Extrait

Les Vieillards De Brighton
de Gonzague Saint Bris

Le 08/08/2017 à 10:38 - 0 commentaire

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Gonzague Saint Bris

Grasset Et Fasquelle

02/05/2002

9782246635116

14.39 €

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ISBN : 9782246635116

Editeur : Grasset Et Fasquelle

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ISBN : 9782246635192

Editeur : Grasset

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Résumé du livre
Au début des années 1950, en Angleterre, un petit garçon, fils d'un diplomate français en poste à Londres, se retrouve placé dans un asile de vieillards, au bord de la mer, à Brighton. C'est à partir de ce fait vrai que, dans son deuxième roman, Gonzague Saint Bris révèle le secret de son enfance et revient sur ses pas, à Brighton, où les vieillards, dans cet hospice, se retiraient de la vie. Entre ses soldats de plomb et ces vieux personnages au visage de cire, l'enfant prend de l'âge à grande vitesse. Autour d'Arthur, l'enfant, se dessine toute une galerie de portraits : le grand Will, écrivain maudit qui le prend en affection, Lady Beckford, grande dame au caractère altier qui lui inculque le flegme britannique, le Brigadier Général, ancien officier des Indes et espion de L'Intelligence Service, Faïence Folie, la pute au grand coeur, Somerset, le loup de mer pervers et sadique, Oscar, le cuisinier gay et l'abbé Corentin, l'ecclésiastique qui a pour cultes Dieu et les chemins de fer... A travers ce tableau, c'est toute une Angleterre évanouie qui ressuscite, de Shakespeare à Jack l'Eventreur en passant par Churchill et l'impératrice Victoria. Dans ce manoir gothique, face à la mer, hanté par la dégénérescence des derniers jours, nous assistons à la déambulation hypnotique d'un enfant qui lutte pour survivre, qui combat contre l'absurdité de sa situation mais qui finalement va s'attacher à ces vieillards dont il est devenu si proche, vieux compagnons qui projettent sur lui leurs espoirs fracassés et leur amertume morbide. Au sortir de cette expérience, l'enfant devra remonter à l'envers le cours de sa vie, marqué à jamais par l'empreinte du temps.

 

Premier chapitre

I heard the old, old men say « Everything alters, And one by one we drop away ». They had hands like claws, and their knees Were twisted like the old thorn-trees By the waters. I heard the old, old men say « All that’s beautiful drifts away Like the waters ».

THE OLD MEN ADMIRING THEMSELVES IN THE WATER

De W.B. YEATS.

 

« A ce passé auquel je suis attaché en dépit de tout. »

 

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

 

Dans mon enfance, je n’ai pas eu d’enfance.

Maxime GORKI.

 

On me dit que j’ai trente ans, mais si j’ai vécu trois minutes en une, n’ai-je pas quatre-vingt-dix ans ?

Charles BAUDELAIRE.

 

De quoi souffres-tu ? De l’irréel intact dans le réel dévasté.

René CHAR.

 

Vivre, c’est survivre à un enfant mort.

Anatole FRANCE.

 

 

Chapitre 1

 

 

Enfant, j’habitais Londres où mon père était un jeune attaché d’ambassade. C'était la vie rêvée. Hyde Park et son allée de fleurs violettes, les musées gratuits où l’on pouvait jouer avec des trains électriques, les magasins de jouets extraordinaires, les cantiques dans la brume, les policemen polis qui ne regardaient pas ma nurse avec insistance. Elle était suisse et s’appelait Nana. Le prince Charles enfant nous faisait parfois des signes du balcon de Buckingham Palace. Je lui répondais. Après tout, nous avions le même âge et on nous coiffait de la même manière : de l’eau sur la tête et la raie sur le côté.

 

 

Tout cela aurait pu être une charmante histoire, avec les casquettes bleu et jaune de notre école, la St Philip’s School, les « bats » de cricket, des rues de Londres où l’on jouait avec de petites voitures Dinky Toys contre les murs gris en se salissant les mains. Je croyais vivre un « Nursery Rhymes », mais je ne savais pas encore que c’était celui de Humpty Dumpty, le petit homme fragile à l’énorme tête d’œuf qui, assis, en haut d’un mur, n’ose plus bouger de crainte de se fracasser le crâne. Pour moi, l’omelette était proche, la catastrophe imminente. J’avais cinq ans, l’âge de l’innocence, l’âge où pourtant j’ai dit adieu à l’innocence. Pardonnez-nous nos enfances !

 

 

C'est vrai, j’avais un caractère difficile, je restais enfermé des heures sans jamais vouloir demander pardon. Je croyais que la colère était ma noblesse. J’explorais mes haines intérieures. Mais il faut bien avouer que j’étais très violent. Un jour mon père me surprit dans une lutte acharnée avec mon frère aîné, dont je croyais qu’il était le préféré de mes parents. J’étais en train de frapper sa tête contre les carreaux de la cuisine.

 

 

Pour apaiser la situation, mes parents décidèrent qu’un éloignement me serait profitable. On leur avait dit : « L'air de Brighton est bon pour les nerveux. » Aussi, un après-midi nous quittâmes Londres dans la belle Frégate grise qui faisait notre fierté, une vraie voiture française, et je ne compris pas pourquoi je partais seul avec mon père, sans mes frères, ni ma mère. Peut-être, au fond, me prenait-il pour un adulte. Voulait-il me parler? Qu’allions-nous découvrir? Je m’imaginais qu’il avait remarqué la grandeur de mon caractère et allait me confier à l’amiral Nelson qui, dans les jours à venir, me donnerait, peut-être, le commandement d’un « brick ». Mais, plus que du voyage, c’est de l’arrivée dont je me souviens. Brighton, une ville élégante mais qui fait peur par sa distinction froide ; des villas telles qu’on les imagine chez Agatha Christie, où les crimes se mitonnent dans la camomille, des gazons verts et tendres comme dans les films de Losey, où l’on ne tond que la surface de drames affreux et enterrés.

 

 

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