Extrait

Le corps du héros
de William Giraldi

Le 03/08/2018 à 11:43 - 0 commentaire

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William Giraldi

Editeur Globe

31/01/2018

9782211233873

22 €

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ISBN : 9782211233873

Editeur : Editeur Globe

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ISBN : 9782211236577

Editeur : L'école des loisirs

Prix grand format : 15,99 €

 

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Résumé du livre
Manville : la ville de l’homme. Une cité ouvrière du New Jersey, tout droit sortie d’un tube de Bruce Springsteen, où pour être un homme, un vrai, il faut rouler des mécaniques, ne se montrer vulnérable à aucun prix, même si les femmes et le boulot s’en vont. William, lui, est différent. Solitaire, gringalet, poète, il a du mal à tenir son rang dans la lignée macho des Giraldi, grand-père, père et Saint-Esprit. Pourtant, un jour, dans la cave de son oncle, il fait comme les autres. Il soupèse un haltère. Ce qu’il ressent alors est une pulsion, une passion, sa vocation. À coups de boîtes de thon arrosées de la sciure des boissons protéinées, à coups de curls, de squats, de shrugs et de tractions supinations, il entreprend sa métamorphose. Sa vie d’avant continue. Il glissera désormais ses extraits préférés de Flannery O’Connor, Ovide, Keats, Goethe ou Fitzgerald entre les pages de Flex ou Muscle & Fitness, c’est tout. En hissant ses poids de fonte quotidiens, William Giraldi soulève aussi des questions de fond essentielles – qu’est-ce qu’être un homme, un père, un fils dans l’Amérique des années Reagan ? Comment se supporter ? – Et profondément existentielles. Deuxième roman traduit de William Giraldi, Le Corps du héros, donne malgré sa gravité, envie de marcher tête haute en riant, comme si vous sortiez d’un gymnase où l’on déclame des poèmes glorieux de Walt Whitman.
Traduction Vincent Raynaud

 

Premier chapitre

Le Corps du héros est un roman non fictionnel, mais beaucoup de noms ont été changés et les caractéristiques identifiables de certaines personnes modifiées. La salle de sport où certains passages se déroulent n’a aucun lien avec des structures existantes qui possèdent la même dénomination.

 

À la mémoire de mon père,

William Giraldi (1952-2000),

et à mes fils, Ethan, Aiden et Caleb,

afin qu’ils apprennent à le connaître.

 

Prologue

 

Les premiers signes de la maladie ont été une semaine de léthargie générale, comme quand la grippe se manifeste peu à peu. Bientôt, il y a eu des migraines – pas le front douloureux comme lorsqu’on est déshydraté ni la pulsation derrière les yeux après avoir lu dans une lumière tamisée, mais un mal lancinant dans tout l’avant du corps qui, au bout de quelques jours, a migré vers la nuque. Puis les vagues sont arrivées, des jours entiers d’étourdissement, suivis par une raideur, une incapacité progressive à tourner la tête à droite ou à gauche. L’infection avait envahi tout mon corps, quelque chose de toxique qui circulait dans le sang. Douze jours plus tard, j’ai perdu connaissance dans un couloir du lycée et je me suis effondré contre le vestiaire de quelqu’un. Cet automne-là, j’avais quinze ans, j’étais en seconde. Des amis m’ont transporté jusqu’à l’infirmerie où je me suis réveillé, je n’avais qu’une vision partielle du monde teinté de gris.

Puis j’étais sur un lit chez mes grands-parents, dans la pénombre d’une chambre, et je ne savais pas depuis combien de temps j’étais là ni combien de temps il avait fallu pour que j’y arrive, et je n’allais plus assez bien pour avoir peur. Une minute ou une heure plus tard, mon père m’a conduit à toute vitesse à travers la ville chez un médecin généraliste qui venait d’ouvrir son cabinet. Nous n’avions plus de médecin de famille attitré depuis des années : quand ma mère était partie – j’avais alors dix ans –, mon père, qui était charpentier, n’avait pas d’assurance maladie. Il m’a porté jusqu’à l’intérieur du cabinet, un petit fardeau sans os posé sur ses épaules ; le docteur a tout de suite compris ce qui était en train de me tuer.

Le mot « méningite » avait quelque chose de radical. Le médecin a ordonné à mon père de me conduire immédiatement à l’hôpital, et c’est cet adverbe en italique qui me l’a fait comprendre : je risquais le pire. Lui-même s’y précipiterait pour effectuer la ponction lombaire. Un jour, j’avais vu un film d’horreur dans lequel un des personnages avait une méningite, une jeune femme malade dont la colonne vertébrale transperçait la peau – elle avait l’air fossilisé. Je mourrais donc bientôt en me décomposantvivant, une fin lente et horrible, souffrant le martyre jusqu’au bout. Couché sur le dos et haletant sur la banquette arrière tandis qu’on roulait vers l’hôpital, j’ai demandé à mon père : « C’est quoi, une ponction lombaire ? – Je crois qu’ils tapent sur ta colonne vertébrale avec un petit marteau en caoutchouc », m’a-t-il répondu, et je n’ai pas compris qu’il essayait d’être drôle. Bientôt, j’étais de nouveau inconscient, même si je comprenais plus ou moins que j’étais suspendu dans une capsule de peur et de douleur.

 

 

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