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La tresse
de Laetitia Colombani

Le 23/06/2017 à 18:03 - 0 commentaire

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Prix :

Laetitia Colombani

Grasset Et Fasquelle

10/05/2017

9782246813880

222

18 €

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ISBN : 9782246813880

Editeur : Grasset Et Fasquelle

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ISBN : 9782246813927

Editeur : Grasset

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Résumé du livre
Smita, Julia, Sarah. Trois femmes, trois vies, trois continents. Trois chemins que rien ne destine à se croiser. Trois histoires pourtant liées.

Inde. Smita est une intouchable. Mariée à un chasseur de rats, elle nettoie à mains nues les latrines de son village, comme le faisait sa mère. Son rêve : voir sa fille échapper à la tradition et apprendre à lire. Lorsque cet espoir est anéanti, elle décide de fuir avec l'enfant, malgré les mises en garde de son mari.

Sicile. Julia est ouvrière dans l'atelier de traitement de cheveux de son père, le dernier du genre à Palerme. Elle trie, lave, décolore et teint des mèches fournies par les coiffeurs de la ville. Lorsque son père est victime d'un grave accident, elle découvre que l'atelier familial est ruiné.


Canada. Sarah est une avocate réputée. Mère de trois enfants, deux fois divorcée, elle enchaîne les dossiers à un rythme effréné. En passe d'être promue associée, elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein. Sa vie en apparence parfaite commence à se fissurer.
On dit parfois que la vie ne tient qu'à un fil... Et si la leur tenait à leur chevelure ?

Trois destins de femmes que tout éloigne sauf l'essentiel: leur exigence de liberté.

 

Premier chapitre

À Olivia

 

Aux femmes courageuses

 

 

Tresse n. f. Assemblage de trois mèches, de trois brins entrelacés.

 

 

« … Simone, il y a un grand mystère dans la forêt de tes cheveux. »

Rémy de Gourmont

 

« Une femme libre est exactement le contraire d’une femme légère. »

Simone de Beauvoir

 

 

Smita

 


Village de Badlapur, Uttar Pradesh, Inde.


Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd’hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école.

À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu’on prend soin d’écarter, comme on sépare le bon grain de l’ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages, de la société, à la périphérie de l’humanité.

 

Tous les matins, c’est le même rituel. À la manière d’un disque rayé rejouant à l’infini une symphonie infernale, Smita s’éveille dans la cahute qui lui sert de maison, près des champs cultivés par les Jatts. Elle lave son visage et ses pieds à l’eau rapportée la veille du puits, celui qui leur est réservé. Pas question de toucher à l’autre, celui des castes supérieures, pourtant proche et plus accessible. Certains sont morts pour moins que ça. Elle se prépare, coiffe Lalita, embrasse Nagarajan. Puis elle prend son panier de jonc tressé, ce panier que sa mère portait avant elle et qui lui donne des haut-le-cœur rien qu’à le regarder, ce panier à l’odeur tenace, âcre et indélébile, qu’elle porte toute la journée comme on porte une croix, un fardeau honteux. Ce panier, c’est son calvaire. Une malédiction. Une punition. Quelque chose qu’elle a dû faire dans une vie antérieure, il faut payer, expier, après tout cette vie n’a pas plus d’importance que les précédentes, ni les suivantes, c’est juste une vie parmi les autres, disait sa mère. C’est ainsi, c’est la sienne.

 

C’est son darma, son devoir, sa place dans le monde. Un métier qui se transmet de mère en fille, depuis des générations. Scavenger, en anglais le terme signifie « extracteur ». Un mot pudique pour désigner une réalité qui ne l’est pas. Ce que fait Smita, il n’y a pas de mot pour le décrire. Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée. Elle avait six ans, l’âge de Lalita aujourd’hui, quand sa mère l’a emmenée pour la première fois. Regarde, après tu feras. Smita se souvient de l’odeur qui l’avait assaillie, aussi violemment qu’un essaim de guêpes, une odeur insoutenable, inhumaine. Elle avait vomi au bord de la route. Tu t’habitueras, avait dit sa mère. Elle avait menti. On ne s’habitue pas. Smita a appris à retenir son souffle, à vivre en apnée, il faut respirer, a dit le docteur du village, voyez comme vous toussez. Il faut manger. L’appétit, ça fait longtemps que Smita l’a perdu. Elle ne se souvient plus comment c’est, d’avoir faim. Elle mange peu, le strict minimum, une poignée de riz délayé dans de l’eau qu’elle impose chaque jour à son corps défendant.

 

 

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