Extrait

La toile du monde
de Antonin Varenne

Le 10/10/2018 à 17:45 - 0 commentaire

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ISBN :

Total pages :

Prix :

Antonin Varenne

Albin Michel

22/08/2018

9782226403179

352

21.50 €

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ISBN : 9782226403179

Editeur : Albin Michel

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ISBN : 9782226431202

Editeur : Albin Michel

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Résumé du livre
La toile du monde possède le souffle sensuel et l'énergie des grands romans qui plient la réalité aux dimensions du rêve. Rêve de liberté d'une femme venue d'un autre monde, rêve de métamorphose du Paris de 1900, décor de l'Exposition universelle. Après Trois mille chevaux-vapeur et Equateur, Antonin Varenne signe une oeuvre saisissante et confirme la singularité de son talent.Aileen Bowman, trente-cinq ans, journaliste, célibataire, est venue couvrir l'événement pour le New York Tribune. Née d'un baroudeur anglais et d'une française utopiste, élevée dans le décor sauvage des plaines du Nevada, Aileen est un être affranchi de tout lien et de toute morale, mue par sa passion et ses idéaux humanistes. Au fil d'un récit qui nous immerge au coeur de la ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers des bordels chers aux peintres, la personnalité singulière d'Aileen se confond avec la ville lumière. Un portrait en miroir qui dessine la toile du monde, de l'Europe à l'Amérique, du XIXe et au XXe siècle, du passé d'Aileen à un destin qu'elle n'imagine pas.

 

Premier chapitre

« Ce problème de dynamique rendait l’historien américain gravement perplexe. Il y avait eu un temps où la femme avait régné suprême ; en France, encore, elle semblait avoir conservé sa puissance et comme sentiment et comme force. L’Amérique, il était évident, avait honte d’elle, comme elle avait honte d’elle-même. La femelle américaine, telle que l’ont faite les revues illustrées, ne possédait plus un seul trait par lequel Adams ait pu la reconnaître. Fait notoire et souvent comique : quiconque avait été élevé parmi les puritains savait que le sexe, c’était le péché. Dans les âges passés, le sexe était la force, il n’avait besoin pour cela ni de l’art ni de la beauté. Tout le monde, même parmi les puritains, savait que ni la Diane d’Éphèse ni les déesses de l’Orient n’étaient adorées pour leur beauté. La déesse était déesse par sa force ; elle était la dynamo animée ; elle était la reproduction, la plus grande, la plus mystérieuse de toutes les énergies. »

Henry Adams, « La Dynamo et la Vierge », dans L’Éducation d’Henry Adams (1901)

 

 

« J’ai donné naissance au XXe siècle. »

Jack l’Éventreur, dans From Hell,

Alan Moore et Eddie Campbell

 

 

New York Tribune, mars 1900

De notre envoyée spéciale Aileen Bowman


LE VENT DE L’AVENIR

 

C’est à bord d’un paquebot français que nous avons embarqué, avec mille autres passagers, à destination de Paris bientôt illuminée de millions de lumières.

Le Touraine, par un hasard curieux, est le dernier vaisseau de la Compagnie générale transatlantique à être encore gréé. Ajoutées à la vapeur, ses voiles jettent leurs ombres rondes sur le pont métallique. Le coton des toiles, alors que nous voguons vers la plus grande Exposition universelle jamais imaginée, fait figure de vieille tradition, d’hommage à une ancienne marine et un ancien temps. Le blanc coton de notre Sud, richesse des empires, sur lequel roule le panache noir des cheminées à charbon. Le bruit du vent est couvert par le sifflement de la chaudière. Mais aussi différentes que soient les forces propulsant le Touraine, elles nous mènent ensemble. L’étrave du navire, sans faiblir, tranche les vagues de l’Atlantique.

Un vieil oncle – rude pionnier d’une époque disparue – avait coutume de me raconter l’héroïque conquête du continent américain. Il concluait ses récits, un sourire aux lèvres, par cette phrase devenue formule magique pour l’enfant que j’étais : « L’Amérique ne connaît qu’une seule direction, l’ouest ». Pourtant, durant les six prochains mois, les boussoles de la planète ne connaîtront plus qu’un pôle, un nord éphémère et brillant : Paris.

Cette traversée vers l’Europe, pour nous, citoyens de la jeune nation américaine, est un voyage vers les origines. De telles idées – ou peut-être les voiles du navire ? – font naître à bord un sentiment surprenant, en route vers cette gigantesque exhibition de nouvelles technologies : la nostalgie. Particulière émotion, attachée à un objet qui lui échappe, le passé déjà consumé. Si la mémoire était une pomme, la nostalgie serait le ver qui s’en nourrit et dévore sa demeure.

 

 

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