Extrait

La sauvage
de Jenni Fagan

Le 20/03/2019 à 09:27 - 0 commentaire

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Editeur :

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Jenni Fagan

Metailie

25/09/2014

9782864249665

12 €

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ISBN : 9782864249665

Editeur : Metailie

Prix grand format : 12 €

 

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ISBN : 9782864249931

Editeur : Métailié

Prix grand format : 11,99 €

 

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Résumé du livre
Anais a connu de nombreuses familles d'accueil et elle a l'impression d'être un sujet de laboratoire. Mais elle a 15 ans, est intelligente, belle et insoumise. C'est surtout une enfant qui a été abandonnée, ou pire, par tous les adultes qu'elle a rencontrés.
Dans un centre d'hébergement elle va vivre avec d'autres adolescents. Isla l'anorexique, pratiquant l'automutilation, séropositive et mère de deux jumelles, et Natasha qui l'aime, veut l'emmener ailleurs avec elle et se prostitue pour gagner l'argent de l'appartement où elles vivront ensemble. Les garçons sont tout aussi perdus et perturbés. Les travailleurs sociaux qui les surveillent sont dépassés ou indifférents. Là elle va décider de mettre fin à l'expérience et de recouvrer sa liberté.
Dans un style rapide, brillant, plein de l'énergie de ses personnages, Jenni Fagan nous communique sa tendresse pour cette héroïne touchante et vitale autour de laquelle elle construit son roman.
traduction : Céline Schwaller

 

Premier chapitre

Pour Joe et Boo

 

 

Sometimes I feel like a motherless child.1

Chanson folklorique traditionnelle américaine

datant des années 1870, époque à laquelle il était

fréquent de retirer aux esclaves leurs enfants

afin de les vendre.

 

 

When liberty comes with hands dabbled in blood

it is hard to shake hands with her.2

Oscar Wilde

 

 

Je suis une expérience. Je l’ai toujours été. C’est une évidence, un espace de liberté, un fait. Ils m’observent. Pas seulement à l’école ou pendant les bilans des services sociaux, au tribunal ou pendant les gardes à vue – ils m’observent partout. Ils m’observent quand je fais le cochon pendu à la plus longue branche du chêne ; je peux faire ça pendant des heures, à simplement regarder passer les anges. Ils m’observent quand je fixe la lune jusqu’à ce qu’elle détourne les yeux. Je ne suis pas intimidée par son effroyable calvitie. Ils sont là quand je me bats, et quand je baise, et quand je me branle. Quand je grave mon nom sur les arbres, et quand j’évite de marcher sur les fissures. Ils sont là quand je fixe trop longtemps ou trop ouvertement, sans broncher. Ils m’observent quand je chante, quand je pars en virée, et quand je déclenche une mutinerie grâce à une minuscule étincelle ; ils m’observent même quand je suis dans mon bain. Je garde les yeux ouverts sous l’eau, ne laissant dépasser que mon nez et ma bouche pour pouvoir faire des ronds de fumée – mon record est dix-sept d’affilée. Ils m’observent lorsque je refuse de pleurer. Ils m’observent quand je suis couchée comme un ange, cachant mes pieds sales. Ils m’observent, je le sais, et je n’arrive plus à trouver d’endroits – où ils ne voient pas.

 

 

1


C’est une voiture banalisée. Vitres teintées, désodorisant à la vanille. Les menottes me font mal aux poignets mais ne sont pas assez serrées pour laisser des marques dessus – ils sont trop malins pour ça. Le policier me dévisage dans le rétroviseur. Ce village se résume à des dos d’ânes, une rivière, et des maisons avec des volets affaissés comme des paupières tombantes. Les champs sont étranges. Trop longs. Trop larges. Le ciel est immense.

Je devrais être en train de jouer au jeu de l’anniversaire, mais je peux pas, pas tant qu’il y aura des témoins. Le jeu de l’anniversaire doit se jouer en secret – ou ceux de l’expérience le découvriront. Ce que je dois faire pour le moment, c’est retenir le nombre collé à l’intérieur de la vitre arrière. C’est 75999.43. Je ferme les yeux et le répète plusieurs fois dans ma tête. J’ouvre les yeux et j’ai tout juste du premier coup.

La voiture traverse un ancien petit pont de pierre et j’ai envie de sauter, dans la rivière – l’eau n’est qu’un flot de tourbillons bruns mais je me sentirais quand même plus propre après. Une fois, j’ai dormi dans la forêt pendant dix jours, c’était bien ; pas un chat, la plupart du temps. Peut-être un pédo sur le sentier de la guerre à l’occasion, alors fallait que je fasse gaffe, mais quand c’était tranquille, je me baignais dans les rapides. Je lavais ma culotte et mon t-shirt dans le courant tous les matins – et après je les mettais à sécher sur des rochers pendant que je me faisais bronzer.

 

 

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