Extrait

Joie
de Clara Magnani

Le 07/02/2017 à 13:44 - 0 commentaire

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Total pages :

Prix :

Clara Magnani

Sabine Wespieser

02/02/2017

9782848052144

180

17 €

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ISBN : 9782848052144

Editeur : Sabine Wespieser

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ISBN : 9782848052243

Editeur : Sabine Wespieser éditeur

Prix grand format : 11.99 €

 

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Résumé du livre
Rome, 2014, fin de l’été. Alors qu’il lisait sur sa terrasse ensoleillée, le cœur de Giangiacomo – dit Gigi – s’est arrêté. Une mort rapide, sans douleur, comme il l’avait toujours souhaitée, se souvient sa fille Elvira, appelée en urgence.
Quelques jours plus tard, la jeune femme tombe sur un manuscrit inachevé. Elle pense à la trame d’un film – Gigi était cinéaste –, mais découvre l’histoire d’amour que son père vivait depuis plus de quatre ans avec une journaliste belge, Clara. Le récit de Gigi correspond à sa partie d’un livre qu’ils avaient décidé d’écrire ensemble. Il la lui enverrait une fois terminée. Puis elle y répondrait.
Depuis sa rencontre avec Clara, venue à Rome l’interviewer à l’occasion de la sortie de son film sur Gramsci, Gigi connaît une nouvelle jeunesse. Ses pages évoquent le surgissement inattendu de leur mature love, une expression devenue entre eux un code pour se joindre et qui désigne cet amour à l’âge mûr que tous deux vivent de façon parallèle. Clara est mariée, elle aussi, et mère de deux garçons. Le bonheur des retrouvailles, l’abandon des corps, les rires, les films vus et revus ensemble : telle est la matière précieuse de leur complicité. Clara et Gigi parlent beaucoup : il aime la faire rire avec d’invraisemblables anecdotes, elle veut tout savoir de son passé. La politique et la révolution sont au cœur du travail de Gigi, hanté par la mort de son père, tué en 1945 dans les rangs des partigiani.
Clara écrira à son tour sa version de l’histoire. Les souvenirs des jours lumineux sur la Méditerranée, des désaccords aussi – ne considérait-elle pas le militantisme de Gigi comme un combat d’arrière-garde ? – la plongent dans un flot d’émotions. Elle entame alors un « journal d’absence » dans lequel elle s’adresse d’abord à Gigi puis, peu à peu, à Elvira. À la jeune fille au seuil de sa vie sentimentale, elle confie, avec pudeur et tendresse, la plénitude de cet amour caché qui coexistait si bien avec sa vie – pourtant heureuse – au grand jour.
Pure bliss, gioia, joie, avait coutume de répéter Gigi. Une joie devenue le motif musical de cette attachante partition à quatre mains.

 

Premier chapitre

Car ce que tu veux, c’est cette vie-ci, et celle-là, et une autre – tu les veux toutes.

Et tu as bien raison.

MIGUEL DE UNAMUNO

 

 

ELVIRA

 

 

2014. UN MATIN DE SEPTEMBRE. Ensoleillé. Mon père était en train de lire lorsque son cœur s’est arrêté. Comme ça, sans prévenir. Crise cardiaque. Aucune douleur. Ni chimio, ni paralysie. Nul besoin d’aller chez les Suisses quémander une pilule euthanasiante à plus de dix mille euros. C’était exactement comme ça qu’il avait toujours voulu tirer sa révérence. Il disait : « Un bel morir tutta la vita onora. » J’étais heureuse pour lui.

C’était la fin de l’été à Rome. Il portait son kimono préféré. Couleur prune, avec trois fleurs jaunes. Il s’était affalé sur la terrasse. Devant lui, une assiette d’abricots. Suaves. Il n’en avait mangé que la moitié d’un. La femme de ménage m’a appelée, dans tous ses états. À Rome, j’étais la seule personne qu’elle connaissait. Quand je suis arrivée, le disque qu’il écoutait n’était pas terminé. Gould continuait d’enchaîner ses Variations Goldberg comme si de rien n’était. J’ai passé la main sur son visage. Il souriait. Ses yeux étaient grand ouverts. Je les ai refermés.

Un peu plus tard, la police et l’ambulance sont arrivées. Les types ont haussé les épaules. Rien de trouble. Rien à élucider. Condoléances. Ils ont dit qu’ils allaient emporter le corps pour les formalités post mortem. En regardant autour de lui, l’un d’eux a émis un petit sifflement : « Non è male questo posto… Pas mal comme endroit… »

J’ai demandé à la femme de ménage de revenir la semaine suivante. Puis je me suis assise dans le fauteuil de mon père et j’ai pleuré. Bach aussi était mélancolique. Pourquoi était-il mort maintenant ? Sa vie n’avait pas été facile au début. Il en concevait comme un vague mépris pour ceux à qui tout souriait. Il m’avait eue sur le tard. Une petite dernière qui aurait pu être sa petite-fille. Mais, à soixante-dix ans, il se sentait bizarrement plus proche des gens de vingt-cinq, ceux de ma génération, que de celle des quadras. Ces derniers ne l’intéressaient pas. « Faire du fric, un maximum de fric, le plus vite possible, sur le dos des autres : voilà leur devise », disait-il. « Vous, les plus jeunes, vous savez que le système est pourri et vous n’êtes pas dupes. C’est déjà ça. »

Giangiacomo. Gigi, comme tout le monde l’appelait, y compris ma mère Irma. J’ai repensé à l’expression de son visage à mon arrivée. Calme. Si calme. La tête posée sur la table. L’air de dormir. Il relisait un de ses livres préférés, L’Affreux Pastis de la rue des Merles, de Carlo Emilio Gadda. Le roman dont il ne pourrait jamais faire un film. « Les grands bouquins résistent à la pellicule », m’avait-il dit un jour. Je n’étais pas d’accord. « Et Visconti ? Le Guépard ? Et I Vicerè de Faenza ? » Il n’avait pas répondu. Un jour pourtant, un de ses amis avait eu avec lui le même débat. Il Gattopardo ? J’avais entendu sa réponse. Il trouvait le film un peu dolce. Je ne sais pas comment on dit ça en français, dolce : gentillet ?

 

 

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