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Comme Baptiste
de Patrick Laurent

Le 07/02/2015 à 09:04 - 0 commentaire

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ISBN : 9782070142071

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Résumé du livre
Baptiste, jeune informaticien passionné d’intelligence artificielle, vient d’apprendre que son père, un linguiste renommé, veuf et dépressif, n’est pas son père. En effet sa mère, morte deux ans plus tôt, a eu recours à une insémination avec donneur. Dès lors, le jeune homme est pris d’un désir frénétique de connaître ce géniteur anonyme, qu’il appelle le Bio. Il se lance dans une quête parsemée d’embûches et de rencontres inattendues. Dans son esprit déferlent la Conscience, le Réel, l’Identité, la Mort, tels les quatre cavaliers de l’Apocalypse… Sur des thèmes très actuels – la perte des repères identitaires liés aux progrès des sciences biologiques, les limites de la paternité et de la filiation… –, Patrick Laurent offre un récit fiévreux, enchaînant les péripéties avec virtuosité sur un arrière-plan métaphysique qui interroge profondément l’imaginaire contemporain.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

Personne ne connaît le lieu de son séjour : il est dans l’illusion, son existence est une imposture.

 

WILLIAM BLAKE

Catalogue de l’année 1810

 

 

 

Le positif nous est déjà donné, il nous reste à faire le négatif.

 

FRANZ KAFKA

 

 

 

 

 

Introït

 

 

J’ai assassiné mon père chéri. Je l’ai tué d’une main ferme, décidée. Et c’est très bien ainsi. Ma tête pend au-dehors, un linge mouillé. Cela va sécher. Sécher. Se raidir. Et m’apparaître comme la face d’un ange. J’en suis sûr. Cela ne peut être autrement. Mes jambes sont courtes pour courir loin d’un coup mais elles me portent en chantant, frémissantes colonnes d’abeilles. Je suis leur reine dirait-on.

Ah que ne sont-elles comme des tours où j’aurais pu l’emprisonner, mon père. L’emprisonner.

N’aurais-je pas nagé comme un poisson dans cette prison ? Autour de lui. Ne serais-je pas passé bien souvent entre ses jambes à lui, si longues, comme délacées de son corps nu ?

J’ai faim. Je pense à cet assassinat qui décline tel le soleil qui se couche, là, face à moi, sur cet horizon que mon œil n’atteint pas. C’est ainsi.

Mon père, ma victime, je le couche sur le sable. « Couché ! » dis-je, comme si je lui parlais et qu’il fût mon chien.

« Couché dans le sable ! » Et il se couche. Obéit. Tout mort qu’il est.

J’ai toujours faim. Bientôt je le mangerai.

Avec le sable. Et les petits crustacés qui s’y cachent.

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

Il s’en foutait. Avait décidé de s’en foutre. Il disait : je m’en fous. Mon père est mon père, point. Bon. Et puis ça le rattrapa bien sûr.

« Le père n’est qu’un accident, seule la mère est une nécessité » avait-il lu quelque part, son père n’était pas son père biologique et alors ? Ce Biopère, ainsi qu’il l’appelait comme on dit la Biomasse, était un inconnu, il avait donné son sperme à une clinique, le sperme était resté dans les tubes, gouttes de futur congelé, puis un jour quelqu’un l’avait utilisé. Pas n’importe qui, sa mère. Père stérile, ça arrive. Baptiste était un enfant IAD. « Insémination Artificielle avec Donneur. » Quand sa grand-mère, Kalyn, la Hongroise, la paternelle, celle qui parlait aux morts, lui a dit « tu es un enfant IAD », il finissait de hautes études d’informatique. Il a entendu : « Intelligence Artificielle Dédiée. » L’IA c’était son domaine de recherches. IA, IAD, juste une lettre de plus. C’était il y a un mois. Il ne voulait rien savoir. Il aimait son père, l’admirait, l’autre, le Bio, n’avait pas d’importance. Les gènes ? du matériel, du hardware, ce qui comptait c’était ce qu’on en faisait, la culture. Et ce qu’on en faisait, c’était avec son père que ça s’était passé, jour après jour. Kalyn, la Hongrie, Liszt, le paprika, la puszta, la cousine aveugle, c’était son père, point. Il venait de là. Aussi. On ne le lui enlèverait pas ça. C’est que l’imaginaire ça compte. Plus que les gènes. C’était ça le problème avec l’IA : comment donner de l’imaginaire aux machines ? On progressait, et même drôlement. Puis en parler avec qui ? sa mère était morte depuis deux ans, son père était dépressif, inutile d’en rajouter, s’il n’avait jamais rien dit c’est que ça devait être un point sensible. D’ailleurs il avait vu sur le Net — oui bien sûr il était allé un peu y voir — la stérilité était très mal vécue par les hommes, on s’en serait douté, mais Baptiste était jeune, innocent, puis il n’avait jamais pensé à ça. On lisait : « Le génome dont j’ai hérité va périr, avec moi s’arrête la famille issue de la nuit des temps », ou encore : « Je n’aurai pas de descendance, mes apprentissages familiaux ne serviront à rien », et encore : « Mon phallus sera inutile, suis-je capable de proposer à ma femme de me quitter ou bien de renoncer à être mère ? » Ça n’avait pas l’air simple. Au point qu’il pensa : et moi ? stérile aussi ? comme papa ? Il fit le test. Pas glorieux, qui l’était aujourd’hui ? mais possible. Bon, on n’en parle plus, tu te souviens de ce que disait maman ? « tu cliques sur del et tu passes à autre chose ». C’est-à-dire à la même : comment donner de l’imaginaire aux machines ? Ça c’était sérieux. Puis tout se détraqua.

 

 

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