Extrait

Les sables de l'Amargosa
de Claire Vaye Watkins

Le 03/08/2017 à 16:10 - 0 commentaire

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ISBN :

Total pages :

Prix :

Claire Vaye Watkins

Albin Michel

23/08/2017

9782226328588

416

23,49 €

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ISBN : 9782226328588

Editeur : Albin Michel

Prix grand format : 23,49 €

 

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Résumé du livre
Une terrible sécheresse a fait de la Californie un paysage d'apocalypse. Fuyant Central Valley devenue stérile, les habitants ont déserté les lieux. Seuls quelques résistants marginaux sont restés, prisonniers de frontières désormais fermées, menacés par l'avancée d'une immense dune de sable mouvante qui broie tout sur son passage.
Parmi eux, Luz, ancien mannequin, et Ray, déserteur " d'une guerre de toujours ", ont trouvé refuge dans la maison abandonnée d'une starlette de Los Angeles. Jusqu'à cette étincelle : le regard gris-bleu d'une fillette qui réveille en eux le désir d'un avenir meilleur. Emmenant l'enfant, ils prennent la direction de l'Est où, selon une rumeur persistante, un sourcier visionnaire aurait fondé avec ses disciples une intrigante colonie...
Salué par la presse américaine, Les Sables de l'Amargosa surprend autant par son réalisme, d'une brûlante actualité, que par sa dimension prémonitoire. Portée par une langue d'une beauté brutale, ponctuée de scènes mémorables, cette fable réinvente le roman de l'errance dans la lignée de John Steinbeck et Cormac McCarthy.

(traduction Sarah Gurce)

 

Premier chapitre

À ce stade, même selon une indulgente auto-estimation, Luz était totalement défoncée. Elle en prit la mesure tandis que le soleil d’entre les soleils plongeait dans le Pacifique et qu’elle se retrouvait pieds nus au centre d’un cercle de percussionnistes, à secouer une boîte de Reebok remplie de décorations de Noël cassées en guise de tambourin, tout en agitant ce qu’elle avait de seins. Luz ne savait pas danser, elle n’avait jamais su. Mais ce rythme-ci était d’une simplicité éléphantine, comme le glouglou des valves du corps — une musique égalitaire. Elle frappait lourdement des pieds le limon sec du canal. L’espace d’un instant, elle s’inquiéta pour Ray, puis laissa tomber. Il devait être parfaitement au courant de son état, comme d’habitude. Sans doute l’observait-il depuis la périphérie du cercle, sirotant la décoction maison à base d’eau salée dont elle s’était enfilé de grandes rasades toute la journée.

Et pourquoi s’en serait-elle abstenue ? Ils avaient piqué la riante Karmann Ghia vert vif de la starlette, que Ray surnommait « le Melon », et ils étaient descendus de leur canyon vers la ville assoiffante et sa danse de la pluie, cohue d’habitués des transes et de punks à chien qui glapissaient et s’ébattaient dans les canaux secs de Venice Beach, faisant sonner leur musique au-delà de la chenille bétonnée pleine de limon, de graffitis et de confettis d’ordures qui se tortillait quatre fois entre les maisons proprettes. Ils s’étaient installés à l’ombre d’une passerelle à la rambarde blanche arrachée, et Ray avait sorti un thermos de décoction, un sachet d’amandes et six gousses d’ail prétendument de Gilroy, même si ça faisait dix ans que rien ne poussait à Gilroy. Un jour de joie, de fête et de plaisir, puisque l’argent voulait encore dire quelque chose à Los Angeles, même dans le chaos de la danse de la pluie, et que — bordel de merde — Luz Cortez en avait gagné un paquet, d’argent, à faire le mannequin sous le nom de jeune fille de sa mère, jusqu’à ce que son agence se carapate dans les brumes sordides de New York et qu’elle soit trop vieille pour qu’on la supplie de suivre le mouvement.

Alors, lâche-toi, sister. Bouge ton corps. Bouge bouge bouge. Ne flippe pas à l’idée que même l’argent finira par ne plus rien vouloir dire. Ne deviens pas aigrie en ressassant ce que cet argent t’a coûté, les flashs qui te brûlaient les yeux jusqu’à te rendre provisoirement aveugle, les retenues sur salaire pour le temps passé aux urgences, les vieux qui te pinçaient les cuisses, qui pinçaient ton gros cul de Chicana ou l’excès de chair juvénile de tes aisselles, qui te mettaient un doigt, et même une fois un stylo-feutre. Oui, tu as été à Paris, à Milan, à Londres, partout, et pourtant il ne t’en reste rien. Mais n’alimente pas la négativité en toi, même si tu as toujours été trop flasque, trop petite, trop poilue, trop vieille, trop mexicaine. Cul trop plat, seins trop bas, tétons trop larges — comme des soucoupes, avait dit l’autre. Ne lance pas la vieille rengaine, Enlève ta chemise, Tourne-toi, chérie, Penche-toi, Mets la saucisse dans ta bouche, mon chou, tu sais comment faire. Laisse tomber les sarcasmes, même si tu n’avais que quatorze ans et que tu ne savais pas comment faire, que tu ne l’avais jamais fait, que tu n’avais même jamais embrassé un garçon. Ne réveille pas la faim la faim la faim. Ne te dis pas que tout ça, c’était pour rien.

 

 

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