Extrait

L'autre face de la lune ; ecrits sur le Japon
de Claude Lévi-Strauss

Le 02/07/2014 à 18:36 - 0 commentaire

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Claude Lévi-Strauss

Seuil

ethnologie et anthropologie

05/04/2011

9782021035254

183

17.80 €

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Résumé du livre
" [...] Pour qui aborde l'histoire, non pas, si j'ose dire, par la face visible de la lune - l'histoire de l'ancien monde depuis l'Egypte, la Grèce, et Rome - mais par cette face cachée de la lune qui est celle du japonologue et de l'américaniste, l'importance du Japon deviendrait aussi stratégique que celle de l'autre histoire, celle du monde antique et de l'Europe des temps archaïques. Il faudrait alors envisager que le Japon le plus ancien ait pu jouer le rôle d'une sorte de pont entre l'Europe et l'ensemble du Pacifique , à charge pour lui et pour l'Europe de développer, chacun de son côté, des histoires symétriques, tout à la fois semblables et opposées : un peu à la façon de l'inversion des saisons de part et d'autre de l'équateur, mais dans un autre registre et sur un autre axe. C'est donc [...] dans une perspective beaucoup plus vaste que le Japon peut nous sembler détenir certaines des clés maîtresses donnant accès au secteur qui reste encore le plus mystérieux du passé de l'humanité. "

 

Premier chapitre

Claude Lévi-Strauss a fait cinq voyages au Japon, en compagnie de son épouse Monique, entre 1977 et 1988. À la veille de son premier départ, dans la préface à l’édition japonaise intégrale de Tristes Tropiques, le grand anthropologue évoque son attachement pour le Japon :

 

« Nulle influence n’a plus précocement contribué à ma formation intellectuelle et morale que celle de la civilisation japonaise. Par des voies bien modestes, sans doute : fidèle aux Impressionnistes, mon père, qui était artiste peintre, avait dans sa jeunesse empli un gros carton d’estampes japonaises, et il m’en donna une quand j’avais cinq ou six ans. Je la revois encore : une planche de Hiroshige, très fatiguée et sans marges, qui représentait des promeneuses sous des grands pins devant la mer.

« Bouleversé par la première émotion esthétique que j’eusse ressentie, j’en tapissai le fond d’une boîte qu’on m’aida à accrocher au-dessus de mon lit. L’estampe tenait lieu du panorama qu’on était censé découvrir de la terrasse de cette maisonnette que, semaine après semaine, je m’employai à garnir de meubles et de personnages en miniature, importés du Japon, dont un magasin appelé La Pagode et sis rue des Petits-Champs à Paris s’était fait la spécialité. Dès lors, une estampe vint récompenser chacun de mes succès scolaires, et il en fut ainsi pendant des années. Peu à peu, le carton de mon père se vida à mon profit. Mais cela ne suffisait pas à combler le ravissement que m’inspirait cet univers que je découvrais à travers Shunshô, Yeishi, Hokusai, Toyokuni, Kunisada et Kuniyoshi… Jusqu’à l’âge de dix-sept ou dix-huit ans, toutes mes économies passèrent à amasser des estampes, livres illustrés, lames et gardes de sabre, indignes d’un musée (car mes moyens ne me permettaient d’acquérir que d’humbles ouvrages) mais qui m’absorbaient pendant des heures, ne fût-ce – armé d’une liste de caractères japonais – que pour déchiffrer laborieusement les titres, légendes et signatures… Aussi puis-je dire que toute mon enfance et une partie de mon adolescence se déroulèrent autant, sinon plus, au Japon qu’en France, par le cœur et par la pensée.

« Et pourtant, je ne suis jamais allé au Japon. Non que les occasions aient manqué ; mais sans doute, dans une large mesure, par crainte de confronter à l’immense réalité ce qui reste encore pour moi “le vert paradis des amours enfantines”.

« Je n’ignore pas pour autant les hautes leçons que la civilisation japonaise tient en réserve pour l’Occident s’il veut bien les entendre : que, pour vivre dans le présent, il n’est pas nécessaire de haïr et de détruire le passé ; et qu’il n’est pas d’œuvre de culture digne de ce nom qui ne fasse sa place à l’amour de la nature et à son respect. Si la civilisation japonaise réussit à tenir la balance égale entre la tradition et le changement, si elle préserve l’équilibre entre le monde et l’homme, et sait éviter que celui-ci ne ruine et n’enlaidisse celui-là, si, en un mot, elle reste persuadée, conformément à l’enseignement de ses sages, que l’humanité occupe cette terre à titre transitoire et que ce bref passage ne lui crée aucun droit à causer des dommages irrémédiables dans un univers qui existait avant elle et continuera d’exister après, alors peut-être aurons-nous une faible chance que les sombres perspectives sur lesquelles débouche ce livre, dans une partie du monde au moins, ne soient pas les seules promises aux futures générations. »

 

 

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