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Cartons
de Pascal Garnier

Le 07/02/2015 à 17:29 - 0 commentaire

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ISBN : 9782843045752

Editeur : Zulma

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ISBN : 9782843047220

Editeur : Zulma

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Résumé du livre
Roman inédit, roman posthume, Cartons nous restitue toute la verve et tout le génie dramatique de Pascal Garnier. Ça commence par un déménagement – morceau de bravoure anthologique – qui d’une certaine manière est le sujet du livre: Brice quitte son appartement lyonnais pour une grande maison, entre un bourg et une route nationale. Mais il se retrouve sacrément seul, au milieu des cartons, dans cette vieille bâtisse où soufflent les mémoires mortes. Les évocations d’Emma, son épouse en reportage à l’autre bout du monde, l’attente d’un appel improbable, ou la rencontre avec Blanche, une étrange femme-elfe, sorte de spectre de l’enlisement provincial, ponctuent cette dégringolade dans l’enfer des cartons. Cartons est un de ces chefs-d’œuvre sur le pouce dont Pascal Garnier possédait à merveille la recette: il y faut du style, un humour d’ébène et ce goût immodéré pour les drames humains. Voilà un roman qui se lit d’une traite tout comme une boisson forte avalée cul sec par un temps de chien. Figure marquante de la littérature française contemporaine, Pascal Garnier avait élu domicile dans un petit village en Ardèche pour se consacrer à l’écriture et à la peinture. Il nous a quittés en mars 2010. Peintre d’atmosphère alliant la poésie d’Hardellet à la technique de Simenon, styliste du détail juste, il excelle dans la mise en scène des vies simples, celles du voisinage, des souvenirs d’enfant, des je me souviens qui tissent nos mémoires. Mais chez Pascal Garnier, ce beau calme des banlieues de l’âme et de l’époque prépare toujours d’effroyables orages, avec froissement de tôles et morts en série…

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

 

Assis sur une cantine métallique qu’il avait eu bien du mal à fermer, Brice ressassait une comptine idiote dont il n’arrivait pas à se défaire : « Ma maison est en carton, pirouette, cacahuète… » Des cartons, il y en avait partout autour de lui, qui s’empilaient du sol au plafond, tant et tant que pour passer d’une pièce à l’autre il fallait se déplacer de profil à la manière des fresques égyptiennes. Cela dit, il n’y avait plus aucune raison de passer d’une pièce à l’autre étant donné qu’à part cette prolifération cubique, elles étaient tout aussi vides que le frigo et les tiroirs des meubles. Il était l’unique survivant de cette catastrophe naturelle et inévitable un jour ou l’autre qu’on appelle déménagement.

Passée la pire des nuits dans une chambre qui déjà ne lui appartenait plus, il avait dépouillé le lit de ses draps, couette, oreillers, et tassé le tout dans un sac Tati mis de côté la veille à cet effet. Après une toilette succincte histoire de ne pas étoiler le miroir de postillons de dentifrice, il se mit en devoir d’inspecter les lieux au cas où il aurait oublié quelque chose. Mais non, à part un bout de ficelle d’environ un mètre cinquante qu’il enroula machinalement autour de sa main, il ne restait plus ici que des impacts de clous ou de vis ayant servi à suspendre des cadres ou des étagères. Un bref instant il envisagea de se pendre avec le bout de ficelle mais y renonça. La situation était déjà suffisamment pénible.

Il lui restait une bonne petite heure avant que les Déménageurs bretons viennent porter le coup de grâce à dix ans d’une vie si parfaite qu’on aurait pu la croire éternelle.

En cette froide matinée de novembre il en voulut énormément à Emma de l’avoir abandonné, seul et désemparé, aux mains des déménageurs qui dans une heure, tel un vol de sauterelles, allaient mettre à sac l’appartement. Stratégiquement et moralement, sa position était intenable, aussi décida-t-il d’aller prendre un café en attendant la fin du monde.

Le quartier semblait déjà l’avoir oublié. Il ne croisa aucun visage connu si bien qu’au lieu de se rendre dans son bistrot habituel, il en choisit un dans lequel il n’avait jamais mis les pieds. Au-dessus du comptoir une pléthore d’étiquettes informaient la clientèle que le téléphone était réservé aux consommateurs, que l’utilisation du portable était vivement déconseillée, qu’il était prudent de faire attention au chien et que, bien évidemment, la maison ne faisait pas crédit. Un type aux cheveux teints en blond roux entra, lançant à la cantonade un joyeux : « Salut tout le monde ! » C’était une sorte d’acteur ou d’humoriste que Brice avait déjà vu à la télé. Pendant une bonne poignée de minutes il chercha en vain son nom et comme au fond cette quête aussi agaçante qu’inutile ne menait à rien, il se dit qu’il ne l’avait jamais su. Dans son dos la porte des toilettes dégageait une haleine de détergent et d’urine qui se mêlait à l’odeur du café et des cendriers froids. Une sorte de marée noire lui souleva l’estomac à la première gorgée d’expresso. Il jeta quelques pièces qui tourbillonnèrent sur le zinc et s’enfuit, col relevé, dos voûté.

 

 

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