Extrait

Ce qui n'a pas de nom
de Piedad Bonnett

Le 27/10/2017 à 11:36 - 0 commentaire

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Date de parution :

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Total pages :

Prix :

Piedad Bonnett

Metailie

07/09/2017

9791022606998

128

17 €

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ISBN : 9791022606998

Editeur : Metailie

Prix grand format : 17 €

 

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ISBN : 9791022607001

Editeur : Anne-Marie Métailié

Prix grand format : 13.99 €

 

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Résumé du livre
Dans ce court récit, Piedad Bonnett raconte à la première personne le suicide de son fils Daniel, vingt-huit ans, qui s'est jeté du toit de son immeuble à New York. Huit ans plus tôt, on l'avait diagnostiqué schizophrène. Dans un milieu bourgeois, corseté par des conventions en tout genre, il n'est pas de bon ton de parler crûment de la mort et de la folie ; c'est pourtant ce que fait l'auteur, dans une langue sobre et sans effets de manche, avec une sincérité bouleversante. Elle raconte l'incrédulité à l'annonce du suicide, le besoin désespéré de trouver des traces d'une vie personnelle, un journal, des écrits, les étapes de la mort occidentale, mais aussi et surtout le combat inégal d'un jeune homme (et de ses parents) contre la folie qui le cerne.

Une plongée dans la douleur qui ne verse jamais dans l'apitoiement ou l'impudeur : l'écrivain n'a que les mots pour dire l'absence, pour contrer l'absence, pour continuer à vivre. (Amandine Py)

 

Premier chapitre

Pour Rafael, Renata et Camila

 

[…] pourtant cette histoire, elle tourne vraiment autour d’une chose sans nom, de secondes d’épouvante qui vous privent de la parole.

Peter Handke

Tu crois que ça ne t’arrivera jamais, que ça ne peut pas t’arriver, que tu es la seule personne au monde à qui aucune de ces choses n’arrivera jamais, et pourtant, l’une après l’autre, elles se mettent toutes à t’arriver, exactement comme à tout le monde.

Paul Auster

[…]

je fouille mes sentiments

je suis en vie.

Blanca Varela

 

I

L’IRRÉPARABLE

 

 

Nous finissons par trouver une place où nous garer à cinquante mètres du vieil immeuble de quatre étages qui s’élève, digne mais sans grâce, au bout de la 84e rue, entre la 2e et la 3e avenue, l’une de ces rues de l’Upper East Side typiquement new-yorkaises, toujours paisibles, malgré la présence de commerces en rez-de-chaussée. Les deux grandes valises que nous sortons du coffre de la voiture sont très légères parce qu’elles sont vides. Avant d’arriver à la porte de l’immeuble, une même pensée nous traverse, et nous nous arrêtons, la tête levée vers le haut de l’immeuble, comme pour prendre la mesure des quatre étages qui nous attendent. Camila ouvre la porte et nous pénétrons dans la pénombre d’un grand hall – l’une de ces vastes entrées où le moindre bruit résonne –, où l’on devine les premières marches d’un escalier en marbre, celui-là même qui nous a semblé éternel en août dernier lorsque Camila, Renata et moi en montions les étages, débordant d’enthousiasme, le souffle court, les bras chargés d’affaires et d’ustensiles de toutes sortes. Mais aujourd’hui il y a quelque chose de crispé dans notre silence, dans notre façon de monter, au ralenti et pourtant avec impatience, alors que les roues métalliques de nos valises tintent contre les marches.

Pamela vient nous ouvrir et nous serre fort dans ses bras, avec son beau sourire que la tristesse ne parvient pas à assombrir. Après avoir échangé quelques mots, nous traversons la cuisine et le petit salon pour entrer lentement dans la chambre. Mes yeux remarquent tout de suite la fenêtre ouverte et, derrière, les escaliers de secours qui donnent sur la rue. Je passe en revue la chambre : le lit, méticuleusement fait, les piles de livres qui s’amoncellent sur le bureau, les cahiers exposés sur la table de nuit, la veste à carreaux soigneusement posée sur le dossier de la chaise. Nous restons interdits quelques secondes, sans pouvoir bouger, alors qu’un tourbillon d’émotions s’agite en nous. Camila ouvre le placard et nous apercevons les paires de chaussures alignées, les piles de sweats et de tee-shirts pliés. La chambre de quelqu’un de méticuleux, rigoureux, soigné. Confus, nous échangeons des phrases brèves qui se voudraient efficaces, nous nous partageons les tâches afin d’accomplir ce qui nous a amenés ici. Personne ne pleure : si l’un d’entre nous se rendait au chagrin, sa douleur emporterait tous les autres.

 

 

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