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L'Anglaise
de Catherine Lépront

Le 22/05/2013 à 19:35 - 0 commentaire

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ISBN : 9782021060423

Editeur : Seuil

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ISBN : 9782021072594

Editeur : Seuil

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Résumé du livre
Dans une maison au bord de la mer, à la station de Sainte-M., un sexagénaire, Emile, fait vivre sa famille : sa mère Elisabeth H., ancienne résistante, dite " la Florès " et ses demi-soeurs globalement appelées les COAC (la première lettre de chaque prénom). Il est décorateur, collectionneur, plus ou moins agent. Et il est harcelé au téléphone par une inconnue à l'accent anglais, que tout le monde surnomme " l'Anglaise". On fantasme sur cette Anglaise dont Emile serait amoureux et qui serait amoureuse d'Emile. On finit par apprendre que cette Anglaise aurait des vues sur la maison de voisins, en vente depuis que son vieux propriétaire, professeur de langues perdues, se meurt à l'hôpital. Tout cela se passe sous un regard collectif.Mais se détachent trois femmes : Agnès, l'une des demi-soeurs d'Emile, vieille fille à vie, amoureuse de son demi-frère , Léonore, une toute jeune voisine dont l'obsession est de se baigner au crépuscule, et Esther, dite " Chagrin d'amour ".Pendant quelques jours de début d'été, on spécule sur l'Anglaise, qui finit par s'installer dans la maison des voisins. Ce n'est qu'à la mort soudaine d'Emile, terrassé sur un escalier où il avait l'habitude de retrouver "l'Anglaise", que l'on comprend le lien avec cette femme mystérieuse. Un journaliste de la press people, Bob Escale, aide le groupe à découvrir l'identité de l'Anglaise. Fille d'une pauvre couturière de banlieue, elle avait trouvé le filon en conseillant de riches oisives sur leur garde-robe et s'était fait passer pour une mondaine anglaise.

 

Premier chapitre

1. Nous

 

 

 

 

Au début, entre les deux guerres, la famille H. n’avait qu’une cabine de bain, avec son nom, l’isba, écrit sur le fronton. Elle était située au niveau de la place de l’Hôtel-de-Ville, parmi onze autres cabines. Plus il en avait été construit par la suite, à mesure que s’allongeaient le chemin de planches et la partie aménagée de la plage de galets et de la promenade du bord de mer, et plus l’isba initiale – un 1 avait été ajouté à son nom – et sa jumelle acquise dans les années soixante-dix, l’isba 2, s’étaient éloignées du centre et rapprochées de la maison des H. – tandis que celle-ci, la datcha, était de moins en moins à l’écart, là-bas, au sud, au bord du ruisseau, maintenant à sec une bonne partie de l’année. Il y avait désormais plus de deux cents cabines. Mais qu’un quidam vienne demander à la mairie ou au syndicat d’initiative à en louer une pour quinze jours, ou même à l’année, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde à obtenir, et il s’attirait il y a encore un an et demi un vous n’y pensez pas ! mi-scandalisé mi-amusé – quelle naïveté ! –, s’il s’avérait qu’aucun lien ne le rattachait d’une manière ou d’une autre aux anciens acquéreurs, ceux des douze premières cabines, seuls habilités à le recommander. Ni pedigree ni adoubement, pas de cabine. Ce n’était pas une question d’argent alors, c’était une sorte d’octroi, et qu’il s’appliquât à une simple baraque en bois, démontée dès l’équinoxe de septembre, remontée après l’équinoxe de mars en un tour de main, ne le disqualifiait pas pour autant, il s’agissait d’un privilège. Aussi, tout humbles qu’elles étaient, les cabines conféraient à l’ensemble de leurs heureux bénéficiaires (pêcheurs, artisans, chômeurs et notables, et locataires et propriétaires de résidences principales ou secondaires) quelque chose d’aristocratique. Ils constituaient à eux tous une caste, quelque petite noblesse de plage, d’un hétéroclisme fantaisiste mais d’autant plus désuète depuis l’été 2007 que, déjà, des cabines disponibles étaient louées au prix fort. Et il était probable, du moins en avions-nous discuté, que le coût de la location de l’emplacement, resté pour l’instant stable pour les anciennes familles, finirait par atteindre pour elles aussi la somme jugée exorbitante qu’avaient payée à la commune les nouveaux acquéreurs, pour une semaine, pour un mois, ou pour l’année.

 

Il nous a semblé que risquait de tinter définitivement le glas de l’ordre ancien, menacé depuis cet été-là, une tradition non écrite, indépendante du sonnant et du trébuchant, qui avait présidé à la transmission de ce bien dérisoire, et qu’il fallait l’empêcher d’être à jamais rendu caduc par un nouvel ordre, soumis au pouvoir de l’argent – ça n’avait pas traîné –, qui se passait de toute discussion, de tout accommodement, indifférent à l’histoire vivante du lieu et de ses habitants, et des liens qui s’étaient noués entre eux – il s’agissait simplement et brutalement de savoir si, oui ou non, l’on pouvait acquitter la somme écrite, là, sur des formulaires, inédits jusqu’alors : depuis toujours la somme versée à la commune était reportée sur un cahier d’écolier, avec des colonnes tirées à la règle, une pour le nom, une pour la somme versée, une pour la date, une enfin pour le mode de paiement, pas de signature, pas de reçu.

 

 

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