Extrait

De fer et de verre ; Victor Horta et la Maison du Peuple
de Nicole Malinconi

Le 17/04/2018 à 17:07 - 0 commentaire

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Nicole Malinconi

Impressions Nouvelles

07/09/2017

9782874495434

176

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Editeur : Impressions Nouvelles

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Résumé du livre
C'est d'abord l'histoire d'un lieu prestigieux, la Maison du Peuple, bâtie en 1896 par Victor Horta en plein coeur de Bruxelles, inaugurée en grande pompe dans la clameur de L'Internationale et des slogans du monde ouvrier... L'architecte rompait avec le style prudent de ses prédécesseurs, innovait avec la ligne courbe, l'asymétrie, l'honneur rendu au fer, au verre, à la lumière. Bref, celui qui révolutionnait l'art de bâtir et devenait un des maîtres de l'Art Nouveau, offrait au jeune Parti Ouvrier Belge un lieu à la hauteur de ses aspirations. C'est l'histoire d'un quartier, d'une ville, de deux guerres traversées, mais aussi celle d'un mouvement ouvrier, des espérances qu'il a suscitées, et dont la Maison était en quelque sorte le coeur. L'histoire d'un monde fragile, n'ayant pas résisté à cette course au progrès qui mènera, 65 ans plus tard, à démolir la Maison du Peuple comme on efface un temps révolu. Depuis Hôpital silence, son premier livre publié en 1985 aux éditions de Minuit, Nicole Malinconi s’inspire de la réalité quotidienne, de l’ordinaire de la vie, des gens et des mots, ceci aboutissant à ce qu’elle qualifie elle-même d’ « écriture du réel ». Parmi ses ouvrages : Hôpital silence suivi de L’attente (Espace Nord), Nous deux (Espace Nord, Prix Rossel 1993), Vous vous appelez Michelle Martin (Denoël), Séparation (Les Liens qui Libèrent), Un grand amour (Esperluète).

 

Premier chapitre

Si, comme déjà plusieurs autres de mes œuvres on la démolissait, je n’en serais guère étonné.

Victor Horta

 

 

La Maison du Peuple, bâtie au cœur de Bruxelles par Victor Horta, a été inaugurée le jour de Pâques 1899. À quelques mois près, c’était naître avec le siècle. On a eu beau la démolir à peine soixante-cinq ans plus tard et même l’oublier, on peut dire qu’elle en avait vu des choses et connu des hommes, et que ceux-là avaient fait sa renommée tout autant que Victor Horta. C’est pourquoi je n’ai pu parler d’elle sans parler des choses qu’elle a vues et des hommes qu’elle a connus.

 

À la station de métro Horta à Bruxelles, si par hasard on quitte des yeux le sol des couloirs et les marches d’escaliers ou d’escalators et qu’on lève le regard, on voit, à côté d’un vitrail à grandes formes colorées éclairé en permanence, une sorte de balustrade en arabesques et volutes de fer, parcelle de grillage, peut-être, ou de balcon, exposée là pour la décoration, dirait-on, mais un peu en retrait, un peu inutile, comme s’il avait bien fallu placer ça quelque part ; inattendue, plutôt étrange même, parmi toutes ces lignes droites.

Mais devant tant de légèreté et de grâce, on se dit que décidément nous voilà en présence de bien autre chose qu’une grille ordinaire.

Il se peut d’ailleurs qu’on passe là souvent avant de la remarquer. Et même lorsqu’on apprend qu’on a incrusté dans les murs de la station Horta un élément de balustrade et de vitrail provenant de la Maison du Peuple bâtie en 1896, entre le Sablon et l’église Notre-Dame de la Chapelle, par Victor Horta lui-même, et à la place de laquelle s’élèvent depuis 1966 un immeuble-bloc et une tour de vingt-six étages, le tout en béton, eh bien, même alors, tout attentif qu’on soit, on doit chercher pour le trouver.

Quand on regarde les photos de la Maison du Peuple à sa grande époque, qui fut d’ailleurs sa seule époque, la façade incurvée épousant la place et toute en fenêtres, les poutres et charpentes de fer et d’acier, apparentes tant au dehors qu’au dedans – ce qui jusqu’alors n’était bon que pour les bâtiments industriels et les hangars et devait donc être regardé comme une audace ou une provocation de la part de Victor Horta –, la vaste salle de café de l’entrée ouverte sur la place, les escaliers et leurs rampes ajourées, de fer également, et surtout la grande salle des fêtes dont on vous apprend qu’elle était profonde de soixante mètres, plus profonde encore que celle de la Monnaie, ses balcons et galeries en enfilade sur toute sa longueur et ce fer torsadé ajouré omniprésent, quand donc on observe tout cela, c’est à se demander ce que l’élément incrusté dans le mur de la station Horta vient faire là, tout seul, comme abandonné, presque caché, réduit justement à un élément, puisqu’on vous apprend aussi qu’il ne reste plus que ça ou à peu près de l’ensemble ; et c’est comme si son état de relique exposée là pour mémoire après la destruction totale avait finalement pour effet de détruire aussi la mémoire de l’ensemble, ou plutôt de l’empêcher, ou de la tourner en ridicule, comme on voudra, en rabaissant à un bout de balustrade l’immense ossature de fer, les salles à n’en plus finir, les enfilades, les verrières, la lumière à profusion partout, soit tout ce qu’avait voulu Victor Horta pour ce palais qui ne serait pas un palais, comme il l’avait écrit plus tard, mais une maison où l’air et la lumière seraient le luxe si longtemps exclu des taudis ouvriers, bref, une vraie Maison du Peuple, avec la vie que cela avait dû être là-dedans, les assemblées, discussions, manifestations, fêtes, repas, spectacles, sans compter les magasins divers et le pain que l’on vendait dans la boulangerie de la Maison pour un prix que même les plus pauvres pouvaient payer et qui, lui, – voilà bien la nouveauté – goûtait le pain.

 

 

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