Extrait

Des femmes qui dansent sous les bombes
de Lapertot, Celine

Le 13/02/2017 à 09:59 - 0 commentaire

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Lapertot, Celine

Viviane Hamy

03/03/2016

9782878583014

18 €

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ISBN : 9782878583014

Editeur : Viviane Hamy

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ISBN : 9782878583021

Editeur : Viviane Hamy

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Résumé du livre
" Savez-vous pourquoi l'on a accepté de nous livrer ainsi à vous, dans ce que nous avons de plus intime. C'est parce que vous avez marché avec nous. Vous avez couru à nos côtés, la caméra embarquée. Vous avez marché aux côtés de nos mères, lorsqu'elles vendaient nos haricots, nos œufs et notre lait. Vous avez partagé la sueur de nos mères. Vous les avez suivies tout le temps. Vous nous suivez partout, que nous nous battions, que nous vendions, que nous produisions. Vous avez constaté une chose : nous marchons. Nous marchons toujours. La marche est notre socle, le fondement de notre petite civilisation de femmes. Nous marchons pour vendre, nous courons pour fuir mais nous marchons encore pour tuer. " Dans ce pays d'Afrique, la guerre civile fait rage et nul destin n'est tracé. Celui de Séraphine s'annonce heureux – elle épousera bientôt l'homme qu'elle aime –, mais il bascule lorsque des miliciens saccagent son village. Elle perd alors toute sa famille, et son innocence. Sauvée in extremis grâce à l'intervention d'une faction de l'armée régulière conduite par l'exceptionnelle Blandine, elle se joindra à sa troupe de " Lionnes impavides ", qui luttent dans l'espoir fou d'un retour à la paix. Il est impossible de lâcher ce roman – d'une pudeur et d'une justesse saisissantes –, hymne à l'héroïsme des êtres qui transforment leurs silences en un cri de courage et de fureur. Céline Lapertot, 29 ans, est professeur de français. Des femmes qui dansent sous les bombes est son second livre aux éditions Viviane Hamy.

 

Premier chapitre

Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter

Une étoile qui danse.

 

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

 

 

Les danses s’établissent sur la poussière des morts,

Et les tombeaux sous les pas de la joie.

 

Chateaubriand, Vie de Rancé

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

 

1

 


Quelque part en Afrique. Aujourd’hui.

Dans un endroit précis que le doigt situe sur une carte, parce qu’il ne connaît pas. Le doigt part de la France, parcourt l’Espagne, franchit le détroit de Gibraltar, parcourt le reste de la carte en biais, en moins de trois secondes : Algérie, Tchad, Centrafrique puis République démocratique du Congo. Le doigt fixe des villes et des villages, des lieux dans lesquels des femmes sont nées pour se battre. Kinshasa, Bandundu, Mbandaka.

Puis on oublie la géographie. L’essentiel est ailleurs. Alors le doigt se replie.

Le Congo, le Mali, le Soudan, le Nord-Kivu, qu’importe, dans le fond. Elle est là, elle s’appelle Séraphine, elle les représente toutes. Les petites menues défient le ciel avec de fines mains qui serrent un AK-47, les grandes aux cheveux courts plissent leurs lèvres et redressent leur corps avec toute la dignité dont elles se sentent capables. La plus élancée, là, avec un châle mauve noué autour de son cou, c’est Séraphine. Son châle mauve est sa plus grande fierté, c’est peut-être sa seule fierté. Nul besoin de situer un pays, une frontière, pour dire que Séraphine souffre comme un homme, pisse et crache le sang comme un homme, des grenades dans les poches de son pantalon, des kalachnikovs et des mortiers légers dans le creux de ses mains. Elle ignore si elle est forte ou faible, les armes sont fortes pour elle, et ce qui meurt dans le creux de son ventre renaît dans ses doigts, quand elle tient le couteau. Elle avance coûte que coûte, fait défiler des prières dans sa tête quand elle a le temps d’y penser. Des citations de la Bible qu’elle ingurgite depuis huit mois lui tiennent chaud, quand elle avance pas à pas dans la forêt et qu’elle a froid. Elle sait que le combat est à la gloire de Dieu et que sa gloire à elle, toute personnelle, viendra plus tard, quand le pays se relèvera.

Elle a trouvé sa famille.

Elle se réjouit qu’on oublie sa féminité. À quoi sert un mot si poudré quand on se bat. Le rouge à lèvres, le fard, c’est la paix qui se peint sur les corps. La guerre n’a pas besoin de brillant, elle a le sang. La guerre donne des couleurs aux joues des femmes et c’est la vie qui bat dans les tempes de Séraphine. Cela ne fait pas longtemps qu’elle foule le sol avec ses Rangers ou ses Doc Martens. Elle prend ce qu’on lui donne, comme son t-shirt trop grand, son pantalon trop large pour ses hanches de fille. Tout est noir ou tout est vert, ça se confond et ça s’annule, dans un univers où il est bon de ne plus vraiment s’appartenir. Elle observe les autres l’observer, et l’on avance quasiment main dans la main, entre gens du même clan. Ça l’arrange qu’on oublie la femme en elle, parce que le large épouse tant bien que mal le mince et on ne voit plus les reliefs de ses seins. Ce n’est pas qu’elle oublie tout ce qu’elle aime dans son corps, mais les plaines du Congo, du Mali ou du Soudan, ce ne sont pas des estrades sur lesquelles se déhancher. Sa chair s’est enfuie, enfouie sous les décombres de sa maison, il y a de cela presque une année. Huit mois, ce n’est rien, mais en même temps, c’est tout. Sa chair n’a pas brûlé mais presque, les miroitements de la lame du couteau dansaient sur sa peau nue. Ça faisait comme des éclairs qui vrillaient son cou noir. Elle en rêve toutes les nuits, des nuances glacées sur cette lame grise qui dansait dans la lumière. Bleue. Orangée.

 

 

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