Extrait

L'allée vespérale
de Michel Mangin

Le 03/08/2016 à 14:12 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782312044750

Editeur : Editions Du Net

Prix grand format : 18 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
Qu'est-ce qui différencierait ce nouveau jour des précédents ; rien du tout. Il ne serait qu'un jour de plus, vécu par Evariste, entre de tellement semblables jours, qu'il ne les distinguait plus les uns des autres. Pourtant, le voici qui s'invitait autrement. Et s'il était l'ultime ; celui qui sans prévenir, vous parle du terme du passage. Celui qui fut intimement écrit au présent dans le commencement du voyage. Celui qui annonce le temps de dire ce qui fut essentiel pendant la traversée...

 

Premier chapitre

L’allée vespérale

Evariste soupira longuement. Relevant doucement la tête, il laissa son regard accompagner le lourd cortège quittant la ville.

Chassé par l’orage, un soleil moribond tenta un retour provisoire entre deux cumulus, mais la nuit commençant à jouer sa partition, il serait trop tard pour lui. Emporté par ce puissant corps de bataille céleste fouettant l’horizon de ses lanières incandescentes, l’esprit promptement happé par la fureur des éléments, le vieil homme entra dans la nuit sans un geste, immobile comme la statue luisante et muette, qui chaque soir semblait surveiller la fenêtre de sa chambre, depuis le fond du parc.

Quelques gouttes dodues et luisantes s’échappaient du toit, silencieusement précipitées dans un vide d’où montaient mille odeurs mêlées aux différents bruits de la vie nocturne. Le temps glissait sur la cité qui en comptait les heures. Evariste ne bougea pas. Vers le petit matin, un frisson le fit trembler, puis le claquement d’une portière suivi d’un démarrage intempestif le tirèrent de sa torpeur ; le temps et l’espace l’envahirent de nouveau.

Tel un automate au mécanisme usagé, tâtonnant et imprécis, il ferma la fenêtre sans en clore les volets. Hésitant une seconde, il esquissa un haussement d’épaules, puis se glissa sans un frisson dans le lit glacé ; il fallait bien dormir. Quinze heures sonnèrent.

La lumière fut assez forte pour l’extirper de ses draps. Ce soir il recevrait ses enfants. Se laver, s’habiller pour être présentable, lui paraissait nécessaire pour le regard des autres. Pour le sien, cela revêtait une importance toute relative. Entrant dans sa baignoire, il entendit subitement une voix lointaine, caverneuse et vibrante, lui citer posément ce qu’il avait lu dans un ouvrage que sa mémoire ne pourrait plus saisir. « Quand vous saurez laisser vos pensées se dissoudre elles-mêmes à mesure qu’elles surgissent, elles traverseront votre esprit de la même façon qu’un oiseau parcourt le ciel, sans laisser la moindre trace. »

Mon Dieu, s’entendit-il chuchoter. Et de nouveau son ami disparu lui murmura de cette voix suave et frémissante qui le troublerait toujours « ô père, unique espoir d’être et d’avoir été ! »

Philomène venait de fêter ses soixante ans. Jolie créole au regard aussi franc que lumineux, elle avait beaucoup séduit sans le savoir. Aujourd’hui, toujours séduisante, elle avait gagné en grâce, telle une sculpture patinée par les ans qui laissait lire sur son beau visage, la langoureuse mélancolie des îles. Offrande inattendue d’un éphémère amour, ou « faute » impardonnable commise par deux amants que tout éloignait, race, culture et religion, elle fut élevée dès sa naissance par les sœurs de la charité locale. Ainsi dénommée par celles qui l’avaient recueillie, sa jeune vie devint immédiatement une morne succession d’avanies, qu’elle dut journellement refouler pour qu’il lui restât suffisamment d’estime de soi. De qui hérita-t-elle assez le goût de survivre au sein d’un milieu prétendument salvateur ? Ce n’était là qu’une partie du brûlant mystère dansant au fond de ses yeux noisette, où un évident puits de tristesse épousait une rayonnante félicité, sans que jamais ne jaillisse des profondeurs de cet improbable mélange, le moindre éclair qui fût l’indice d’un possible conflit intime. Et l’on aurait pu clore précipitamment ce long débat, en invoquant exclusivement, malgré les mauvais traitements subis, les « bienfaits » d’une éducation religieuse toute entière orientée vers la progressive assimilation des valeurs spirituelles. Mais là encore, il y manquerait des ingrédients, probablement enfouis dans les gènes de ses ascendants ; certains de ceux-ci se révélant peut-être, dans la vivante gaîté de son long corps lascif aux formes élégantes. Il suffisait d’un unique coup d’oeil, pour que chacun reconnût dans cet être à qui les ans semblaient offrir le cadeau d’un automne inachevé, la marque d’une femme humble et généreuse. Intrigante parce qu’indéfinissable, sa personnalité ne pouvait manquer d’envouter chacun, comme de susciter chez certains hommes, le désir inassouvi d’une conquête de l’idéal féminin. Désir somnolent mais jamais éteint, dont le réveil volcanique pouvait à tout moment embraser le cœur de ces vieux enfants, encore et toujours chercheurs d’absolu.

 

 

page suivante

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

critiques

critiques En territoire Auriaba, 4ème roman de Jérôme Lafargue

critiques "La peinture est une chose intellectuelle"

critiques Don Quichotte par Rob Davis : Cervantès plus vivant que jamais

critiques Kierkegaard et la sirène

Suivez-nous

 

Désinscription

16

1

l-allee-vesperale-michel-mangin

6274