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Le prisonnier du ciel
de Carlos Ruiz Zafón

Le 11/11/2013 à 12:36 - 0 commentaire

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ISBN : 9782221131022

Editeur : Robert Laffont

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Résumé du livre
Barcelone, 1957. Les membres de la librairie Sempere & fils - Daniel, sa femme Béa, son père et son complice de toujours, Fermín Romero de Torres - s'apprêtent à célébrer Noël. Fermín prépare son mariage, pourtant quelque chose le tourmente. Malgré l'insistance de Daniel, il refuse de se confier. Tout change le jour où un inquiétant personnage se présente à la librairie. Après avoir acheté une édition rare du Comte de Monte Cristo, il la dédicace à Fermín. Mais pourquoi signe-t-il du patronyme de ce dernier ? Et quels sont ces secrets qu'il menace de dévoiler ? Poussé dans ses retranchements par Daniel, Fermín lève le voile sur les années les plus terribles de son existence.
1939. La guerre civile, commencée en 1936, vient de se terminer avec la victoire franquiste. Dans la forteresse de Montjuïc, prison damnée qui domine Barcelone, croupissent une poignée d'opposants au régime. Fermín fait partie de ce groupe d'hommes haut en couleur, amateurs de blagues et solidaires les uns des autres. Très vite, il se lie avec son plus proche voisin, David Martín, l'écrivain de La Ville des maudits. David Martín, un être à moitié fou, comme possédé par une âme étrangère à la sienne, fait l'objet d'une surveillance très spéciale de la part du directeur. Grand lecteur, romancier à succès, il a l'habitude d'égayer les journées de ses compagnons en leur racontant des histoires. Salgado, le camarade de cellule de Fermín, est d'une autre trempe : criminel endurci, il a assassiné toute une famille pour lui voler ses millions. Malgré les tortures répétées, il refuse de révéler où il a caché son trésor. Après une séance particulièrement violente, Salgado, en plein délire, dévoile malgré lui à Fermín l'endroit où il a caché la clef qui doit conduire à l'argent. Aidé par Martín, Fermín concocte son évasion. Il vole la clef de Salgado, puis, imitant le comte de Monte Cristo, il se fait passer pour mort et se glisse dans le sac destiné aux cadavres. Une fois son évasion réussie, Fermín se forge une nouvelle identité. Après avoir cherché, en vain, le lieu du trésor, il choisit de mener une existence tranquille auprès de ses amis de la librairie Sempere.
Mais, au bout de dix-huit ans, le mystérieux inconnu qui ressemble tant à Salgado vient lui demander des comptes. Une lutte pleine de haine et de peur s'engage entre eux. Des secrets de sinistre mémoire remontent du passé, les protagonistes qui, dans l'ombre, continuent à tirer les ficelles, se mettent en mouvement. Le bonheur des uns, la vie des autres et peut-être même l'existence du Cimetière des Livres Oubliés sont menacés.

 

Premier chapitre

1

 

Barcelone, décembre 1957
Cette année-là, à Noël, nous eûmes tous les jours des petits matins de plomb et de givre. La ville baignait dans une pénombre bleutée, et l'haleine des pas­sants emmitouflés jusqu'aux oreilles dessinait des traî­nées de vapeur dans le froid. Ils étaient bien peu, ceux qui s'arrêtaient pour regarder la vitrine de Sempere & Fils, et moins nombreux encore ceux qui s'aventuraient à l'inté­rieur pour demander le livre perdu qu'ils avaient cherché toute leur vie et dont la vente aurait contribué à renflouer les finances précaires de la librairie.
— Je crois qu'aujourd'hui sera le bonjour. Aujourd'hui, notre sort va changer ! proclamai-je après le premier café de la journée, rendu optimiste au seul goût du liquide.
Mon père, qui depuis huit heures du matin bataillait avec le livre de comptes à coups de crayon et de gomme, leva les yeux de la caisse et observa le défilé des clients manques qui se perdait dans la rue.
— Le ciel t'entende, Daniel, parce qu'à cette allure, si nous ratons la saison de Noël, en janvier nous n'aurons pas de quoi payer la quittance d'électricité. Il faut trouver quelque chose.
— Hier, Fermïn a eu une idée, aventurai-je. D'après lui, il s'agit d'un plan magistral pour sauver la librairie de la banqueroute imminente.
— Mon Dieu, ayez pitié de nous !
Je citai textuellement :
— « Si on me mettait en caleçon dans la vitrine en manière de décoration, nous obtiendrions que quelque représentante de la gent féminine avide de littérature et d'émotions fortes entre faire des achats, car les connaisseurs assurent que l'avenir de la littérature dépend des femmes et, croyez-moi, elle n'est pas encore née, celle qui sera capable de résister au charme bucolique de ce corps robuste. »
J'entendis derrière moi le crayon de mon père tomber par terre, etje me retournai.
— Fermïn dixit, précisai-je.
Je pensais que mon père allait sourire de cette boutade de Fermïn, mais, constatant qu'il ne sortait pas de son silence, je le regardai du coin de l'œil. Non seulement Sempere senior ne semblait pas amusé par une telle ineptie, mais il arborait une expression méditative, comme s'il la prenait au sérieux.
— Sais-tu que Fermïn a peut-être trouvé la solution ? murmura-t-il.
Je l'observai, incrédule, en me demandant si la disette commerciale dont nous avions été victimes ces dernières semaines n'avait pas fini par affecter le bon sens de mon géniteur.
— Tu ne vas tout de même pas lui permettre de se promener dans la librairie en petite tenue !
— Non, ce n'est pas ça. Il ne s'agit pas de son histoire de vitrine. Pourtant, tu m'as donné une idée... Nous sommes peut-être encore en mesure de sauver Noël.
Il disparut dans l'arrière-boutique et, presque tout de suite, revint vêtu de son uniforme officiel d'hiver : le manteau, l'écharpe et le chapeau, toujours les mêmes, que je lui connaissais depuis mon enfance. Bea soupçonnait mon père de n'avoir pas acheté d'habits depuis 1942, et tous les indices paraissaient donner raison à ma femme. Pendant qu'il enfi­lait ses gants, mon père souriait vaguement, et l'on percevait sur ses traits cet éclat presque enfantin que seules les grandes entreprises parvenaient à lui arracher.
— Je te laisse seul un moment, annonça-t-il. Je sors faire une course.
— Puis-je te demander où tu vas ?
Il me fit un clin d'œil.
— C'est une surprise.
Je le suivis jusqu'au seuil et le vis partir d'un pas ferme en direction de la porte de l'Ange, une silhouette de plus dans la marée grise des passants naviguant dans ce nou­veau long hiver d'ombre et de cendre.

 

 

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