Extrait

Les rêveurs
de Carre, Isabelle

Le 10/01/2018 à 13:17 - 0 commentaire

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Carre, Isabelle

Grasset Et Fasquelle

10/01/2018

9782246813842

304

20 €

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ISBN : 9782246813842

Editeur : Grasset Et Fasquelle

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ISBN : 9782246813859

Editeur : Grasset

Prix grand format : 15.99 €

 

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Résumé du livre
« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »
I. C.

Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

 

Premier chapitre

À mes enfants, ma merveilleuse famille,

à toutes les familles, les grandes, les petites,

les classiques et les autres,

 

à Marie-Eugénie Jullian.

 

 

Le roman, c’est la clé des chambres interdites de notre maison.

Louis Aragon

 

 

Tu sais mon rêve, maintenant, l’idée que j’aurais ? Que j’aimerais être écrite – enfin tu vois : qu’un écrivain s’occupe de moi, un écrivain que j’aurais rencontré et qui s’intéresse à mon cas, qu’il écrive un roman, ou peut-être pas tant : un genre de nouvelle, ou de feuilleton pour les journaux… Maintenant, c’est la chose qui me plairait tout à fait.

Bernard-Marie Koltès

 

 

Elle me tient par la main, et pousse en même temps mon frère dans son landau. Nous traversons la rue, nous marchons, personne ne parle. Les voitures roulent et les gens bougent en silence, c’est comme un film muet. Je n’ai pas encore remarqué, je crois, son regard fixe, sa démarche fantomatique, même si je sens qu’elle est loin, ses pensées l’ont encore capturée à des années-lumière, j’ai l’habitude… Oui, mais si loin, ce jour-là, qu’elle ne m’entend pas crier lorsqu’un passant m’arrache à elle…

Elle continue sa route, la tête bien droite, elle avance vers ce point mystérieux qu’elle fixe toujours, elle s’éloigne d’une marche régulière, presque mécanique, elle avance invariablement, sans enthousiasme ni détermination, sa trajectoire se dessine toute seule, elle n’espère rien, elle se déplace simplement vers autre chose, là où elle est censée se rendre, et ce rendez-vous, ce but quel qu’il soit, la laisse indifférente tout autant que ma disparition. Ma panique, mes efforts pour attirer son attention sont inutiles, aucun de mes hurlements ne l’alertera… Elle poursuit sa route, la poussette à la main, sans s’inquiéter de moi. Elle n’a pas senti ma main lui échapper, elle n’était que de l’eau ou du vent dans la sienne. J’ai six ou sept ans, et ce rêve revient de plus en plus souvent. Je sais bien que ce n’est qu’un cauchemar, mais il semble contenir une vérité que je ne saurais ignorer : ma mère ne me voit pas, elle ne me sauvera d’aucun danger, elle n’est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s’en va.

 

 

Quitter Pantin

 

Penchée à la fenêtre de sa chambre, elle fume sa dernière cigarette. Il va falloir sortir acheter un nouveau paquet. Elle attend le moment où elle ne pourra plus faire autrement. Ils l’ont installée à Pantin, parce que, ici, elle ne connaît personne et que personne ne les connaît. Elle doit rester là, plusieurs mois, dans un studio à peine meublé d’un lit, où elle imagine, le soir, quand elle s’y glisse, tous les gens qui l’ont précédée, d’une table en Formica et de deux chaises. La cuisine est dans la même pièce, les toilettes sur le palier, au fond du couloir. Son frère l’a trouvé par petites annonces, dans une rue discrète près des Grands Ensembles. Elle écrase sa cigarette en se promettant de fumer moins aujourd’hui. Elle a faim mais le réfrigérateur est vide. « Il faut vraiment que je sorte », se répète-t-elle pour s’en convaincre. « Je ne dois pas avoir peur, je ne croiserai personne… » Elle gagne du temps en tournant le bouton d’une télé minuscule posée à même le sol. Un homme sympathique en pull orange annonce les titres du journal :

 

 

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