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La Naissance Du Purgatoire
de Jacques Le Goff

Le 08/01/2015 à 19:13 - 0 commentaire

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Jacques Le Goff

Gallimard

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9782070326440

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Résumé du livre
Dès les premiers siècles, les chrétiens ont cru confusément en la possibilité de racheter certains péchés après la mort. Mais dans le système dualiste de l'au-delà, entre Enfer et Paradis, il n'y avait pas de lieu pour l'accomplissement des peines purgatoires. Il fallut attendre la fin du XIIe siècle pour qu'apparaisse le mot Purgatoire, pour que le Purgatoire devienne un troisième lieu de l'au-delà dans une nouvelle géographie de l'autre monde. Le Purgatoire s'inscrit dans une révolution mentale et sociale qui remplace les systèmes dualistes par des systèmes faisant intervenir la notion d'intermédiaire et qui arithmétisent la vie spirituelle. Ce Purgatoire, c'est aussi le triomphe du jugement individuel au sein des nouvelles relations entre les vivants et les morts. Cette enquête suit les avatars de la naissance du Purgatoire de l'Antiquité à La Divine Comédie de Dante. Cette naissance est un des grands épisodes de l'histoire spirituelle et sociale de l'Occident.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

 

 

LE TROISIÈME LIEU

 

 

Dans les âpres discussions entre protestants et catholiques au XVIe siècle, les réformés reprochaient vivement à leurs adversaires la croyance au Purgatoire, à ce que Luther appelait « le troisième lieu »1. Cet au-delà « inventé » n'était pas dans l'Écriture.

Je me propose de suivre la formation séculaire de ce troisième lieu depuis le judéo-christianisme antique, d'en montrer la naissance au moment de l'épanouissement de l'Occident médiéval dans la seconde moitié du XIIe siècle, et le rapide succès au cours du siècle suivant. Je tenterai enfin d'expliquer pourquoi il est intimement lié à ce grand moment de l'histoire de la chrétienté et comment il a fonctionné, de façon décisive, dans l'acceptation ou, chez les hérétiques, le refus, au sein de la nouvelle société issue du prodigieux essor des deux siècles et demi qui ont suivi l'an mil.

 

 

 

 

LES ENJEUX DU PURGATOIRE

 

 

Il est rare de pouvoir suivre le développement historique d'une croyance même si – et c'est le cas du Purgatoire – elle recueille des éléments venus de cette nuit des temps où la plupart des croyances semblent prendre leur source. Il ne s'agit pas pourtant d'un à-côté secondaire, d'un rajout mineur à l'édifice primitif de la religion chrétienne, telle qu'elle évolua au Moyen Âge puis sous sa forme catholique. L'au-delà est un des grands horizons des religions et des sociétés. La vie du croyant change quand il pense que tout n'est pas joué à la mort.

Cette émergence, cette construction séculaire de la croyance au Purgatoire suppose et entraîne une modification substantielle des cadres spatio-temporels de l'imaginaire chrétien. Or ces. structures mentales de l'espace et du temps sont l'armature de la façon de penser et de vivre d'une société. Quand cette société est tout imprégnée de religion, comme la chrétienté du long Moyen Âge qui a duré de l'Antiquité tardive à la révolution industrielle, changer la géographie de l'au-delà, donc de l'univers, modifier le temps de l'après-vie. donc l'accrochage entre le temps terrestre, historique et le temps eschatologique, le temps de l'existence et le temps de l'attente, c'est opérer une lente mais essentielle révolution mentale. C'est, à la lettre, changer la vie.

Il est clair que la naissance d'une telle croyance est reliée à des modifications profondes de la société en qui elle se produit. Quels rapports ce nouvel imaginaire de l'au-delà entretient-il avec les changements sociaux, quelles en sont les fonctions idéologiques ? Le strict contrôle que l'Église établit sur lui, qui parvient même à un partage du pouvoir sur l'au-delà entre elle et Dieu, prouve que l'enjeu était important. Pourquoi ne pas laisser errer ou dormir les morts ?

 

 

 

 

AVANT LE PURGATOIRE

 

 

C'est bien en tant que « troisième lieu » que le Purgatoire s'est imposé.

Des religions et des civilisations antérieures le christianisme avait hérité une géographie de l'au-delà ; entre les conceptions d'un monde uniforme des morts – tel le shéol judaïque – et les idées d'un double univers après la mort, l'un effrayant et l'autre heureux, comme l'Hadès et les Champs Élysées des Romains, il avait choisi le modèle dualiste. Il l'avait même singulièrement renforcé. Au lieu de reléguer sous terre les deux espaces des morts, le mauvais et le bon, pendant la période qui s'étendrait de la Création au Jugement dernier, il avait placé dans le Ciel, dès l'entrée dans la mort, le séjour des justes – en tout cas des meilleurs d'entre eux, les martyrs, puis les saints. Il avait même localisé à la surface de la terre le Paradis terrestre, donnant ainsi jusqu'à la consommation des siècles un espace à cette terre de l'Âge d'Or auquel les Anciens n'avaient accordé qu'un temps, horizon nostalgique de leur mémoire. Sur les cartes médiévales on le voit, à l'Extrême-Orient, au-delà de la grande muraille et des peuples inquiétants de Gog et Magog, avec son fleuve aux quatre bras que Yahvé avait créé « pour arroser le jardin » (Genèse II, 10). Et surtout l'opposition Enfer-Paradis fut portée à son comble, fondée sur l'antagonisme Terre-Ciel. Bien que souterrain, l'Enfer c'était la Terre et le monde infernal s'opposait au monde céleste comme le monde chthonien s'était, chez les Grecs, opposé au monde ouranien. Malgré de beaux élans vers le Ciel, les Anciens – Babyloniens et Égyptiens, Juifs et Grecs, Romains et Barbares païens – avaient davantage redouté les profondeurs de la terre qu'ils n'avaient aspiré aux infinis célestes, souvent habités d'ailleurs par des dieux de colère. Le christianisme, au moins pendant les premiers siècles et la barbarisation médiévale, ne parvint pas à infernaliser complètement sa vision de l'au-delà. Il souleva la société vers le Ciel. Jésus lui-même avait donné l'exemple : après être descendu aux Enfers, il était monté au Ciel. Dans le système d'orientation de l'espace symbolique, là où l'Antiquité gréco-romaine avait accordé une place prééminente à l'opposition droite-gauche, le christianisme, tout en conservant une valeur importante à ce couple antinomique d'ailleurs présent dans l'Ancien et le Nouveau Testament2, avait très tôt privilégié le système haut-bas. Au Moyen Âge ce système orientera, à travers la spatialisation de la pensée, la dialectique essentielle des valeurs chrétiennes.

 

 

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