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Le Temps Des Deracines
de Élie Wiesel

Le 17/06/2014 à 15:30 - 0 commentaire

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Résumé du livre
Pour échapper aux fascistes hongrois, Gamliel Friedman est séparé de ses parents et confié à la catholique Ilonka, une jeune chanteuse de cabaret. Ainsi commence la vie de déraciné de l'enfant juif dépossédé de ses proches, de sa foi, de son nom même. New York, fin de siècle: Lili Rosenkrantz demande à Gamliel de l'aider à vaincre le mutisme d'une vieille Hongroise qu'elle soigne à l'hôpital. Une pensée folle envahit alors l'ancien apatride devenu américain: va-t-il retrouver Ilonka qu'il a dû quitter en 1956, lors de l'insurrection de Budapest contre les Soviétiques? Et voilà qu'affluent les souvenirs d'une existence faite de malheur et d'espoir, de détresse et, venue d'on ne sait où, d'énergie de vivre. L'amour pour l'insaisissable Esther. Le désastreux mariage avec Colette. La liaison avec Eve, si sensuelle, intelligente, intraitable. Et les vieux amis qui, comme Gamliel ont fait l'expérience du déracinement: Bolek, rescapé d'un ghetto polonais; Diégo, héros de la guerre d'Espagne; Gad, l'agent du Mossad; Iasha, jadis victime de l'antisémisme stalinien. Et la sagesse bourrue de Rabbi Zousia. Et les écrivains sans talent auxquels Gamliel prête sa plume alors que seul le préoccupe l'achèvement de son Livre secret. En une seule journée, l'éternel exilé va découvrir qu'il lui faut se réconcilier avec son passé, s'y enraciner enfin. Et se convaincre peut-être qu'il existe encore dans le coeur des hommes une place pour la compassion, pour le rêve et l'espoir.

 

Premier chapitre

Regarde, jeune ami et frère.

Tes yeux voient-ils la jeune femme au regard profond qui t’est destinée ?

Regarde sa tête inclinée sur son épaule gauche comme pour y chercher ta main, ce visage beau et sombre sur lequel flotte un rêve empreint de désir et de mystère éternel, le tien.

Regarde et tu sauras ce que c’est que d’aimer.

Mais ce sera trop tard.

J’ai quatre ans, ou peut-être cinq. Shabbat après-midi. Maman se repose dans la pièce voisine, un livre à la main. Je lui ai demandé de m’en lire une page : elle a mal à la tête. Cela lui arrive souvent. Je suis seul avec mon père. Je lui réclame une histoire, mais on frappe à la porte. « Va voir », me dit mon père, la tête plongée dans son journal auquel il a toujours du mal à s’arracher. Un inconnu au visage sombre me demande : « Je peux entrer ? » Il est grand, barbu, très large d’épaules, inquiétant. Un feu pâle, sacré, brûle dans ses yeux lourds de secrets. « Qui est-ce ? me demande mon père. – Je ne sais pas, dis-je. – Un errant, me répond l’inconnu. Un errant épuisé. Et affamé. – Qui cherchez-vous ? – Toi, dit-il. – Qui est-ce ? répète mon père. Un mendiant ? Fais-le entrer. » Que ce soit le jour ou la nuit, mon père n’a jamais renvoyé un étranger à la recherche d’un gîte ou d’un repas, et sûrement pas un jour de Shabbat. L’inconnu entre d’un pas lent et sûr. Papa se lève pour l’accueillir et le conduire à la cuisine. Il lui montre où se laver les mains avant de réciter la prière d’usage, lui indique une chaise pour s’asseoir, lui prépare une assiette. Tcholent et hallah. Mais le mendiant refuse d’y toucher. « Vous n’avez donc pas faim ? lui demande mon père. – Oh si, j’ai faim. Et j’ai soif. Mais pas de nourriture. – De quoi, alors ? – De paroles et de visages. Je parcours le monde en quête d’histoires. » Je suis pris par sa voix. Une voix de conteur : elle réchauffe le cœur et enveloppe l’âme. Depuis cette rencontre, j’ai toujours aimé les mendiants et leurs besaces pleines d’histoires de princes devenus vagabonds, amoureux de liberté et de solitude. Il reprend : « Je suis venu pour vous éprouver. Pour mesurer votre hospitalité. Et je peux vous dire que ce que j’ai vu m’a plu. » Là-dessus, il se lève et se dirige vers la porte à grandes enjambées. « Ne me dites pas que vous êtes le prophète Élie, lui dit mon père. – Non, je ne suis pas prophète. » Il me sourit. « Je te l’ai dit. Je suis un errant. Un errant fou. »

Depuis lors, j’aime les fous, les mendiants fous au visage sombre et à la voix envoûtante qui allume en vous pensées et désirs interdits. Plus précisément, ce n’est pas la folie que j’aime, mais ceux qu’elle habite et secoue pour les rendre conscients de leurs limites, et de leur désir irrépressible de les dépasser. C’est devenu chez moi une sorte de seconde nature. Il y a des collectionneurs de tableaux, des amateurs de chevaux. Moi, ce sont les fous qui m’attirent. Ils font peur ? C’est pourquoi on les bâillonne ? Pour ne pas entendre leurs cris ? Certains m’amusent, d’autres m’effraient. Comme si, pour eux, l’homme était l’ombre agitée et mystérieuse d’un rêve, peut-être celui de Dieu. Rien à faire : j’ai plaisir à me trouver dans leur compagnie, voir avec leurs yeux le monde qui meurt chaque soir avant de renaître à l’aube, courir après leurs propos comme après des chevaux sauvages, les écouter rire et faire rire, s’enivrer sans vin et rêver les yeux ouverts.

 

 

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