Extrait

La confession de la lionne
de Mia Couto

Le 20/06/2016 à 08:42 - 0 commentaire

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Mia Couto

Metailie

litterature hispano-portugaise

22/01/2015

9791022601474

240

18 €

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ISBN : 9791022601474

Editeur : Metailie

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ISBN : 9791022602969

Editeur : Métailié

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Résumé du livre
Lorsque le chasseur Arcanjo Baleiro arrive à Kulumani pour tuer les lions mangeurs d’hommes qui ravagent la région, il se trouve pris dans des relations complexes et énigmatiques, où se mêlent faits, légendes et mythes. Une jeune femme du village, Mariamar, a sa théorie sur l’origine et la nature des attaques des bêtes. Sa sœur, Silência, en a été la dernière victime. L’aventure est racontée par ces deux voix, le chasseur et la jeune fille, au fil des pages on découvre leurs histoires respectives. La rencontre avec les bêtes sauvages amène tous les personnages à se confronter avec eux-mêmes, avec leurs fantasmes et leurs fautes. La crise met à nu les contradictions de la communauté, les rapports de pouvoir, tout autant que la force, parfois libératrice, parfois oppressive, de leurs traditions et de leurs croyances. L’auteur a vécu cette situation de très près lors d’un de ses chantiers. Ses fréquentes visites sur le théâtre du drame lui ont suggéré l’histoire inspirée de faits et de personnages réels qu’il rapporte ici. Clair, rapide, déconcertant, Mia Couto montre à travers ses personnages forts et complexes la domination impitoyable sur les femmes, la misère des hommes, la dureté de la pénurie et des paysages. Un grand roman dans la lignée de L’Accordeur de silences. (traduction Elisabeth Monteiro Rodrigues)

 

Premier chapitre

Béni soit le lion que l’homme mangera et le lion deviendra humain ; et maudit soit l’homme que le lion mangera et le lion deviendra humain.

Évangile selon Thomas

Dieu a déjà été femme. Avant de s’exiler loin de sa création et quand il ne s’appelait pas encore Nungu, l’actuel Seigneur de l’Univers ressemblait à toutes les mères de ce monde. En ce temps-là, nous parlions la même langue des mers, de la terre et des cieux. Mon grand-père dit que ce royaume est mort depuis longtemps. Mais il subsiste, quelque part en nous, le souvenir de cette époque lointaine. Survivent les illusions et les certitudes qui, dans notre village de Kulumani, sont transmises de génération en génération. On sait tous, par exemple, que le ciel n’est pas encore achevé. Ce sont les femmes qui, depuis des millénaires, tissent pas à pas ce voile infini. Quand leurs ventres s’arrondissent, une part de ciel se surajoute. À l’inverse, quand elles perdent un enfant, ce morceau de firmament dépérit à nouveau.

Sans doute pour cette raison ma mère, Hanifa Assulua, n’a-t-elle pas cessé de contempler les nuages pendant l’enterrement de sa fille aînée. Ma sœur, Silência, a été la dernière victime des lions qui, depuis quelques semaines, tourmentent notre communauté.

Parce qu’elle est morte défigurée, on a placé ce qui restait de son corps sur le côté gauche, la tête tournée vers le levant et les pieds vers le sud. Pendant la cérémonie, maman avait l’air de danser : d’innombrables fois, elle s’est inclinée sur une cruche faite de ses propres mains. Elle a aspergé d’eau la terre alentour qu’elle a ensuite tassée de ses pieds, avec le même balancement que celui qui sème.

Au retour de l’enterrement, il y avait trop de ciel dans les yeux de ma pauvre mère. Le chemin jusqu’à la maison n’était que de quelques pas : le cimetière familial se trouvait aux environs du village. Hanifa a fait un bref passage par le fleuve Lideia pour les bains purificateurs tandis que, légèrement en retrait, j’effaçais les traces qui menaient à la tombe.

– Secouez les pieds, les poussières aiment voyager.

Sur le sol sacré de notre cimetière figurait une croix en plus pour montrer que nous étions distincts, parmi les musulmans et les païens. Aujourd’hui je sais : on place une stèle sur les morts, non par respect mais par peur. Nous avons peur qu’ils reviennent. Avec le temps, cette peur devient plus grande que la saudade.

Tous les parents respectèrent le commandement : le sentier du retour fut bien différent de celui utilisé à l’aller. Cependant l’image poisseuse ne me sortait pas de la tête : le corps de Silência hissé sur les épaules, enveloppé de tissus blancs qui ondoyaient comme des ailes brisées.

Sur le seuil de notre porte, maman a regardé la maison comme si elle l’accusait : tellement vivante, tellement ancienne, tellement éternelle. Notre maison différait des autres paillotes. Elle était en ciment, avec des toits en zinc, équipée de chambres, d’un salon et d’une cuisine intérieure. Des tapis jonchaient le sol et des rideaux poussiéreux pendaient aux fenêtres. Nous aussi, nous étions différents des autres habitants de Kulumani. Ma mère surtout, Hanifa Assulua, était différente, assimilée et fille d’assimilée. Au retour de l’enterrement, je remarquai comme elle était belle : même avec les cheveux rasés, en obédience au deuil, son visage surmontait la tristesse. L’espace d’un instant, elle me fixa comme si elle mesurait combien je lui étais précieuse. Je crus qu’il y avait une tendresse maternelle dans ce regard. Il n’en était rien. Un autre sentiment dessina ses mots.

 

 

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