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Le tour du propriétaire
de Nicolas Fargues

Le 21/05/2013 à 14:28 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Nicolas Fargues

Pol

romans et fiction romanesque

04/01/1900

9782867447426

176

14.70 €

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ISBN : 9782867447426

Editeur : Pol

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Résumé du livre
En s'embarquant pour l'Indonésie à l'aventure, afin d'éviter les tentations étriquées – la littérature, entre autres – propres aux jeunes Parisiens suffisants de son espèce, Alex se doutait quand même un peu qu'il ramènerait de son séjour un petit roman parisien à écrire, un roman plus ou moins étriqué, plus ou moins suffisant avec, comme dans tout petit premier roman bien parisien qui se respecte, des impressions démagogiques de voyage, des coups de gueule manichéens, une métaphysique convenue, de jolies filles rencontrées par hasard plus ou moins séduites, ainsi qu'une bonne surenchère bien française d'auto-dénigrement hypocrite.

 

Premier chapitre

Les voyages forment la jeunesse

(adage populaire)

 

 

 

1

 

C’est en voyant progressivement s’effacer, comme sur une nappe les miettes de pain que l’on balaye à la fin du repas, l’archipel de Rhodes du planisphère numérique qui lui faisait face qu’Alex eut pour la première fois la sensation de vraiment quitter l’Europe. Aux noms de villes plus ou moins tempérées – Paris, Bâle, Munich, Milan, Bucarest qui avaient jusque-là délimité sur l’écran un bloc vert forêt-blanc neige à peu près homogène, succédaient maintenant des étalements ocre et turquoise aux consonances arides : Nicosie, Damas, Djeddah, mer d’Oman, Abadan. Soleil de midi perpétuel, foules anciennes et irascibles en progression fluide, ports et sable, muezzins au crépuscule, cités insoumises… Qu’importaient ici les préjugés, le jeune homme y trouvait du bon pour rêver quand même.

L’idée que cette première impression forte du voyage pût constituer le départ d’un roman possible le fit, en même temps que s’interdire à nouveau toute perspective d’écriture, détourner machinalement les yeux de la carte et les laisser errer sur le reste des passagers, par-dessus le dossier de son siège. Trouant l’obscurité par endroits le long de la voûte de la carlingue, quelques douces veilleuses permettaient tout juste de distinguer des contours et des ombres : tirettes des hublots baissées, masques de nuit jetables sur les yeux, mousses insonorisantes dans les oreilles, couvertures standard relevées jusqu’aux lèvres et journaux tombés en chiffon sur les genoux, tout le monde dormait à présent. Le souffle des réacteurs de l’appareil, comme une lente et profonde expiration d’homme, ajoutait au silence de ce glissement puissant que n’entravaient ni les bribes de chuchotements sans visage, ni quelque sourd cliquetis de machinerie venu du fin fond des soutes.

Revenu à sa position initiale, Alex remonta de moitié le cache de son hublot. Rien au-dehors qu’une nuit épaisse, à peine révélée par les flashes furtifs des sémaphores fixés tout au bout des ailes de l’avion. Avec, pour tout repère, cette carte électronique où commençaient à se brouiller devant ses yeux des couleurs trop incandescentes, il considéra l’icône parfaitement fixe, sur l’écran, qui figurait la position actuelle de l’appareil, à hauteur du golfe Persique. Un tracé rouge interrompu rappelait le bout de chemin parcouru dans cette partie du globe. Malgré le ronronnement d’assurance des réacteurs, l’icône ne bougeait pas d’un pouce. « Déjà toute cette distance franchie dans l’immobilité », se prit à songer Alex. « Mais de cela non plus, je n’écrirai rien », crut-il bon d’ajouter avant de se décider, comme tout le monde, à fermer les yeux.

 

Une brume sale et pluvieuse filait à toute allure derrière le hublot. Entre deux amoncellements de nuages, elle laissait deviner une mer de plomb tout en bas. En s’éveillant, Alex nota également cet ébrouement ahuri des passagers qui précède les atterrissages des long-courriers. Dans la lumière métallique des plafonniers, au son à nouveau rugissant des réacteurs, l’on s’agitait : qui remontant d’un coup sec sa tirette sur la grisaille matinale, reboutonnant son col ; tel autre reclassant d’une main sûre les pages égarées de son journal, ou bien bouclant sa ceinture de sécurité ou son sac de voyage avec application. Au milieu de ce brouhaha de froissements et de néons, l’écran numérique de la nuit parut soudain bien isolé et bien terne à Alex. Et bien dérisoire, l’entêtement de l’icône à rester figée malgré les zébrures de brume de plus en plus précipitées, à mesure que l’avion perdait de l’altitude.

 

 

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