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Être à distance
de Guelfenbein, Carla

Le 30/06/2017 à 08:16 - 0 commentaire

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Guelfenbein, Carla

Actes Sud

04/01/2017

9782330072599

312

22.50 €

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ISBN : 9782330072599

Editeur : Actes Sud

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ISBN : 9782330074654

Editeur : Éditions Actes Sud

Prix grand format : 16,99 €

 

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Résumé du livre
Vera Sigall, romancière octogénaire aussi discrète qu’adulée, est retrouvée inconsciente au pied de son escalier, victime d’une chute supposément accidentelle – mais une porte dérobée de sa maison est restée entrouverte… Son ami Daniel, de cinquante ans son cadet, architecte sans illusion et mari mal aimé, est troublé par les conclusions de l’enquête. Dans la salle d’attente de l’hôpital, il fait la connaissance d’Emilia, étudiante franco-chilienne qui consacre sa thèse à l’oeuvre de la romancière. Elle était venue au Chili pour la rencontrer, sur la recommandation chaleureuse d’Horacio Infante. Cet éminent poète, ancien amant de l’écrivaine, a mystérieusement pris Emilia sous son aile.
Ensemble, la jeune femme et Daniel affrontent les secrets de la liaison passionnelle et destructrice de ces deux monstres sacrés, unis par un pacte indicible depuis plus d’un demi-siècle, et commencent à écrire la légende de leur propre histoire.
Autour du corps inanimé de Vera, telles des planètes en gravité tirant leur énergie d’une superbe étoile, chacun vient mettre en scène ses plus intimes failles et faire l’inventaire des zones d’ombre du mensonge et de la vérité, du talent et de la médiocrité, de la consécration et de l’oubli. (traduit de l’espagnol par Claude Bleton)

 

Premier chapitre

À Eliana Dobry, Micaela et Sebastián Altamirano, mes compagnons de voyage.

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

 

1

 

 

DANIEL

 

 

Quelque part sur cette planète, quelqu’un était responsable de ta mort. Cette certitude grandit au fil des jours, des semaines, des mois, et fouetta si bien ma conscience qu’elle en devint insupportable. Mais qui ? Pourquoi ? L’idée ne m’avait jamais effleuré que la réponse était si proche qu’à force de la retourner dans tous les sens je me retrouverais face à moi-même.

Je me rappelle le moment où, après avoir acheté le pain pour notre petit-déjeuner, je croisai le vagabond du quartier. Ses yeux à la fois blessés et menaçants se posèrent sur moi. Je pressai le pas, au milieu des gens qui s’emmitouflaient dans leur manteau avant de disparaître dans la brume matinale. Un groupe d’enfants traversa l’avenue. Les filles s’enveloppaient dans des écharpes colorées et partageaient leurs secrets à mi-voix, les garçons couraient et criaient, se bousculant avec la maladresse de jeunes chiots. Leur innocence aiguisa l’inquiétude que ma rencontre avec le vagabond avait éveillée. Je ne me doutais pas de ce qui allait survenir quelques minutes plus tard, de ce qui t’était arrivé pendant la nuit ou peut-être à l’aube.

Tous les matins, avant de te retrouver, je me demandais dans quelle disposition tu serais. C’était impossible à prévoir. Cela dépendait de tes rêves, de l’intensité de la lumière et de la température, de concours de circonstances infinis que je ne saurais jamais saisir. Parfois tu me parlais sans relâche, parfois tu étais songeuse, écoutant la rumeur d’un monde qui s’écoulait en toi.

Devant ta porte, Arthur s’assit à côté de moi avec sa dignité papale coutumière, pendant que Charly courait dans tous les sens, la queue fébrile. J’avais l’intention de te proposer une de nos traditionnelles promenades après le petit-déjeuner.

Malgré ton âge, tu marchais d’un pas rapide et ferme. Si quelqu’un nous avait vus à distance, il aurait eu du mal à imaginer que tu avais cinquante ans de plus que moi.

Je me rappelle le jour où, peu de temps avant de devenir ton voisin, je te vis devant ta porte, aux prises avec ce lierre qui gênait le passage. Tu m’avais expliqué qu’il avait poussé pendant la nuit et que sa présence obstinée était une atteinte à ta liberté. Tu parlais de la plante comme d’un être en chair et en os, et tu essayais de t’en débarrasser avec un couteau de cuisine. J’apportai mon sécateur, dégageai le passage et on se mit bientôt à discuter avec animation. J’avais vu une photo de toi dans le journal, quelques semaines plus tôt. Un célèbre critique du New York Times avait fait l’éloge de ton œuvre, et les journaux de notre pays avaient reproduit l’article. Cependant, en te voyant dans ton jardin, je fus étonné de ta haute taille et de tes cheveux blancs, rassemblés en chignon sur la nuque. Le temps n’avait pu terrasser ta beauté. À la place des arrondis d’autrefois, on voyait maintenant des angles, celui de ton nez proéminent, de ton menton et de tes pommettes, celui de ton front sillonné de lignes. Tes longues mains étaient comme des oiseaux qui auraient oublié l’art de voler. Avec quelle véhémence tu me raconterais plus tard que tu détestais les tâches domestiques et que tu aurais aimé avoir une épouse, comme celles des grands créateurs, qui prenaient en charge leurs conflits avec le monde et les préservaient des banalités de la vie ! Depuis lors, de façon certes maladroite et partielle, j’ai essayé de te protéger. Le monde où tu vivais m’était inaccessible. Mais l’éclat que je percevais derrière les portes que tu laissais entrouvertes me remplissait d’émoi, de curiosité pour ce que je ne pouvais pas voir.

 

 

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