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Comment tu parles de ton père ?
de Joann Sfar

Le 06/08/2018 à 08:05 - 0 commentaire

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Joann Sfar

Albin Michel

17/08/2016

9782226329776

15 €

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ISBN : 9782226329776

Editeur : Albin Michel

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ISBN : 9782226420756

Editeur : Albin Michel

Prix grand format : 10.50...71903672....

 

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Résumé du livre
" Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien. " Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir et un père comme André Sfar. Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes.

 

Premier chapitre

1


Je n’y vois plus rien. Ni de près ni quand j’allonge le bras. Ça va m’aider pour justifier que les enfants n’ont pas fait leurs devoirs de vacances. Ça m’a pris en arrivant en Crète. Je me suis relâché. Un mois après son départ, j’arrive chez les polythéistes et mes yeux ne suivent plus.

 

Il y a huit jours, ça allait. À l’abri du petit restaurant de Villefranche-sur-Mer, avec mon équipe de cinéma. Pleine nuit et tous ensemble à rire. Ils ne savaient pas ce que ça me faisait de revenir sur cette plage pour du cinoche. On buvait du très mauvais rosé. On parlait objectivement des plages de mon enfance : combien y mettre de figurants, dans quel axe placer la caméra. Est-ce qu’on peut y faire entrer un camion ? Ma professeure de français de troisième est passée par hasard, m’a reconnu.

– Merci, madame, vous m’avez fait voir mon premier Kurosawa.

– Joann, j’ai vu ta maman hier.

Mais non, vous avez dû voir la maman de Sandrina, mon épouse, d’ailleurs on est séparés depuis près d’un an, mais toute mon équipe de cinoche est là, alors je vais plutôt fermer ma gueule. N’ajoutez pas que vous avez aussi vu mon papa ou bien je déballe tout.

Elle est partie, elle a vieilli, moi aussi sans doute, la nuit est tombée. La petite pizzeria s’est remplie de grandes jolies filles riches avec parfois des maris.

Moi je pense à ma fiancée.

Il y a eu une pluie complètement impossible, mon chef décorateur partageait mon point de vue : Dieu, sur la Côte d’Azur, il en fait trop. Une petite rampe à eau près des bâches du Trastevere aurait suffi. Mais non. Il a balancé en une demi-heure et sur un coin du port de plaisance autant d’eau qu’en six mois sur Paris.

Je pense à mon papa.

Une grande blonde se lève. Elle est avec un couple comme elle : trois géants du Nord de l’Europe. Elle nous a regardés pendant tout le repas pour la simple raison qu’on est des garçons et que son amie est en couple (avec Dolph Lundgren). Elle se lève, regarde la pluie et rit. Après avoir vérifié qu’on la reluque elle fait valser son chemisier et sa jupe. L’assistance est médusée. Plus une fourchette ne tinte. Marilyn Chambers (il faut bien lui donner un nom) enfonce son petit linge dans un sac Birkin. On voit le râble de ce grand lapin blond lorsqu’il se baisse. Elle est en culotte et soutif, elle hurle joyeusement et part en courant sous l’averse. On rit. Dolph tombe le polo. Sa poupée, let’s call her Gudrun, retire à son tour tous ses habits, sauf une culotte, et les Vikings s’en vont en criant. La pluie redouble. On n’en revient pas.

Je n’ai pas pensé à mon père pendant trente secondes. Je me rappelle qu’on allait dans ce restaurant quand j’étais enfant. On mangeait de la petite friture avec de l’anisette. Il me racontait son métier d’avocat : « En cas de crime passionnel, j’ai toujours obtenu l’acquittement. C’était même devenu ma spécialité, si tu assassinais ton épouse, je te sortirais de taule. »

 

 

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