Extrait

Manhattan beach
de Jennifer Egan

Le 13/09/2018 à 07:16 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Jennifer Egan

Robert Laffont

16/08/2018

9782221203422

532

22 €

chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782221203422

Editeur : Robert Laffont

Prix grand format : 22 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Version numérique

 

illustration

ISBN : 9782221221280

Editeur : Groupe Robert Laffont

Prix grand format : 14,99 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
Alors qu'elle a presque douze ans, Anna Kerrigan accompagne son père chez Dexter Styles, un homme qui, comprend-elle, est crucial pour la survie de sa famille. Derrière sa maison, elle aperçoit l'océan, qui l'émerveille autant que le mystère pesant qui lie les deux hommes.
Des années plus tard, son père a disparu, et le pays est en guerre. Anna travaille au chantier naval de Brooklyn, où les femmes effectuent des tâches autrefois réservées aux hommes, désormais au front. Elle devient la première femme scaphandrier ; sa mission essentielle, des plus dangereuses, consiste à réparer les navires qui aideront les Etats- Unis à remporter la guerre. Un soir, dans un club, elle croise de nouveau le chemin de Dexter Styles, et commence à comprendre la complexité de la vie de son père, ainsi que les possibles raisons de sa disparition.

traduction Aline Weill

 

Premier chapitre

À Cristina, Matthew et Alexandra Egan

Et à Robert Egan, notre oncle Bob

 

 

« Oui, comme chacun sait, l’eau et la méditation sont unies à jamais. »

Herman MELVILLE, Moby Dick

 

 

Première partie


LE RIVAGE

 

 

1.

 

Ils avaient fait tout le chemin jusqu’à la maison de Mr Styles avant qu’Anna s’aperçoive que son père était nerveux. D’abord, elle avait été distraite par le trajet, en filant sur l’Ocean Parkway comme s’ils mettaient le cap sur Coney Island, quatre jours après Noël alors qu’il faisait incroyablement froid pour aller à la plage. Ensuite, par la maison : un palais de deux étages en brique dorée, avec des fenêtres sur tous les côtés, un claquement bruyant de stores à rayures jaunes et vertes. C’était la dernière maison de la rue, une impasse donnant sur la mer.

Son père gara la Model J en douceur et coupa le moteur.

— Chérie, dit-il, ne louche pas sur la maison de Mr Styles.

— Bien sûr que non.

— Tu le fais, là.

— Non, dit-elle. Je plisse les yeux.

— Loucher ou zieuter, c’est pareil.

— Pas pour moi.

Il se tourna soudain vers elle.

— Arrête !

C’est à ce moment-là qu’elle comprit. Elle l’entendit déglutir, la gorge sèche, puis sentit un piaillement d’inquiétude dans son estomac. Elle n’avait pas l’habitude de voir son père anxieux. Distrait, oui. Préoccupé, sans doute.

— Pourquoi il n’aime pas qu’on zieute, Mr Styles ?

— Personne n’aime ça.

— Tu ne me l’as jamais dit.

— Tu veux rentrer à la maison ?

— Non, merci.

— Je peux te ramener, tu sais.

— Si je zieute ?

— Si tu me donnes la migraine que je sens venir.

— Si tu me ramènes, dit Anna, tu seras affreusement en retard.

Elle crut qu’il allait la gifler. Il l’avait fait une fois, sa main atteignant sa joue, invisible comme un fouet, lorsqu’elle avait laissé échapper un chapelet de jurons qu’elle avait entendus sur les quais. Le fantôme de cette gifle hantait encore Anna, ce qui avait pour étrange effet de renforcer son audace, par défi.

Son père se frotta le front, puis se tourna vers elle. Sa nervosité avait disparu ; elle l’avait calmé.

— Anna, dit-il. Tu sais ce que j’attends de toi.

— Bien sûr.

— Que tu sois gentille avec les enfants de Mr Styles pendant que je lui parle.

— J’avais deviné, papa.

— Ça ne m’étonne pas.

Elle sortit de la Model J les yeux écarquillés, larmoyants au soleil. Ça avait été leur voiture jusqu’après le krach boursier. À présent, elle appartenait au syndicat, qui la prêtait à son père pour les affaires qu’il lui confiait. Anna aimait l’accompagner quand elle n’était pas à l’école : aux champs de courses, à des repas de communion et des fêtes religieuses, dans des immeubles de bureaux où des ascenseurs les propulsaient aux derniers étages – parfois même au restaurant. Mais jamais dans une maison particulière comme celle-ci.

Ce fut Mrs Styles qui leur ouvrit, une dame semblable à une star de cinéma avec ses sourcils sculptés et sa bouche pulpeuse, ourlée d’un rouge brillant. Anna, habituée à trouver sa mère plus jolie que toutes les femmes qu’elle rencontrait, fut désarmée par l’évidente séduction de Mrs Styles.

 

 

page suivante

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

medias

critiques

critiques En territoire Auriaba, 4ème roman de Jérôme Lafargue

critiques "La peinture est une chose intellectuelle"

critiques Don Quichotte par Rob Davis : Cervantès plus vivant que jamais

critiques Kierkegaard et la sirène

Suivez-nous

 

Désinscription

16

1

manhattan-beach-jennifer-egan

6955