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Electre à La Havane
de Leonardo Padura Fuentes

Le 09/03/2015 à 00:20 - 0 commentaire

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ISBN : 9782864242734

Editeur : Metailie

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ISBN : 9791022601238

Editeur : Métailié

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Résumé du livre
Chargé de l’enquête sur l’assassinat d’un travesti, l’inspecteur Mario Conde découvre un monde où on peut être exilé dans son propre pays et où chacun détient une vérité sur le mort et sur un passé que la révolution veut effacer.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chaleur est une plaie maligne qui envahit tout. Elle tombe tel un lourd manteau de soie rouge qui serre et enveloppe les corps, les arbres, les choses, pour leur injecter le poison obscur du désespoir, de la mort lente et certaine. La chaleur est un châtiment sans appel ni circonstances atténuantes, prêt à ravager l’univers visible ; son tourbillon fatal a dû tomber sur la ville hérétique, sur le quartier condamné. Elle est le calvaire des chiens errants, bouffés par la gale, malades d’abandon, à la recherche d’un lac dans le désert ; des vieux aussi qui traînent des cannes encore plus fatiguées que leurs jambes, arc-boutés contre la canicule, en lutte quotidienne pour la survie ; et des arbres, autrefois majestueux, à présent courbés sous la montée furieuse des degrés ; et de la poussière morte dans des caniveaux nostalgiques d’une pluie qui n’arrive pas ou d’un vent indulgent, capables d’inverser ce destin immobile et de métamorphoser cette poussière en boue ou en nuages abrasifs ou en orages ou en cataclysmes. La chaleur écrase tout, tyrannise le monde, ronge ce qui peut être sauvé et ne réveille que les colères, les rancunes, les envies, les haines les plus infernales, comme si son but était de hâter la fin des temps, de l’histoire, de l’humanité et de la mémoire… Merde, ce n’est pas possible ce qu’il fait chaud, murmura-t-il, en enlevant ses lunettes de soleil pour éponger la sueur qui salissait son visage et en crachant par terre une salive lourde et peu abondante qui roula sur la poussière assoiffée.

La sueur lui brûlait les yeux et le lieutenant Mario Conde regarda vers le ciel, pour implorer la pitié d’un nuage favorable. Et c’est alors que les cris de joie parvinrent à son cerveau. C’était un brouhaha dense, comme un chœur en train de répéter, qui se répandit dans l’atmosphère comme s’il avait jailli de la terre et s’était immiscé dans la chaleur de l’après-midi, capable de faire taire un instant le grondement des voitures et des camions qui se dépêchaient sur l’avenue, et de s’accrocher sournoisement à la mémoire du Conde. Mais ce n’est que lorsqu’il fut parvenu au coin de la rue qu’il les aperçut : tandis qu’un groupe se congratulait avec force cris et tapes dans les mains, d’autres discutaient, à voix tout aussi haute, en bons ennemis s’accusant les uns les autres, pour le même motif qui rendait l’autre groupe si heureux. Ceux-là ont perdu, ceux-ci ont gagné, conclut-il sans effort quand il s’arrêta pour les observer. Il y avait des garçons d’âges différents, entre douze et seize ans, de toutes les couleurs et de tous les styles, et le Conde pensa que si quelqu’un pareil à lui, vingt ans auparavant, s’était arrêté au même endroit en entendant un brouhaha similaire, il aurait vu exactement ce que lui voyait : des garçons de toutes les couleurs et tous les styles, sauf que celui qui discutait ou se réjouissait le plus fort, aurait sûrement été lui-même, le jeune Conde, le petit-fils de Rufino el Conde.

 

 

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