Extrait

L'enfant qui
de Jeanne Benameur

Le 18/08/2017 à 08:58 - 0 commentaire

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Total pages :

Prix :

Jeanne Benameur

Actes Sud

29/04/2017

9782330078980

128

13.80 €

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ISBN : 9782330078980

Editeur : Actes Sud

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ISBN : 9782330080877

Editeur : Éditions Actes Sud

Prix grand format : 9,99 €

 

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Résumé du livre
Dans l'absence laissée par la disparition inexpliquée de sa mère, un enfant, son père et sa grand-mère partent chacun à la reconquête de leur place et de leur présence au monde. Dix-sept ans après le choc des Demeurées, Jeanne Benameur, fidèle aux âmes nues, pose avec L'Enfant qui, texte talisman, une nouvelle pierre sur le chemin le plus juste vers la liberté.

 

Premier chapitre

À John Berger,

pour le partage toujours vivant.

 

 

Dans ta tête d’enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complètement là, c’est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment.

Maintenant tu te tiens comme tu peux. Sur une crête. D’un côté, les cris du père. De l’autre, le silence. Abrupt.

Toute ta vie désormais au bord de quelque chose qui n’a pas de nom. Dans le monde, ta place s’est réduite. Est-ce qu’elle va s’amenuiser encore ? Faudra-t-il pour y tenir que tu te réduises juste à un point ? À un trait ? Tu ne connais pas encore les peintures des maîtres chinois, l’encre déposée par le pinceau, à peine une trace, et le vide. Si tu les connaissais, tu saurais que maintenant, c’est toi.

Mais il y a ton corps. Même si tu t’apprends à respirer en laissant le moins d’air possible entrer entre tes côtes. Tous tes os sont là. Tant que la vie est là, ils résisteront. Tu ne peux rien contre les os. Tu sens cette défaite-là et tu sens sourdement, plus loin au fond de toi, que c’était déjà la défaite de ta mère.

 

 

Reste immobile, n’aie pas peur du gouffre. Le temps va passer. Tu peux te balancer lentement, doucement. La lumière n’entrera dans la cuisine qu’en plein midi, jusque-là tu peux rester dans la clarté tamisée par les grands arbres, avec encore quelque chose de la nuit autour de toi, qui t’apaise. Je te vois, debout devant la fenêtre, le regard perdu, ou à la table, assis, devant ton petit bol bleu.

Tu es seul comme peut l’être quelqu’un dans un tableau.

Je voudrais poser ma main sur tes cheveux. Si je ferme les yeux, je peux les sentir, très doux, même si aucun peigne n’a raison de tes boucles emmêlées. La paume de ma main les effleure. Tu peux croire que c’est juste de l’air qui passe par les vitres mal jointes.

 

Tu poursuis ta contemplation. Une feuille d’arbre portée jusqu’au sol par le souffle du vent, la poussière suspendue dans la lumière, qui retombe juste au coin de ton œil. Tu suis du doigt sur le carreau un chemin que toi seul discernes.

Le mouvement lent des choses t’appelle.

Alors, je sais que, sans bruit, tu vas te mettre en route.

 

Ta grand-mère chantonne à l’arrière de la maison, dans le pré. Ta grand-mère chantonne toujours et tu aimes son bourdonnement. Collé contre sa hanche, tu le laisses pénétrer jusque dans ta poitrine. Son bourdonnement se joint à ton propre souffle, élargit peu à peu ton regard, ta poitrine d’enfant. Alors tu entends la rivière qui coule là-bas, loin. Même si tout le monde dit que c’est impossible d’entendre la rivière de si loin, je sais que tu l’entends. Tu serres fort le tablier.

 

Soudain, tu sens venir l’appel. Impérieux. Fuir. Vite vite. Les pieds lancés soudain sur le chemin, tu es parti.

 

Ta grand-mère en reste tout hébétée. Elle ne sent plus ta tête sous son bras. Envolé. Elle n’arrivera décidément jamais à saisir le moment précis. Tu la laisses, plantée là, les bras ballants. Surprise chaque fois. Dans sa tête se bousculent les mots Ne rentre pas trop tard. Et où vas-tu encore ? Gare au père si tu reviens tout crotté ! Tant de choses qu’il faut dire aux enfants. Mais toi.

 

 

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