Khoury-Ghata

Mercure De France

03/01/2019

9782715249059

196

15,50 €

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ISBN : 9782715249059

Editeur : Mercure De France

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Editeur : Editions du Mercure de France

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Résumé du livre
Vénus Khoury-Ghata s'est passionnée pour Marina Tsvétaïeva, immense poétesse russe qui voua toute sa vie aux mots et à la poésie.

 

Premier chapitre


À Tzvetan Todorov

 

 

Et si tes dérives n’étaient que quête éperdue du bonheur jamais saisi ?

 

 

À travers la lucarne du grenier, tu vois la colline, le cyprès, le champ que tu explorais à chaque crépuscule à la recherche des pommes de terre oubliées des paysans. Tu mangeais les épluchures et gardais la chair pour Mour qui avait toujours faim.

Si maigre ton fils, on pouvait voir ses os à travers sa peau.

Une colline qui bleuit puis disparaît le soir venu, un cyprès planté en bordure d’une route sinueuse qui ne mène nulle part et un champ que la fonte des neiges a transformé en océan de boue.

La lucarne, ton seul lien avec le monde depuis que tu ne sais plus mettre des mots à ta douleur, que tu n’es plus aimée et que tu ne cuisines plus.

Le champ remplace la page blanche, ses sillons les lignes, le cyprès le crayon à papier.

La lucarne et le grenier appartenaient à l’ancien propriétaire des lieux mort en déportation, la chaise appartient aux Tatars qui ne parlent pas ta langue. Tu as ajouté la corde.

Accrochée à la poutre du plafond, le nœud coulant est prêt.

« Elle a bien fait de se pendre », dira Mour qui n’assistera pas à ton enterrement dans le cimetière d’Elabouga, à un jet de pierres des sillons que tu fouillais de tes mains à la recherche des pommes de terre gelées.

« Voleuse », une « sale voleuse », t’a crié hier le propriétaire du champ. La pomme de terre cachée derrière ton dos, tu lui avais demandé pardon mais omis de lui rendre l’objet du délit.

Mour a haussé les épaules quand tu lui as raconté l’incident.

Mour a fait celui qui n’a pas entendu quand tu lui as dit que tu ne supportais plus ta vie, que tu allais te pendre.

 

Tu ne te pendrais pas si ton fils avait moins faim, si tu avais une table où écrire et si tu avais des nouvelles de ton mari et de ta fille Alia, accusés d’espionnage au profit de l’ennemi. Arrêtés il y a plus d’un an. Peut-être exécutés.

Tu ne te pendrais pas si tu avais moins froid, si tu étais descendue à Tchipostol au lieu de pousser plus loin jusqu’à Elabouga dans le camion qui transportait les écrivains qui fuyaient l’armée allemande.

Tu ne te pendrais peut-être pas si Boris Pasternak n’avait brutalement mis fin à une correspondance longue de cinq ans par une rencontre de cinq minutes dans le métro de Moscou. Si Rilke avait répondu à tes lettres enflammées, si tu n’avais pas épuisé la patience du jeune critique Bakhrakh, si ton éditeur berlinois Abraham Vichniak ne t’avait pas renvoyé tes lettres d’amour sans un mot d’explication.

Tu ne te pendrais pas si tu étais moins misérable, si tu arrivais encore à écrire et si le beau Constantin Rodzevitch, meilleur ami de ton mari, n’avait mis fin à votre liaison.

 

Longue la liste de tes passions, de tes engouements fussent-ils vécus ou écrits.

Tu écrivais et aimais comme le prisonnier cogne au mur qui le sépare d’un autre prisonnier. Pour te donner l’impression de faire partie de ce monde alors que tu étais seule. Seule et misérable, riche de mots que tu envoyais dans toutes les directions.

 

 

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