Extrait

Histoire du lion Personne
de Stéphane Audeguy

Le 11/10/2016 à 16:32 - 0 commentaire

Auteur :

Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782021331783

Editeur : Seuil

Prix grand format : 17 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Version numérique

 

illustration

ISBN : 9782021331790

Editeur : Seuil

Prix grand format : 11.99 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
" Il est absolument impossible de raconter l'histoire d'un lion, parce qu'il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s'il s'agit d'un animal. Il est absolument impossible de raconter l'histoire du lion Personne, qui vécut entre 1786 et 1796 d'abord au Sénégal, puis en France. Cependant, rien ne nous empêche d'essayer ".

 

Premier chapitre

 

I

 


* * *

 

 

* * *

 

 

1

 


* * *

 

 

Yacine était heureux comme on l’est à treize ans. Il marchait depuis l’aurore sur la piste qui menait au fleuve Sénégal. Vêtu d’un simple pagne de toile écrue, il portait au côté un étui oblong contenant deux lettres de recommandation, soigneusement rédigées, roulées et cachetées par le père Jean, qui avait gardé de sa jeunesse de lecteur de romans interminables et galants un goût supposément médiéval pour les missives de ce genre.

Yacine n’en connaissait pas la teneur. Le père Jean avait pourtant proposé de lui en communiquer la substance avant de les rédiger. Le jeune homme avait refusé : le prêtre, certain de ne pas tenter l’orgueil d’un jeune homme qu’il soupçonnait plus assuré de ses dons que ne le voulaient la religion catholique et sa condition d’homme pauvre et noir, le couvrirait d’autant plus d’éloges. Et si parfois Yacine tremblait de ne mériter ni l’estime du prêtre, ni la sienne propre, étant de ces natures inquiètes qui sont fières quand elles se comparent, mais humbles quand elles se considèrent, il savait aussi que ces lettres de recommandation étaient son seul passeport vers un monde différent. Elles permettraient d’échapper enfin à ce village où il était né et que, il l’avait compris à la seconde où il en était sorti, ce matin-là, dans les lueurs tendrement violettes précédant l’aurore, il avait toujours détesté.

Yacine avait eu quelquefois honte de son hypocrisie. Le bon prêtre blanc ignorait que son meilleur élève ne croyait en aucun dieu. Il avait assidûment fréquenté son séminaire de fortune unique voie d’accès au savoir des Blancs dans la savane pelée où il avait grandi. Mais la plupart du temps, Yacine trouvait que c’était de bonne guerre : en dehors du père Jean, qui était un saint homme, les Blancs mentaient aux Noirs, depuis toujours. Il savait qu’il allait étudier là-bas, et travailler. Il marchait vers un avenir assurément rude, laborieux ; mais qui était le sien, et qui pour cette raison-là lui semblait singulier, inimitable, grisant. Il en espérait la liberté, pour autant qu’un nègre sans naissance pût prétendre à quelque liberté. En ressassant ces vagues pensées, il s’aperçut que depuis son départ il avait peu à peu interverti son usage des termes « ici » et « là-bas » : il en sourit de plaisir.

Yacine avait toujours aimé la sensation de la piste sous ses pieds nus. Enfant, n’ayant jamais connu ni son père ni sa mère, il se plaisait à imaginer que ses parents, parmi tant d’autres, avaient foulé tel ruban de terre durcie, qui menait à un point d’eau ; ou cet autre, qui serpentait jusqu’à une sorte de colline prisée des chasseurs. Ensuite, en grandissant, il avait aimé élargir cette pensée jusqu’à comprendre dans sa méditation les milliers d’hommes, ancêtres inconnus, voyageurs, guerriers, marchands, sorciers, rois en visite, petits cultivateurs, qui avaient frayé cette piste dans la brousse, qui l’avaient martelée sans y penser, lui conférant cette singulière souplesse, cette alliance de fermeté et de discrétion qui donne aux hommes l’illusion que la terre peut leur être clémente, et qu’ils nomment à leur gré route, chemin ou voie, la prenant trop souvent pour argent comptant.

 

 

page suivante

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

critiques

critiques En territoire Auriaba, 4ème roman de Jérôme Lafargue

critiques "La peinture est une chose intellectuelle"

critiques Don Quichotte par Rob Davis : Cervantès plus vivant que jamais

critiques Kierkegaard et la sirène

Suivez-nous

 

Désinscription

16

1

histoire-du-lion-personne-stephane-audeguy

6340