Extrait

Cent ans
de Herbjørg Wassmo

Le 22/05/2013 à 19:16 - 0 commentaire

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Editeur :

Genre :

Date de parution :

ISBN :

Total pages :

Prix :

Herbjørg Wassmo

Gaia

romans et fiction romanesque

12/02/2011

9782847201826

512

24.40 €

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ISBN : 9782847201826

Editeur : Gaia

Prix grand format : 24.40 €

 

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ISBN : 9782847202304

Editeur : Gaïa Éditions

Prix grand format : 9.99 €

 

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Résumé du livre
" Ma propre vie ne peut pas se transformer en littérature. Elle ne peut ni s'inventer, ni être racontée comme une vérité, ai-je pensé. Avant de comprendre que je pouvais en parler comme de toute autre chose que je raconte. (...) Celui qui raconte choisit ce qui lui convient de raconter. C'est ainsi que l'on peut enterrer les pires histoires de famille et que chacun doit repartir à zéro. Quant à ma propre histoire, je ne me souviens pas beaucoup de ce qui m'a formée. Peut-être parce que je ne veux pas m'en souvenir. J'ai employé tant d'énergie à aller de l'avant, aussi vite que possible. Comme si on pouvait construire on avenir sans avoir besoin de regarder en arrière. " Cent ans est le récit de trois vies. Celles de Sara Susanne, Elida et Hjørdis, respectivement l'arrière-grand-mère, la grand-mère et la mère. On y découvre les hommes qu'elles ont désirés, ceux qu'elles ont eus et les enfants auxquels elles ont donné naissance.

 

Premier chapitre

Premier cahier

 

 

 

 

Signes

 

 

La honte. Pour moi, c’est au cœur du problème. La honte, j’ai toujours essayé de la camoufler, de l’esquiver ou d’y échapper. Écrire des livres est en soi une honte difficile à cacher puisqu’elle est documentée de manière irréfutable. La honte y trouve son format, pour ainsi dire.

Durant mon enfance et mon adolescence à Vesterålen, je tiens un journal dont le contenu est terrifiant. Si éhonté qu’il ne doit tomber sous les yeux de personne. Les cachettes sont diverses, mais la première est dans l’étable vide de la ferme que nous habitons. Sur une solive que je peux atteindre par une trappe aménagée dans le plancher et qui servait autrefois à évacuer le fumier. L’étable devient en quelque sorte un lieu d’asile. Vide. À part les poules. Et j’ai pour tâche de leur donner à manger.

Assise dans une stalle, sur un tabouret poussiéreux, sous une fenêtre encore plus poussiéreuse, j’écris avec un crayon au corps jaune et octogonal. Pour le tailler, j’utilise un couteau à gaine. La couverture de mon carnet de notes est jaune aussi. Celui-ci est petit. Un peu plus haut que la longueur de ma main. Je l’ai acheté à la boutique de Renøs, à Smedvika, avec mon propre argent – et je sais exactement à quoi il va me servir.

 

Ici, dans l’étable, je me sens en sécurité. Jusqu’au jour où il y découvre ma présence. Bien des années plus tard, j’ai compris à quel point un journal peut être dangereux. Mais j’en ai probablement déjà l’intuition, assise là sur mon tabouret. C’est pourquoi je suis muette et cachottière. Je rassemble mes carnets de notes dans un sac en toile cirée, fermé par un solide cordon que j’accroche à un clou sous le plancher. Un dispositif bien pratique et tout à fait nécessaire en l’occurrence, car il souffle un fort courant d’air entre les portes mal jointes de la cave à fumier.

Un dimanche matin, il fait son entrée dans l’étable. Je pense à me sauver mais il bouche l’entrée. Je dissimule le carnet en le faisant glisser dans ma botte avant même qu’il ne s’en rende compte. Ce n’est pas non plus le carnet qui l’intéresse, car il ignore encore ce que je peux bien trouver à écrire.

 

Puisqu’il a découvert mon refuge, il me faut trouver une autre cachette. Sous un rocher, pas loin de la maison. Ce n’est pas un endroit très sûr. En tout cas quand il neige. À cause des traces de pas. Je range mes carnets dans une boîte en fer-blanc cachée entre les pierres. C’est l’hiver, et je garde mes moufles pour écrire. Parfois la neige est tôlée. C’est le mieux, à condition qu’il n’ait pas neigé par-dessus. Les carnets, c’est mieux que la prière du soir. C’est vite fait, je dis les choses comme elles sont, et je n’ai besoin de rien demander.

C’est vers l’âge de onze ans que je comprends jusqu’à quel point les mots peuvent être dangereux. Juste comme C.G. Jung, que je n’ai bien entendu pas encore lu, je brûle les choses. Les choses auxquelles il a touché. Je mets des épingles dans ses chaussettes. Je noue les lacets de ses chaussures si serré qu’il faut les couper. Téméraire, je dépose un couteau sans gaine sur son bol à raser. Je taille de longs lambeaux dans son anorak. Sans utilité aucune, car ma mère doit le raccommoder. Le plus curieux est qu’il ne me gronde pas. Pas pour cela. Mais pour d’autres choses, bien sûr.

 

 

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