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Dans la maison un grand cerf
de Caroline Lamarche

Le 05/05/2017 à 13:22 - 0 commentaire

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Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Caroline Lamarche

Gallimard

02/03/2017

9782072700248

130

12.50 €

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ISBN : 9782072700248

Editeur : Gallimard

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ISBN : 9782072700255

Editeur : Editions Gallimard

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Résumé du livre
"Un livre autour de la mort du père. Mais aussi de l’amour porté à certains hommes et du refuge que ces aventures poursuivent. Autant de variations sur le thème d’une chasse éternelle. Cerf, cerf, ouvre-moi, ou le chasseur me tuera... Comment les disparus orientent-ils nos vies, comment leur répondons-nous? Sujet intime autant qu’universel, qui aborde la place du père, de la mort dans nos sociétés et la puissance de l’art."
Caroline Lamarche.

 

Premier chapitre

Cerf, cerf, ouvre-moi

Ou le chasseur me tuera.

 

 

MACHAON

 

Ma mère parlait, mes frères et sœur, mes cousins, tantes ou oncles s’il y en avait parlaient. Je me taisais, le battement irrité de mon sang dans mes oreilles rendant plus confus le brouhaha général. Il me semble que mes oreilles sifflaient déjà, comme aujourd’hui, qu’elles ont toujours sifflé. Je sais pourtant qu’il n’en est rien puisque je dois ce sifflement, a conclu le spécialiste en l’absence de tout autre indice relatif à une surexposition au bruit, à un choc émotionnel, que je suis parvenue à dater d’un soir d’été avec M où la chaleur était forte et la rivière fraîche. Mais pour l’heure il s’agit d’un repas de famille.

À ma gauche – j’étais la fille aînée et ma place était à sa droite – mon père proférait, pour lui seul semblait-il, quelque chose, les yeux baissés sur un blanc de poulet ou une pomme de terre qu’il massacrait à gestes lents, distraits, mon père racontait une histoire, interminable et murmurée, les yeux dans son assiette, indifférent à l’indifférence familiale, il avait l’habitude que l’on ne s’intéresse pas à ses digressions, qui prenaient la forme de méditations sur l’Histoire ou la généalogie ou le patrimoine monumental de notre région. Je l’écoutais vaguement, par politesse, ou désespoir, je l’écoutais n’ayant rien d’autre à écouter – c’était ma place, à sa droite – que la voix de mon père, cette onde discrète qui, sans interruption, rayait imperceptiblement la conversation générale, une voix marmonnée et tenace, tirant le fil d’une méditation sur l’Histoire, ou la généalogie ou le patrimoine monumental, un fil ténu, constamment mis à l’épreuve par l’envahissement familial, et qui eût pu se distendre, se briser à tout moment, mais qui, pourtant, se tissait comme celui de l’araignée, un fil sorti du ventre, ou peut-être du cœur, du poumon, j’ignore l’organisation interne de l’araignée, ce qui y remue et bat, mon inculture est aussi éclatante que l’érudition de mon père, qui connaissait la vie des araignées aussi bien que celle des princes-évêques de Liège, capable d’en poursuivre la chronique repas après repas, si fin, ce fil unique, qu’il résiste même aux tempêtes, à la pluie, au givre qui le fait briller, chute de diamants, à l’aurore ou à l’aube, quelle différence, de degré seulement, peu de lumière est nécessaire à la goutte d’eau gelée, moins encore à mon réveil.

Je m’étais toujours levée avant tous, avant même mes cousins chasseurs, l’instant rare surgit du noir. Noir mon exil à la droite de mon père, à la voix si ténue qu’il fallait, dans une tension, que je mobilise mon ouïe pour la capter et dont l’absence de modulation, la simplicité de muraille faisaient obstacle au battement des rumeurs familiales, dont l’inanité sans cela m’eût fait disparaître, grignotée à mesure, flocon de neige sur une terre d’une tiédeur mortelle, givre errant ne trouvant aucun sol assez froid, assez nu pour figer ses cristaux qui, sans cela, se désintègrent, ainsi étais-je, neige sans repos, à tout instant menacée de disparition.

 

 

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