Extrait

Avec mon meilleur souvenir
de Françoise Sagan

Le 23/12/2013 à 19:42 - 0 commentaire

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Prix :

Françoise Sagan

Gallimard

Écrivains français

14/06/1985

9782070376575

4.40 €

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ISBN : 9782070376575

Editeur : Gallimard

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Résumé du livre
Françoise Sagan n'a voulu se souvenir que des moments heureux et que des gens qu'elle a aimés. C'est ce qui rend ce livre si sympathique et ce qui a fait son succès auprès du public et de la critique. Billie Holiday, Orson Welles, Jean-Paul Sartre, Carson McCullers, Marie Bell, Rudolf Noureev, Tennessee Williams... Autant de portraits et d'histoires inoubliables.

 

Premier chapitre

 

 

 

Billie Holiday

 

 

New York est une ville de plein air, coupée au cordeau, venteuse et saine, où s'allongent deux fleuves étincelants : l'Hudson et l'East River. New York vibre nuit et jour sous des coups de vents marins, odorants, chargés de sel et d'essence – le jour –, et d'alcool renversé – la nuit. New York sent l'ozone, le néon, la mer et le goudron frais ; New York est une grande jeune femme blonde, éclatante et provocante au soleil, belle comme ce « rêve de pierre » dont parlait Baudelaire, New York qui cache aussi, comme certaines de ces grandes femmes trop blondes, des zones sombres et noires, touffues et ravagées. Bref, si le lecteur veut bien me passer ce lieu commun – et d'ailleurs que peut-il faire d'autre ? – New York est une ville fascinante.

Et fascinée, je le fus, tout de suite, dès la première fois où je m'y rendis, mais invitée alors par mon éditeur et avec la rançon de cette invitation : les castagnettes et les contraintes de l'auteur en piste. Aussitôt rentrée à Paris, je rêvai de revenir libre, ce que je fis, un an ou deux plus tard : libre de tous les liens, refusant même ceux de la solitude puisque je m'y rendis avec un très bon ami nommé Michel Magne, compositeur reconnu depuis pour ses musiques de film et ses recherches sur synthétiseurs. Michel Magne ne possédait pas un mot d'anglais, mais débordait d'humour, supportait même sans trop de jurons que les passants jetassent leurs peaux de banane et leurs mégots dans la boîte où lui-même postait ses lettres d'amour, boîte pourtant clairement indiquée à ses yeux par le mot « litters ». De toute façon, il avait la même obsession que moi depuis dix ans (je devais en avoir vingt-deux ou vingt-trois à l'époque dont je parle) : rencontrer, écouter chanter de sa « vive voix » Billie Holiday, la Diva du Jazz, la Lady du Jazz, Lady Day, la Callas, la Star, la Voix du Jazz. Elle était pour Michel Magne comme pour moi la Voix de l'Amérique, non pas encore pour nous la voix douloureuse et déchirée de l'Amérique noire, mais plutôt la voix voluptueuse, rauque et capricieuse du jazz à l'état pur. De Stormy Weather à Strange Fruits, de Body and Soul à Solitude, de Jack Teagarden à Barney Bigard, de Roy Eldridge à Barney Kessel, nous avions, Michel Magne et moi, séparément mais au même âge, pleuré à verse ou ri de plaisir en l'écoutant.

 

A peine débarqués au Pierre, le seul hôtel que je connusse puisque c'était là que m'avait cantonnée mon fastueux éditeur pour ma première visite, nous demandâmes, nous réclamâmes, nous exigeâmes Billie Holiday. Nous l'imaginions triomphant comme d'habitude au Carnegie Hall. On nous apprit avec mille mines confites et confuses la chose suivante – qui maintenant ferait se tordre de rire tous les directeurs de music-halls au monde : Madame Billie Holiday ayant dernièrement pris quelque stupéfiant en scène, était interdite de représentation à New York pour quelques mois !... L'Amérique était encore, en 56, bien puritaine dans ses formes et bien rancunière si j'y pense. Bien rancunière puisqu'il nous fallut trois jours pour savoir que Billie Holiday chantait dans une boîte du Connecticut. « Dans le Connecticut ? Qu'à cela ne tienne. Taxi ? Nous allons dans le Connecticut. » Le Connecticut ne correspondait pas aux Yvelines comme nous l'imaginions, et nous fîmes près de trois cents kilomètres dans un froid glacial avant d'entrer, Michel Magne et moi, dans un endroit extravagant, perdu, ou qui me parut tel : le genre de boîte de « country music », avec un public peu brillant, bavard, braillard et agité, d'où nous vîmes soudain surgir une femme noire et forte, longue, avec des yeux fendus, qu'elle ferma un instant avant de se mettre à chanter et de nous faire chavirer aussitôt dans des galaxies : gaies, désespérées, sensuelles ou cyniques selon son gré. Nous étions au comble du bonheur, nous n'avions rien rêvé de plus. Et je crois que nous aurions refait les trois cents kilomètres de retour dans ce froid et dans ce même bonheur, si quelqu'un ne s'était brusquement avisé de nous présenter à elle. On lui expliqua que ces deux petits Français avaient franchi les immensités de l'Atlantique et les banlieues de New York et les frontières du Connecticut dans le seul but de l'entendre. « Oh dears ! dit-elle, tendrement. How crazy you are !... »

 

 

 

 

portraits, histoires inoubliables, Françoise Sagan, moments heureux, souvenirs, public, critique

 

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