Extrait

L’Œuvre au Noir
de Yourcenar Marguerite

Le 22/01/2015 à 19:12 - 0 commentaire

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Yourcenar Marguerite

Editions Gallimard

01 / 01 / 2015

480 pages

8.49 €

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Editeur : Editions Gallimard

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Résumé du livre
En créant le personnage de Zénon, alchimiste et médecin du XVIe siècle, Marguerite Yourcenar, l'auteur de Mémoires d'Hadrien, ne raconte pas seulement le destin tragique d'un homme extraordinaire. C'est toute une époque qui revit dans son infinie richesse, comme aussi dans son âcre et brutale réalité ; un monde contrasté où s'affrontent le Moyen Âge et la Renaissance, et où pointent déjà les temps modernes, monde dont Zénon est issu, mais dont peu à peu cet homme libre se dégage, et qui pour cette raison même finira par le broyer.

 

Premier chapitre



 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

 

La Vie errante

 

Nec certam sedem, nec propriam faciem, nec munus ullum peculiare tibi dedimus, o Adam, ut quam sedem, quam faciem, quae munera tute optaveris, ea, pro voto, pro tua sententia, habeas et possideas. Definita ceteris natura intra praescriptas a nobis leges coercetur. Tu, nullis angustiis coercitus, pro tuo arbitrio, in cuius manu te posui, tibi illam praefinies. Medium te mundi posui, ut circumspiceres inde commodius quicquid est in mundo. Nec te caelestem neque terrenum, neque mortalem neque immortalem fecimus, ut tui ipsius quasi arbitrarius honorariusque plastes et fictor, in quam malueris tute formam effingas...

Pic de la Mirandole,

Oratio de hominis dignitate.

Je ne t'ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place, et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Nature enferme d'autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t'ai placé, tu te définis toi-même. Je t'ai placé au milieu du monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t'ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que de toi-même, librement, à la façon d'un bon peintre ou d'un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme.

 

 

 

 

LE GRAND CHEMIN

 

 

Henri-Maximilien Ligre poursuivait par petites étapes sa route vers Paris.

Des querelles opposant le Roi à l'Empereur, il ignorait tout. Il savait seulement que la paix vieille de quelques mois s'effilochait déjà comme un vêtement trop longtemps porté. Ce n'était un secret pour personne que François de Valois continuait à guigner le Milanais comme un amant malchanceux sa belle ; on tenait de bonne source qu'il travaillait sans bruit à équiper et à rassembler sur les frontières du duc de Savoie une armée toute neuve, chargée d'aller ramasser à Pavie ses éperons perdus. Mêlant à des bribes de Virgile les secs récits de voyage du banquier son père, Henri-Maximilien imaginait, par-delà des monts cuirassés de glace, des files de cavaliers descendant vers de grands pays fertiles et beaux comme un songe : des plaines rousses, des sources bouillonnantes où boivent des troupeaux blancs, des villes ciselées comme des coffrets, regorgeant d'or, d'épices et de cuir travaillé, riches comme des entrepôts, solennelles comme des églises ; des jardins pleins de statues, des salles pleines de manuscrits rares ; des femmes vêtues de soie accueillantes au grand capitaine ; toutes sortes de raffinements dans la mangeaille et la débauche, et, sur des tables d'argent massif, dans des fioles en verre de Venise, l'éclat moelleux du malvoisie.

Quelques jours plus tôt, il avait quitté sans regret sa maison natale de Bruges et son avenir de fils de marchand. Un sergent boiteux, qui se vantait d'avoir servi en Italie du temps de Charles VIII, lui avait un soir mimé ses hauts faits et décrit les filles et les sacs d'or sur lesquels il lui était arrivé de faire main basse dans le pillage des villes. Henri-Maximilien l'avait payé de ses hâbleries par un pot de vin à la taverne. Rentré chez lui, il s'était dit qu'il était temps de tâter à son tour de la rondeur du monde. Le futur connétable hésita s'il s'enrôlerait dans les troupes de l'Empereur ou dans celles du roi de France ; il finit par jouer sa décision à pile ou face ; l'Empereur perdit. Une servante ébruita ses préparatifs de départ. Henri-Juste assena d'abord quelques horions au fils prodigue, ensuite, radouci par la vue de son cadet en jupe longue, promené en lisières sur le tapis du parloir, souhaita facétieusement à son aîné bon vent arrière chez ces écervelés de Français. Un peu par entrailles paternelles, beaucoup par gloriole, et pour se prouver qu'il avait le bras long, il se promit d'écrire en temps voulu à son agent lyonnais, Maître Muzot, de recommander ce fils ingouvernable à l'amiral Chabot de Brion, lequel était fort endetté envers la banque Ligre. Henri-Maximilien avait beau secouer de ses pieds la poussière du comptoir familial, on n'est pas pour rien le fils d'un homme qui fait hausser ou baisser le cours des denrées et qui prête aux princes. La mère du héros en herbe remplit ses poches de victuailles et lui glissa en cachette l'argent du voyage.

 

 

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